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Claude Turc-Carel expliquant les "translocations" chromosomiques |
Bien que je ne l’aie pas revue depuis plusieurs années, en fait depuis mon départ de Nice pour la Touraine, j’ai toujours gardé une grande amitié et une admiration profonde pour Claude TURC-CAREL, Claudie pour certains de ses proches. Comment parler d’une amie qui vient de nous quitter, comment définir une personne ? Dire qu’elle était professeure, dire qu’elle avait dirigé le service de génétique du CHU de Nice, … ? Dire qu’elle était une merveilleuse cytogénéticienne[1] ?... |
Elle s’était fait connaître dès 1983 en étant la première à avoir découvert une anomalie caractéristique d’un type tumoral particulier, et particulièrement délicat à diagnostiquer : le sarcome d’Ewing. Cette anomalie était un échange de matériel chromosomique entre les chromosomes 11 et 22, on parle de « translocation », dont on a montré dans les années suivantes qu’elle conduisait à la création d’une protéine chimère aux propriétés nouvelles (et désastreuses).
Toujours prête à utiliser les dernières innovations technologiques (sondes fluorescentes, peinture chromosomique, hybridation génomique comparative, …) pour affiner ses patientes observations d’aberrations chromosomiques dans les tumeurs solides, elle a su en montrer la spécificité à l’instar de ce que la cytogénétique des leucémies et lymphomes avait pu faire dans les modèles un peu plus simples.
Lorsque nous nous sommes rencontrés, elle déchiffrait les altérations génomiques des tumeurs du tissu graisseux, les lipomes et les liposarcomes. Elle ouvrait un champ immense de recherches qui se poursuivent encore aujourd’hui, grâce, notamment aux élèves qu’elle avait formés.
Un jour, dans une conférence Européenne de cytogénétique (au Portugal en 1992), elle devait donner une conférence sur la cytogénétique des tumeurs solides. Le président de séance, Jonathan Fletcher je crois, un célèbre pathologiste américain la présenta comme la « la Reine de la cytogénétique des tumeurs solides ». Et Claude, en arrivant au pupitre, commença son intervention en disant : « non, Jonathan, je n’en suis pas la reine, mais j’en suis la servante ».
Médecin, Claude avait, bien sûr, le souci des patients, du diagnostic et de possibles retombées de ses travaux en vue d’améliorations thérapeutiques. Mais elle était une vraie scientifique, une véritable chercheuse, avec toute la rigueur et la passion de la Science. Dans une des nombreuses conférences qu’elle a données sur les altérations chromosomiques dans les tumeurs solides, elle disait : « Les altérations chromosomiques dans les cancers humains ont fait l'objet, ces dernières années, d'une intensive et fructueuse recherche dont l'impact sur la compréhension des mécanismes de la transformation cellulaire maligne a été tout à fait considérable. Parallèlement, il est aussi apparu que certaines de ces altérations pouvaient être utilisées à des fins cliniques, diagnostiques et pronostiques en particulier », distinguant bien les deux temps de la recherche : le fondamental et l’application médicale.
Mais Claude était également et surtout une femme remarquable, passionnée notamment de peinture, une amie sincère et fidèle que seule la maladie avait éloignée de nous, ou de certains d’entre nous. Je veux garder le souvenir de ces repas, sur la terrasse de ma maison d’alors, à Tourrette-Levens, où nous avons passé de délicieux et passionnants moments.
… Madame, très chère Claude, je te salue. Tu restes dans nos mémoires.
[1] La cytogénétique est l’étude des chromosomes. On parle de cytogénétique « classique » lorsqu’on colore les chromosomes non spécifiquement, mais de manière à pouvoir les reconnaître, et de cytogénétique « moléculaire » lorsqu’on utilise des méthodes dérivées de la biologie moléculaire, avec des sondes ADN spécifiques de certaines régions de ces chromosomes.
Dédale, un excellent ingénieur, avait pris son neveu Talos comme apprenti. Hélas pour ce dernier, l'élève a su dépasser le maître, et ses
inventions (on lui attribue la scie, le compas et le tour de potier) rendirent Dédale jaloux. Au point de se faire précipiter par Tonton du haut de l'Acro

Je viens de participer à un débat sur la question : "