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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 16:43

37 000 000 : C’est le nombre qui s’étale dans bon nombre de journaux comme étant celui des morts prématurées évitables avec une vie plus saine (BFMTV, par exemple). Le site Pourquoi docteur ? enfonce le clou en précisant : « En réduisant raisonnablement les consommations de tabac, de sel, d'alcool, et en luttant contre la tension, le diabète et l'obésité, il serait possible d'éviter des millions de décès prématurés dans le monde ». Quelle surprise !

En fait, le pavé a été jeté dans la mare médiatique par la revue médicale The Lancet[1] qui rapporte une étude d’épidémiologistes britanniques sur les six facteurs de risque de maladies non transmissibles dont le contrôle permettrait d’atteindre l’objectif 25x25 de l’assemblée générale des Nations unies de diminuer de 25 % entre 2010 et 2025 le fardeau des quatre plus importantes de ces maladies : cardiovasculaires, respiratoires chroniques, cancéreuses et diabétiques. Belle perspective,… Et article scientifiquement intéressant. Ce qui m’interpelle, c’est la présentation qui en est faite auprès du « grand public ».

Trente-sept millions, c’est énorme !!! Bon, précisons que ce nombre représente  celui de l’ensemble des morts qui pourraient être ainsi évitées sur les quinze années concernées, et non un nombre annuel. Précisons également que plus de 60 millions de personnes décèdent annuellement dans le monde de causes variées (les « 37 millions » n’en sont qu’un petit 4 %), dont un bon tiers de maladies infectieuses, qui ne sont pas concernées par l’étude britannique. Il s’agit donc d’une étude ciblée, ponctuelle pourrait-on dire.

Trente-sept millions, cela dépasse l’entendement !!! Alors, afin de mieux comprendre, il peut être utile de consulter le rapport du Haut Conseil en Santé Publique (HCSP) daté d’avril 2013 sur les « indicateurs de mortalité « prématurée » et « évitable ». Il analyse les résultats de nombreux travaux internationaux pour proposer « des recommandations concernant la définition, l'utilisation et l'interprétation des indicateurs de mortalité prématurée et évitable. Ces indicateurs sont destinés à être utilisés dans un contexte global de pilotage et de suivi des politiques et des actions de santé publique ». Il distingue clairement deux indicateurs complémentaires : « la "mortalité évitable liée à la prévention" et la "mortalité évitable liée au système de soins". », et propose, afin d’évaluer « l'impact des actions de prévention ou la qualité et l'efficacité du système de soins », qu’ils soient « nécessairement complétés par d'autres types d'indicateurs (morbidité, incapacités, santé ressentie…) ».

Ainsi, il faut sans doute être un peu prudent avant de lancer en pâture aux lecteurs non avertis des statistiques, ou plutôt des modèles prospectifs racoleurs. La science, même médicale, est toujours un peu plus complexe que cela…

Quant à l’image qui est donnée par ces articles aux titres lapidaires, elle me semble déplorable. 0 l’heure où les enfants d’Afrique meurent du paludisme ou de la rougeole, à l’heure où un milliard d’êtres humains n’ont pas accès au minimum vital de nourriture, où approximativement le même nombre n’ont pas accès à l’eau potable, où l’hygiène de base n’est pas disponible à des millions d’entre nous, mettre en avant ce qui peut apparaître comme des « maladies de riches », même si elles affectent également – et parfois plus encore – les plus pauvres, me semble friser l’indécence...

... Au moins cela doit-il être mis en perspective et expliqué.

 


[1] Kontis V, Mathers CD, Rehm J, Stevens GA, Shield KD, Bonita R, Riley LM, Poznyak V, Beaglehole R, Ezzati M. Contribution of six risk factors to achieving the 25×25 non-communicable disease mortality reduction target: a modelling study. The Lancet; published Online May 3, 2014.

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Trente-sept millions
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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 16:15

Le site « Informationhospitalière.com » vient de publier une actualité sous le titre « Eugénisme à l’américaine ?» : la création d’une société américaine dont l’objet est de fournir aux femmes qui le désirent un donneur de sperme « compatible » avec leur profil génétique, en particulier pour éviter 500 maladies génétiques dites « récessives », c’est-à-dire des maladies qui, pour qu’elles s’expriment chez l’enfant, doivent lui être transmises à la fois par la mère et le père. Genepeeks, puisque c’est le nom de cette officine offre donc un service aux femmes qui choisissent la fécondation par insémination avec sperme de donneur, un service un peu équivalent à ce que l’on nomme le dépistage préconceptionnel : ne faire d’enfant qu’avec un mâle génétiquement compatible.

Je devrais avoir une certaine indulgence pour Genepeeks qui a été fondée par Lee Silver qui, en d’autres temps, m’avait fait l’honneur de venir passer une année sabbatique dans mon laboratoire à Nice. Mais, à l’époque, il s’intéressait surtout au vieillissement chez la souris, et c’était plutôt fun. Mais les vieilles souris ne devaient pas être aussi rentables que la mise en place des conditions pour le bébé à façon, le designer baby comme on dit outre Manche et Atlantique.

L’existence même de Genepeeks reflète un état de notre monde qui interroge l’éthique (çà, je n’en parlerai pas directement ici puisque c’est un sujet de travail au sein du CCNE), et moi aussi. Au-delà, elle traduit la justesse avec laquelle le Canada traite les pères de « fournisseurs de gamètes »,… De quoi bloquer, inhiber les mecs normaux. Enfin, je crois.

 

Adam et Eve, de Albrecht Dürer dans la Nef des fous de Jérôme Bosch, s'interrogeant sur leur devenir génétique

Adam et Eve, de Albrecht Dürer dans la Nef des fous de Jérôme Bosch, s'interrogeant sur leur devenir génétique

Mais, je reviens à mon point de départ, cette brève de l’Information hospitalière. Elle commence par une allusion au film d’Andrew Niccol, Bienvenue à Gattaca, pour illustrer la question de l’eugénisme… Mauvaise pioche, il me semble, car réduire ce film complexe à l’eugénisme, dans son acception historique de base, est très réducteur. Mais l’eugénisme revient vers la fin de l’article, et je cite : « …, en France, ce type de procédé semble plus difficilement envisageable d’autant plus que des risques de dérives eugénistes peuvent découler d’un tel système. En effet, pourquoi ne pas choisir la couleur des yeux de son enfant ou celle de ces cheveux… Face à ce constat, les chercheurs restent très circonspects estimant que s’il est possible d’éviter des problèmes graves de santé à l’enfant, il est aussi possible avec le procédé de Genepeeks d’enfreindre facilement les lois de bioéthique… ». Si je comprends bien, en France, au moins, on est sensible aux dérives eugénistes, et cela rend difficile l’utilisation d’un tel système. On oublie, au passage, que l’eugénisme historique a été promu par deux prix Nobel français, Charles Richet et Alexis Carel. Donc, nous ne sommes pas meilleurs que les autres, qu’on se le dise ! Plus grave, l’article en question laisse penser que si c’est pour éviter des maladies génétiques, ce n’est pas de l’eugénisme, mais celui-ci commence lorsqu’on s’attaque à la couleur des yeux ou des cheveux !!! De quoi rendre les chercheurs « circonspects », d’autant que le plus grand crime serait d’être amenés à enfreindre (facilement) les lois de bioéthique.

Devant de tels enjeux (et là je suis sérieux), je dois avouer que je me moque un peu de ces fameuses lois de bioéthiques qui, pour partie, ne sont que la traduction législative de tractations politiques politiciennes dans lesquelles la réflexion éthique est fort peu présente. Ainsi que l’écrivait le CCNE dans son avis N° 105 : « la loi n’est pas suffisante à réguler le domaine de la bioéthique », ou « la légalité d’une pratique n’est pas une garantie de sa conformité à la morale », pour conclure : « la loi ne saurait être un simple alibi dispensant d’aller plus avant dans la réflexion éthique ».

Mais il demeure que l’eugénisme exige une réflexion collective de la société. C’est même un défi phénoménal de notre monde moderne, peut-être le plus important en ce qu’il conditionne au plus intime l’avenir de notre commune humanité. La couleur des yeux ou des cheveux n’est, à ce point, qu’un épiphénomène.

« L'eugénisme correspond au travestissement de normes sociales en normes supposément naturelles, génétiques », disait le CCNE dans son avis N° 120, poursuivant : « C'est sur un prétendu déterminisme génétique et la caution qu'il donne aux stéréotypes sociaux que se fonde l'idée eugéniste suivant laquelle est favorisée, voire forcée la sélection d'individus prétendument les plus "aptes" sur lesquels est construite une élite sociale ».

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 11:39

J'emprunte à Pierre Desproges le titre de ce billet d'humeur très spontané, tout juste motivé par l'annonce, il y a quelques minutes,  de la composition du nouveau gouvernent par le secrétaire général de l'Elysée.

Bien sûr, je lis cela non comme un analyste politique que je ne suis pas, mais comme un scientifique qui a eu l'occasion de s'émouvoir à plusieurs reprises dans un passé récent.

M'émouvoir quand la recherche scientifique et la soi-disant société de la connaissance étaient étrangement absentes des engagements du candidat François Hollande.

M'émouvoir quand le choix de la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche montrait que la confusion entre recherche et innovation, entre science et technologie se perpétuait, que l'action de cette ministre prouvait  que le hollandisme se situait dans la continuité du sarko-pécressisme de ce point de vue.

M'émouvoir encore plus aujourd'hui en constatant la disparition totale de ce ministère dans la masse d'un grand ministère de l'éducation nationale...

 

Dommage !

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 12:22

Depuis toujours - ou presque – la levure Saccharomyces cerevisiae a représenté un outil biotechnologique indispensable à toute vie, agréable, au moins. Levure de bière ou levure de boulanger ? Deux faces d’une même pièce.

Panem et circenses

 Au-delà des petits plaisirs de la bière ou du vin, plaisirs utiles à l’époque où boire de l’eau représentait un vrai danger de santé publique, il y a le pain, base traditionnelle de l’alimentation, et autre plaisir pour celles et ceux qui, comme moi, l’apprécient. Le pain, PANEM en latin, ce que les empereurs romains avaient compris comme étant souhaité par le peuple, et donc indispensable à leur bien-être de privilégiés. Le pain pour le ventre, et les jeux pour la tête, pour occuper les esprits. C’est avec ce souci, peu louable au demeurant (l’expression « panem et circenses » était une critique pour le peu de considération que ces empereurs accordaient au peuple qu’ils souhaitaient ainsi domestiquer), que de magnifiques amphithéâtres sont venus jusqu’à nous depuis tous les coins de l’empire romain.

Aujourd’hui, nous n’avons plus les jeux du cirque, nous leur avons imaginé des remplaçants. Tout  le monde les connaît. Pourtant, il en est un dont on parle moins, car ses exploits arrivent peu souvent jusqu’à l’attention du public. Il s’agit de bricolage génétique, biotechnologique, parfois même scientifique. La levure Saccharomyces cerevisiae en est aujourd’hui le héros. Les acteurs sont une équipe internationale qui vient de publier, dans la revue scientifique Science (27 mars 2014) un article relatant la fabrication d’un chromosome de cette levure, en lieu et place du plus petit de ses chromosomes naturels. Bien sûr, qu’on évoque la levure, les chromosomes ou la biologie de synthèse, peu nombreux sont ceux qui comprennent vraiment de quoi il s’agit.

Néanmoins, cette nouvelle fait les titres de nombreux journaux destinés au grand public. Du coup, elle fait un peu peur, comme en témoignent de nombreux commentaires sur Internet. Si on bricole un chromosome de levure, on va bientôt faire de même avec les chromosomes humains… Horreur !!! Tous des Frankenstein, ces scientifiques ; ils se prennent pour Dieu. A la question : « Aren’t you playing God », Craig Venter, l’un d’entre eux, répondait : « I am not playing ». Et pourtant, pour aussi sophistiqué qu’il soit, il s’agit bien d’un jeu. D’ailleurs, les chercheurs sont souvent de grands enfants, un peu, voire très joueurs. On pourrait s’arrêter là à la lecture de tous ces journaux ; ils nous vendent une fois encore un avenir technoscientifique radieux, des performances hors du commun, mais ne nous présentent que le côté bricolage de l’affaire,… La « bidouille », ludique, certes, mais pas plus.

Et la science, dans tout ceci ?

La levure Saccharomyces cerevisiae n’est pas seulement un objet biotechnologique ancestral, il s’agit surtout d’un organisme modèle, plus proche de nous que les bactéries, bien que cela ne saute pas aux yeux du premier microscope venu. Un modèle pour la génétique, un modèle pour la génomique, un modèle cellulaire qui nous a appris comment s’opérait le contrôle du « cycle cellulaire », les phases par lesquelles passe la cellule pour se reproduire, un modèle métabolique qui montre comment sont assimilés ou synthétisés les molécules indispensables à la vie, un modèle même pour certaines maladies. Qui dit modèle dit acquisition de connaissance, dit science, dit fondamental. Alors, pourquoi pas reconstruire le modèle, en commençant par ce petit chromosome III, et en continuant avec chacun des quinze autres. Cette reconstruction apprendra beaucoup sur la manière dont le génome, de la levure certes, mais, par extension, les génomes d’êtres dits supérieurs sont organisés, avec quelles contraintes. On n’en est certainement pas à imaginer, à créer, mais à reproduire, reproduire pour comprendre. Il est sain, ce désir de comprendre, en particulier parce qu’il témoigne de notre humilité devant l’étendue de notre ignorance. Nous faisons nos gammes pour comprendre comment seul un génie a pu composer le deuxième mouvement de la septième symphonie de Beethoven.

Richard Feynman, prix Nobel de physique en 1965, a laissé, peu de temps avant sa mort en 1988, un message bien étrange sur un tableau noir de Caltech : « What I cannot create, I do not understand » (ce que je ne peux créer, je ne le comprends pas). Si l’interprétation de ce message fait toujours débat, son utilisation pour justifier la biologie de synthèse est devenue un fait accompli. Peut-être parlait-il plus du savoir que de la fabrication du vivant ? Si je ne peux pas faire preuve de créativité (notamment dans la transmission du savoir), c’est que je n’ai pas encore suffisamment compris.

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 09:51

Nous vivons une époque formidable, disait Pierre Desproges, et c’est bien vrai. Alors que nous venons, dans l’ouest du pays, de vivre ce que les médias appellent un pic de pollution, dont l’intérêt majeur a été la gratuité des transports en Ile-de-France, les mêmes médias publient des informations chiffrées sur le nombre annuel de morts dues à la pollution dans le monde. Plus formés à l’arithmétique qu’au raisonnement, ils nous incitent à placer entre ces événements un « plus » et obtenir ainsi l’égalité suggérée selon laquelle il va falloir se décider à abandonner enfin le moteur Diesel, pourtant grand favori de nos concitoyens. Bien sûr, il convient de laisser le temps à l’industrie automobile de « se retourner », puisqu’il n’est pas de défis de santé publique qui résistent devant ceux de l’économie (voir l’illustration ci-dessous)

Il est vrai que malgré de nombreuses études toxicologiques aux résultats différents ou contradictoire, le caractère toxique ou cancérigène de la fumée de Diesel reste sujet de débat, voire de controverse scientifique, montrant que nous manquons d'études éco-épidémiologiques de qualité sur ce sujet. Néanmoins, il ne surprendrait pas grand monde que se confirme un risque accru de cancers liés aux fumées du moteur Diesel. On peut juste se demander pourquoi ne pas réaliser ces études en priorité, pourquoi celles-ci n’ont pas déjà été réalisées. Etonnant, non ?

Pourtant, même le journal « Les Echos » (17 mars 2014), s’interroge : Pic de pollution: le Diesel est-il vraiment le seul à blâmer ? La question traine, lancinante, comme si tout le monde ne savait pas déjà que les microparticules qui ont effacé la tour Eiffel du paysage parisien ne présentent pas la signature physicochimique des fumées de moteurs Diesel. Des « mauvaises langues » bien informées vont même jusqu’à dire qu’elles portent la signature de centrales thermiques fonctionnant au charbon, dont la réactivation a suivi l’arrêt de l’exploitation de l’énergie nucléaire outre-Rhin.

Tiens donc, le coup des microparticules de diesel ne serait-il qu’un écran de fumée ?

Il ne serait sans doute pas raisonnable de le penser alors même que la circulation alternée des véhicules automobiles (diesel en majorité) en cas de « pic de pollution » est un point fort des accords entre certains partis politiques à l’aube du second tour des élections municipales, à Paris notamment.

L’admettre serait alors penser que l’on se moque de nous, ou, dit autrement, qu’on nous soumet à un pic de pollution intellectuelle…

Pollution
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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 17:22

Le projet « Génome personnel » (PGP) est né en 2005 à la Harvard Medical School, à l’initiative de George Church. Ce technologue et chercheur de 59 ans, dyslexique, narcoleptique, et végétalien, chantre de l’Open Access, n’hésite pas à étaler sa vie, ses convictions et ses goûts sur la toile. Il était dans l’équipe qui a lancé le projet de premier séquençage du génome humain, mais a laissé à d’autres le devant de la scène, montrant que sa capacité à parler de lui n’est pas une façon de se mettre en avant, mais plutôt le reflet de sa conviction de la nécessaire existence d’une ressource scientifique librement disponible qui rassemble des données de traits génomiques, environnementaux et humains.

 

Ces données ne peuvent exister que grâce à des volontaires bénévoles acceptant librement de partager avec tous leurs données génétiques, sans crainte des atteintes à la vie privée, et donc prêt à cela pour « apporter une contribution précieuse et durable à la science ». Pour Church et le PGP, ces données ne s’arrêtent pas à la séquence de l’ADN, convaincus qu’ils sont que le génome est juste une partie de l'histoire : les gènes interagissent avec l'environnement pour former traits, ce que nous appelons le phénotype, dont les maladies sont un exemple.

 

Le PGP vise donc à accélérer la recherche médicale sur les maladies "génétiques". Le directeur du PGP au Royaume-Uni, Stephan Beck l’exprime ainsi : « Le don à la science de votre génome et des données de santé y afférent est un excellent moyen de permettre des avancées dans la compréhension de la génétique humaine, la biologie et la santé ».

Pas de doute à ce sujet ...

Mais ne jamais me parler de confidentialité, c'est un leurre.

Vous pouvez donc probablement vivre en sachant que votre séquence d'ADN peut être, et sera certainement accessible à quelques scientifiques aujourd'hui et beaucoup d'autres demain. Parmi les caractéristiques de la séquence d'ADN, il y a qu’elle reste à peu près inchangée tout au long de la vie de la personne (de l'embryon au vieillard) et qu'elle est partagée en partie avec ses ancêtres et sa descendance. Une fois qu'elle est dans une base de données, il est difficile de l'en effacer, ce qui signifie que le consentement que vous avez donné un jour sera difficile à résilier.

 

C’est ce que dit très justement Catherine Elliott du MRC* : « Au jour d’aujourd’hui, les garanties en béton de respect absolu de l'anonymat n'existent tout simplement pas ». Mais elle ajoute que ce qui est, par contre, « garanti », c’est que « les patients bénéficieront de plus en plus du partage des données entre les chercheurs ».

 

L'enthousiasme compréhensible pour une initiative comme le PGP est idéal pour les scientifiques, et parce que je suis l'un d'eux, j’en suis heureux également. En effet, il n'y a pas de problème majeur concernant les volontaires, tout au moins pendant la phase initiale. Mais qu'en sera-t-il lorsque des millions de séquences flotteront dans les nuages (le Cloud), lorsque leur connaissance deviendra un véritable enjeu économique**, et pas seulement dans le domaine de la santé, lorsque les promoteurs des études originelles auront disparu dans le turn-over inhérent à tout entreprise privée (cela s'est déjà produit dans le domaine des tests génétiques à l'ère pré - séquence), lorsqu’un artiste peintre médiocre avec une drôle de moustache, une chemise brune et une crampe dans le bras droit, décidera de l'utiliser au service des instincts les plus bas de l'humanité ?

 

Un article de la revue scientifique PLOS - Biologie de novembre 2013*** nous rappelle que le sujet du séquençage intégral des génomes humains est très actuel, notamment avec la mise en demeure des sociétés de génomique personnelle telles que 23&Me par l’administration américaine (Food and drug administration) de cesser toute activité de marketing de ses produits dits de médecine génomique prédictive à bas coût.

Dans cet article dont le premier auteur est Timothy Caulfield, il est rappelé : «l'histoire nous apprend que, sans une prise en considération minutieuse des forces sociales qui influencent la mise en œuvre technologique et leurs coûts publics et sociaux, une politique d'utilisation très éloignée de l’idéal pourrait émerger ».

 

Une fois encore, il ne s’agit pas de prétendre ou de tenter d’arrêter une technologie en marche, ce qui serait sans doute une entreprise vaine, inefficace à tout le moins, mais d’accompagner, et si possible de précéder sa mise en œuvre d’une réflexion éthique approfondie.

 

 

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Medical Research Council : Institution britannique centenaire de soutien à la recherche médicale. Sa mission, fixée dans une charte royale, est d’encourager et soutenir la recherche pour améliorer la santé humaine, de former des chercheurs qualifiés, d’accroître et diffuser les connaissances et la technologie pour améliorer la qualité de vie et la compétitivité économique du Royaume-Uni, et de promouvoir le dialogue avec le public sur la recherche médicale.

** Les plus grandes institutions médicales et de recherche américaines majeures se sont engagées dans une « course aux armements » pour se préparer pour une offensive génomique contre le cancer, rapporte le New York Times (NYT ). Ces centres « dépensent et recrutent massivement », y est-il écrit, dans la conviction que le séquençage systématique du génome de chaque patient va bientôt devenir une pratique courante en médecine. L’article du NYT souligne que « nous n’avons aujourd’hui qu’une vision parcellaire de la manière dont des facteurs génétiques influencent le risque pour les maladies communes ». Il dit néanmoins que « les nouveaux centres de génomique anticipent cela en investissant dès à présent dans des infrastructures, en particulier pour améliorer l’efficacité dans le recueil et le séquençage de l’ADN des patients, ce qui les positionnera idéalement pour jouer un rôle clef dans le développement de nouvelles approches médicales basées sur la génomique, et ainsi tirer profit des retours financiers immenses qu’une drogue totalement nouvelle pourrait apporter ».

*** Caulfield T., et al. 2013. Reflections on the cost of "low-cost" whole genome sequencing: framing the health policy debate.

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 18:00

Je suis vraiment nul en Français ! Il m’a fallu arriver à un âge avancé pour enfin regarder de plus près la définition de cette innovation dont on nous rebat les oreilles, au moins à nous, scientifiques. Donc, il y a peu, je suis allé consulter le « trésor de la langue française », le TLF pour savoir ce qu’était innover. Il s’agit donc d’Introduire du neuf dans quelque chose qui a un caractère bien établi. Comme l’aurait dit Raymond Souplex dans les cinq dernières minutes, « bon sang, mais c’est bien sûr ! », il ne s’agit pas de créer de la nouveauté, mais d’en introduire dans quelque chose qui existe déjà. Donc, Francis Picabia avait raison lorsqu’il disait : « le nouveau, toujours le nouveau, mais c’est vieux comme le monde ! ».

 

En fait, peut-être qu’un des problèmes de l’innovation, c’est le sens, dit rare et littéraire, que le TLF nous donne du verbe innover : être le premier à faire, à utiliser quelque chose. Cela replace la nouveauté dans une perspective de compétition, nos énarques parlent d’élitisme !

Innover, générer de la nouveauté

C’est donc avec l’esprit en éveil que je suis tombé sur un article du journal scientifique en ligne BMC Biology (2013 ; 11 :110). Il s’agit, en fait, d’une interview de Marc Kirschner dont le titre est Beyond Darwin: evolvability and the generation of novelty (Au-delà de Darwin : l’évolutivité et la genèse de la nouveauté).

 

A part quelques esprits chagrins et un bon nombre de personnes qui n’ont pas beaucoup d’esprit, l’évolution des espèces grâce au moteur de la sélection naturelle est une théorie (au sens scientifique, et donc noble du terme) très largement admise et encore très étudiée.

Dans un ouvrage qu’il a signé avec John Gerhart en 2005 (The plausibility of life: resolving Darwin’s dilemma), Kirschner écrit : « Les 150 dernières années ont vu Darwin avoir raison et Darwin avoir tort, Darwin mis en doute, Darwin ignoré; Darwin diabolisé, et Darwin idolâtré, mais à la fin nous pouvons avoir la vraie valeur de son œuvre. Il a apporté une idée transcendante unique, celle de variation et sélection, et il a démontré cette idée grâce à une observation minutieuse et approfondie. Cette science est la plus simple à comprendre, on pourrait même dire que c'est la science à l'état pur. »

Le dilemme de Darwin est présenté comme sa perplexité devant la difficulté d’aborder la genèse de la nouveauté sur laquelle les mécanismes de l’évolution qu’il avait si bien compris pouvaient dérouler leur mécanique. Variation et sélection, certes, mais comment expliquer la variabilité ? La génétique a apporté beaucoup, dans la période post Darwinienne pour expliquer l’héritabilité de petites variations, de modifications génétiques. Mais, comme le soulignent Gerhart et Kirschner, « Ce qui a échappé aux biologistes est sans doute le plus important : comment de petits changements génétiques aléatoires peuvent-ils être convertis en innovations complexes et utiles ? » La complexité de la biologie, c’est que l’évolutivité, en amont de l’évolution, reste, de manière générale, compatible avec les fonctions existant aujourd’hui. Ainsi, l’évolution qui, au cours des âges, a fait disparaître nombre des espèces qu’elle s’était pourtant acharnée à faire venir à la vie, n’a finalement pas fait disparaître les principales fonctions qui leur permettaient de vivre et de se reproduire. Et cela, les systèmes humains, mécaniques en particulier, ne sont pas capable de le faire, eux qui, soumis à de minimes changements aléatoire, soit ne serons pas affectés du tout, soit en seront détruits.

 

Et là, nous en arrivons à un autre évolutionniste, généticien de surcroît, Jack Haldane qui disait : « Aujourd’hui, je soupçonne personnellement que l’univers n’est pas simplement plus bizarre que nous supposons, mais plus bizarre que nous pouvons même le soupçonner » (J.B.S. Haldane, Possible Worlds, 1927).

 

Marc Kirschner, qui pense que l’évolution darwinienne est sans doute un excellent mécanisme pour « améliorer » les choses, mais pas pour créer de la nouveauté, m’est sympathique également pour le parallèle qu’il trace entre ce constat et le soutien indéfectible qu’il apporte à la recherche non finalisée, dite parfois « fondamentale » (mais n’employez pas ce mot désuet si vous ne voulez pas passer pour un vieux schnock). Dans un éditorial de la revue Science du 14 juin 2013, il écrit : « On peut être en mesure de reconnaître la bonne science quand elle arrive, mais la science significative ne peut être vue que dans le rétroviseur. (…) Ce qui est maintenant promu comme science à fort impact est généralement une extension étroite de modèles expérimentaux existants dans un programme axé sur un ensemble d'objectifs réalisables. Les nouvelles orientations floues susceptibles d'échouer, mais qui pourraient aussi ouvrir de nouvelles questions essentielles, sont souvent rejetées comme trop spéculatives et à faible impact. Et dans les sciences biomédicales, il y a une tendance croissante à assimiler la significativité de la science à n’importe quel type de pertinence médicale ».

 

Il ajoute : « En science, plus vite, mieux et moins cher ne sont pas aussi important que conceptuel, nouveau et minutieux ».

 

Alors, la lecture de Marc Kirschner n’est peut-être pas de la même élévation intellectuelle que celle du grand Charles (Darwin, bien sûr…), mais elle serait très profitable à celles et ceux qui nous gouvernent, que ce soit aux NIH américains, à la commission européenne, ou au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche.

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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 11:04

L’émission « Science publique » animée par Michel Alberganti, à laquelle j’ai participé hier, contenait autrefois une petite séquence « coup de gueule, coup de cœur » qui m’avait surpris il y a trois ans. Cette fois, je m’y étais préparé, et, bien sûr, elle n’a pas eu lieu ! Je confie donc à ce blog ce que j’avais préparé pour France Culture.

 

Un coup de gueule sérieux pour moi concerne la déplorable couverture médiatique du renouvellement de la moitié des membres du CCNE. Nous étions là dans l’entretien délibéré d’une polémique parfaitement inutile. L’éthique mérite mieux que cela.

L’émission « Science publique » animée par Michel Alberganti, à laquelle j’ai participé hier, contenait autrefois une petite séquence « coup de gueule, coup de cœur » qui m’avait surpris il y a trois ans. Cette fois, je m’y étais préparé, et, bien sûr, elle n’a pas eu lieu ! Je confie donc à ce blog ce que j’avais préparé pour France Culture.

Un coup de gueule sérieux pour moi concerne la déplorable couverture médiatique du renouvellement de la moitié des membres du CCNE. Nous étions là dans l’entretien délibéré d’une polémique parfaitement inutile. L’éthique mérite mieux que cela.

 

 

Coup de gueule, coup de cœur

Côté coup de cœur, un livre assez récent publié chez Odile Jacob par Claude Béata et préfacé par Boris Cyrulnik. Claude Béata est vétérinaire comportementaliste, passionné par les relations complexes entre l’homme et ses animaux, notamment ceux dits de compagnie. Un petit bémol sur le titre, « au risque d’aimer » qui peut paraitre un peu mièvre devant l’intérêt et la richesse du contenu. Il nous parle d’ocytocine, de jalousie, d’amour contre nature entre Kamuniak la lionne et des petits oryx,…

 

 

Au-delà d’anecdotes tour à tour émouvantes, sérieuses et drôles, Claude Béata nous parle aussi bien des pathologies de l’amour (tiens, chez les animaux aussi ?!) que de son impérieuse nécessité dans tout le règne du vivant. Avec humour, sensibilité et rigueur, il nous parle de l’attachement, fonction vitale chez tous les vertébrés, sur laquelle s’ancre l’amour dont nous voulons penser qu’il s’agit d‘un sentiment purement humain. Nous sommes au cœur de la controverse éternelle sur la définition du « propre de l’homme ». Une phrase que j’ai retenue : « j’aime la science qui doute et qui est curieuse de sa propre construction »… Ne rejoint-on pas là le propos d’une émission sur la controverse scientifique ?

 

 

 

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 19:08
Nobelite aigüe

Un ami a eu la « sagesse » de quitter la recherche en biologie et de partir vivre en Afrique. En fait, je comprends aujourd’hui qu’il souhaitait peut-être se prémunir d’une maladie dont il m’a informé de l’existence, la Nobelite aigüe. Il m’a fait part d’un article scientifique intitulé « La Nobelite : une maladie commune chez les lauréats du prix Nobel ? », paru dans le très sérieux Clinical Chemistry and Laboratory Medicine [i].

Merci Nicolas !

 

J’ai lu cet article et ai décidé de le partager avec mes lecteurs pour au moins deux raisons. La première est que son auteur porte le doux prénom de « Eleftherios » (cela ne s’invente pas), et la seconde est qu’il a également commis un article dans la même revue, qui critique le facteur d’impact des journaux scientifiques dans l’évaluation des chercheurs. Un scientifique qui critique ce fameux et sinistre facteur ne peut pas être totalement mauvais. Alors, …

 

J’ai beaucoup de respect pour les lauréats du plus prestigieux des prix scientifiques, le Nobel. Leur science est, la plupart du temps, tout à fait remarquable. Du moins l’était-elle à l’époque des travaux qui leur ont valu ce prix… Diamandis nous rappelle que la plupart d’entre eux reçoivent le prix 20, 30, 40 et parfois 50 ans après leurs découvertes majeures, et qu’à l'époque de leur distinction, ils sont loin de leur prime jeunesse. Je pourrais ajouter, perfidement, que le prix ne récompense que la science, et qu’humainement, les lauréats ne valent pas forcément mieux que les milliards d’êtres humains qui n’ont pas reçu ni jamais ne le recevront [ii].

 

Alors, la Nobelite ? Il s’agit d’une affection qui peut les conduire à considérer que le Nobel est un certificat de compétence universelle, et donc accepter d’apporter leur prétendue expertise à des projets ou des entreprises qui sont au-delà de leurs capacités. Diamandis ajoute que le délai souvent très long qui sépare la découverte de l’attribution du prix devrait inciter à la prudence quand ces personnes voient offrir des postes très influents dans les universités et ailleurs.

 

Diamandis cite, par exemple, Linus Pauling seul, avec Marie Slodowska-Curie, à avoir reçu deux fois le prix Nobel dans deux catégories différentes. Scientifique brillant, engagé politiquement notamment contre les essais nucléaires. Un sacré bonhomme, si je puis me permettre… Mais cela ne l’a pas empêché de se fourvoyer dans des affirmations hasardeuses sur la possibilité de guérir le cancer avec des doses massives de vitamine C, ni de se ridiculiser pour la conception bâclée de ses essais cliniques, essais qui auraient nécessité qu’il ait une vraie compétence en épidémiologie, ce que les deux Nobels n’avaient pas suffit à lui procurer.

 

La publication d’Eleftherios (je peux vous appeler Eleftherios ?) m’a rappelé le fameux Principe de Peter (enfin, fameux dans les années 70), suivant lequel tout employé (les Nobels sont eux aussi des employés, et cherchent même à le rester au-delà du raisonnable) tend vers son niveau d’incompétence. Ce « principe » a été très discuté, critiqué notamment pour sa vision simpliste du monde. Mais, si on laisse de côté sa formulation principielle, on peut néanmoins constater que, particulièrement dans les « élites », on a tendance à proposer à celles et ceux qui ont prouvé leur haute compétence sur un sujet donné, d'intervenir dans un autre domaine dans lequel ils n’ont rien prouvé du tout. C’est ainsi qu’un scientifique ou un médecin brillant peut devenir un politicien médiocre ou un ministre lamentable.

 

La Nobelite semble donc ne pas frapper que dans le clan très restreint des lauréats du prix Nobel !

 

 

 

 

[i] Diamandis EP. Nobelitis: a common disease among Nobel laureates? Clin Chem Lab Med. 2013; 51: 1573-1574.

 

[ii] On peut, par exemple, lire la manière dont s’est déroulée la découverte de la structure de l’ADN, dont on fête le 60ème anniversaire cette année, ainsi que les propos qu’ont tenu plus tard deux de ses découvreurs, l’un étant ouvertement eugéniste et l’autre raciste de base… Cela n’empêchait pas l’un d’être très (trop ?) supérieurement intelligent et l’autre assez sympathique.

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 16:00
Confusion

Après avoir éprouvé une certaine colère, confusion est le mot qui me reste à l’esprit à la lecture des nombreux commentaires, divers, variés et contradictoires de la presse sur le dernier avis en date du CCNE (N° 121, intitulé « Fin de vie, autonomie de la personne, volonté de mourir »).

La lecture que Patrick Verspieren a fait de cet avis dans un blog de la Croix du 9 juillet dernier, et qui appelle « à une grande vigilance à l’égard des présentations fallacieuses des faits », n’apporte, par son parti pris et ses interprétations très orientées, qu’un peu plus de confusion dans un débat déjà lourd et difficile. Pourquoi, en effet, ne pas respecter la présentation de cet avis qu’en a faite le président du comité : « la réflexion sur le sujet de la fin de la vie (dont il précise que qu’elle n’est pas unanime dans le comité) n’est pas close mais (…)elle doit se poursuivre ». Il ne s’agit pas d’une excuse, M. Verspieren, ni surtout d’une prétendue allégeance aux soi-disant souhaits du Président de la République. Il s’agit d’un fait que vos comptes d’apothicaires sur ce que pourraient représenter la majorité et la minorité du CCNE ne sauraient éclairer. Le CCNE n’a, d’ailleurs, jamais « cultivé le mythe du consensus ». Si une minorité de ses 121 avis a donné lieu à des « notes », « réserves », et autres « contributions », cela veut simplement dire que la grande majorité de ses avis a su faire écho à la diversité de sa réflexion et mettre en avant ce qui constituait le cœur commun de sa démarche réflexive. Même ses avis récents sur la fin de vie et les soins palliatifs (N° 63 de 2000 et N° 108 de 2009) n’ont pas suscité de « réflexion autre ».

 

Finalement, c’est le Quotidien du médecin, reconnaissant même que la médecine est au service de la société (et pas l’inverse), qui donne une image plus vraie, parce que contrastée et diverse, de cet avis complexe. Et c’est rendre justice au CCNE que de dire qu’il s’interroge en permanence, et n’impose pas une réflexion monolithique, mais propose de poursuivre le débat de société sur ce sujet.

 

A part celles et ceux qui, raides dans leurs bottes, et certains de leurs convictions en acier trempé, soutiennent avec véhémence des positions opposées et irréconciliables, a part celles et ceux, donc, qui entretiennent la confusion, n’est-il pas logique que le plus grand nombre d’entre nous se posent des questions, ne sachent pas, et, finalement, craignent de devoir un jour souhaiter leur propre mort ?

 

OUI / NON ? Il s’agit là d’une réduction coupable de questions diverses et difficiles. Lorsque le CCNE analyse de nombreuses situations de fin de vie, il nous place devant des interrogations plus qu’il ne nous donne du prêt à penser.

 

Pour clore cette « revue de presse » critique et non exhaustive, je pense qu’il convient de s’arrêter un instant sur un article du Huffington Post du 8 juillet dernier, et signé de Jacqueline Herremans, avocate au barreau de Bruxelles, membre du Comité consultatif de bioéthique en Belgique. Cet article interpelle le CCNE sous un titre assez dur : « Membres du CCNE, ne caricaturez pas vos voisins ! ». Elle appelle à une certaine modération lorsqu’il s’agit de porter un regard critique sur la situation de pays voisins et frères, et de ne pas s’arrêter aux bilans sauvages dressés par des associations partisanes.

 

Le 16 mars 2011, lors d’un débat organisé par l’IHEST sur les « regards croisés franco-belges sur la bioéthique », j’avais eu la chance de pouvoir dialoguer avec Geneviève Schamps, juriste Belge de droit médical et biomédical (UCL), Présidente de la Commission fédérale Droits du patient, et membre, elle aussi du Comité consultatif de bioéthique belge. Sa présentation très équilibrée de la situation de la fin de vie en Belgique était très éloignée du jugement de valeur repris par le politicien Jean Léonetti dans le Nouvel Observateur du 1er juillet qui dit que la « légalisation, dans les pays où elle a eu lieu, a entraîné un sentiment de dérive. Nous avons un bel exemple avec la Belgique. La loi belge propose maintenant d'étendre l'euthanasie aux mineurs et aux personnes âgées démentes ».

Non, nous ne sommes pas entourés de barbares. Et le meilleur moyen de le prouver serait d’organiser une rencontre des comités consultatifs nationaux d’éthique belges, néerlandais, suisses et français pour partager les réflexions qui ont conduit à des pratiques aussi différentes sur l’assistance au suicide ou l’euthanasie.

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Patrick Gaudray - dans éthique
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