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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 15:37

Il y a quelques jours, France 2 m'a contacté pour avoir mon avis sur les recherches généalogiques par tests ADN, ce que certains, dont je fais partie, appellent la génétique récréative. On vend du rêve (ou du cauchemard) en donnant un vernis technoscientifique à des recherches un peu vaines de prétendues origines fondées uniquement sur la biologie et la génétique. L'équipe de tournage est venue à la maison, et les questions posées étaient intéressantes et ouvraient la porte à la réflexion. Presque trois-quarts d'heure d'interview pour... Quelques secondes à l'écran (30, pour être précis) !

Le reportage, intitulé "D'où est-ce que je proviens", diffusé dans le journal de 20h de France 2 samedi 2 septembre, en plus d'apparaitre un peu comme de la pub pour Igenea, fait passer le message que c'est super de retrouver ses frangines, et que la génétique récréative c'est cool. Bien sûr, il y a le vieux grincheux du CNRS qui met en doute l'intérêt de la chose, mais sans vraiment argumenter, puisqu'on ne lui en a pas laissé le temps.

Rien sur la signification réelle des résultats, rien sur le fait qu'on puisse découvrir beaucoup plus que des demi-sœurs, rien sur le fait que l'important puisse être l'histoire des personnes et des familles et que la génétique n'est qu'une petite part de cette histoire, rien sur le fait que ces petits jeux (lucratifs, par ailleurs) alimentent la généticisation (biologisation) des relations humaines et l'on voit ce que cela donne dans les jugements d'affaires familiales, rien sur le fait que ces officines de tests ADN en ligne alimentent d'immenses bases de données probablement utiles à la recherche scientifique, mais alimentent surtout un business et font que petit à petit notre intimité nous échappe.

D'autre part, le vieux grincheux du CNRS n'était pas que négatif ; il valorisait ce que ces tests pouvaient, bien utilisés, apporter à la connaissance de l'histoire de l'humanité (et pas de ses individus), avec les grands mouvements de population depuis la sortie d'Afrique de H. sapiens. Ce que ces tests pouvaient apporter pour mettre en pièces tous les racismes (cf les tests ADN de suprémacistes blancs aux USA qui montrent qu'ils ne sont pas si blancs que cela !!!).

On pourrait épiloguer encore, mais le fait est que les médias entretiennent, s'ils ne le créent pas, un air du temps qui ne sent pas toujours la rose !!!

 

Vous l'avez compris, je suis un peu en colère...

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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 16:43

37 000 000 : C’est le nombre qui s’étale dans bon nombre de journaux comme étant celui des morts prématurées évitables avec une vie plus saine (BFMTV, par exemple). Le site Pourquoi docteur ? enfonce le clou en précisant : « En réduisant raisonnablement les consommations de tabac, de sel, d'alcool, et en luttant contre la tension, le diabète et l'obésité, il serait possible d'éviter des millions de décès prématurés dans le monde ». Quelle surprise !

En fait, le pavé a été jeté dans la mare médiatique par la revue médicale The Lancet[1] qui rapporte une étude d’épidémiologistes britanniques sur les six facteurs de risque de maladies non transmissibles dont le contrôle permettrait d’atteindre l’objectif 25x25 de l’assemblée générale des Nations unies de diminuer de 25 % entre 2010 et 2025 le fardeau des quatre plus importantes de ces maladies : cardiovasculaires, respiratoires chroniques, cancéreuses et diabétiques. Belle perspective,… Et article scientifiquement intéressant. Ce qui m’interpelle, c’est la présentation qui en est faite auprès du « grand public ».

Trente-sept millions, c’est énorme !!! Bon, précisons que ce nombre représente  celui de l’ensemble des morts qui pourraient être ainsi évitées sur les quinze années concernées, et non un nombre annuel. Précisons également que plus de 60 millions de personnes décèdent annuellement dans le monde de causes variées (les « 37 millions » n’en sont qu’un petit 4 %), dont un bon tiers de maladies infectieuses, qui ne sont pas concernées par l’étude britannique. Il s’agit donc d’une étude ciblée, ponctuelle pourrait-on dire.

Trente-sept millions, cela dépasse l’entendement !!! Alors, afin de mieux comprendre, il peut être utile de consulter le rapport du Haut Conseil en Santé Publique (HCSP) daté d’avril 2013 sur les « indicateurs de mortalité « prématurée » et « évitable ». Il analyse les résultats de nombreux travaux internationaux pour proposer « des recommandations concernant la définition, l'utilisation et l'interprétation des indicateurs de mortalité prématurée et évitable. Ces indicateurs sont destinés à être utilisés dans un contexte global de pilotage et de suivi des politiques et des actions de santé publique ». Il distingue clairement deux indicateurs complémentaires : « la "mortalité évitable liée à la prévention" et la "mortalité évitable liée au système de soins". », et propose, afin d’évaluer « l'impact des actions de prévention ou la qualité et l'efficacité du système de soins », qu’ils soient « nécessairement complétés par d'autres types d'indicateurs (morbidité, incapacités, santé ressentie…) ».

Ainsi, il faut sans doute être un peu prudent avant de lancer en pâture aux lecteurs non avertis des statistiques, ou plutôt des modèles prospectifs racoleurs. La science, même médicale, est toujours un peu plus complexe que cela…

Quant à l’image qui est donnée par ces articles aux titres lapidaires, elle me semble déplorable. 0 l’heure où les enfants d’Afrique meurent du paludisme ou de la rougeole, à l’heure où un milliard d’êtres humains n’ont pas accès au minimum vital de nourriture, où approximativement le même nombre n’ont pas accès à l’eau potable, où l’hygiène de base n’est pas disponible à des millions d’entre nous, mettre en avant ce qui peut apparaître comme des « maladies de riches », même si elles affectent également – et parfois plus encore – les plus pauvres, me semble friser l’indécence...

... Au moins cela doit-il être mis en perspective et expliqué.

 


[1] Kontis V, Mathers CD, Rehm J, Stevens GA, Shield KD, Bonita R, Riley LM, Poznyak V, Beaglehole R, Ezzati M. Contribution of six risk factors to achieving the 25×25 non-communicable disease mortality reduction target: a modelling study. The Lancet; published Online May 3, 2014.

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Trente-sept millions
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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 11:39

J'emprunte à Pierre Desproges le titre de ce billet d'humeur très spontané, tout juste motivé par l'annonce, il y a quelques minutes,  de la composition du nouveau gouvernent par le secrétaire général de l'Elysée.

Bien sûr, je lis cela non comme un analyste politique que je ne suis pas, mais comme un scientifique qui a eu l'occasion de s'émouvoir à plusieurs reprises dans un passé récent.

M'émouvoir quand la recherche scientifique et la soi-disant société de la connaissance étaient étrangement absentes des engagements du candidat François Hollande.

M'émouvoir quand le choix de la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche montrait que la confusion entre recherche et innovation, entre science et technologie se perpétuait, que l'action de cette ministre prouvait  que le hollandisme se situait dans la continuité du sarko-pécressisme de ce point de vue.

M'émouvoir encore plus aujourd'hui en constatant la disparition totale de ce ministère dans la masse d'un grand ministère de l'éducation nationale...

 

Dommage !

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 09:51

Nous vivons une époque formidable, disait Pierre Desproges, et c’est bien vrai. Alors que nous venons, dans l’ouest du pays, de vivre ce que les médias appellent un pic de pollution, dont l’intérêt majeur a été la gratuité des transports en Ile-de-France, les mêmes médias publient des informations chiffrées sur le nombre annuel de morts dues à la pollution dans le monde. Plus formés à l’arithmétique qu’au raisonnement, ils nous incitent à placer entre ces événements un « plus » et obtenir ainsi l’égalité suggérée selon laquelle il va falloir se décider à abandonner enfin le moteur Diesel, pourtant grand favori de nos concitoyens. Bien sûr, il convient de laisser le temps à l’industrie automobile de « se retourner », puisqu’il n’est pas de défis de santé publique qui résistent devant ceux de l’économie (voir l’illustration ci-dessous)

Il est vrai que malgré de nombreuses études toxicologiques aux résultats différents ou contradictoire, le caractère toxique ou cancérigène de la fumée de Diesel reste sujet de débat, voire de controverse scientifique, montrant que nous manquons d'études éco-épidémiologiques de qualité sur ce sujet. Néanmoins, il ne surprendrait pas grand monde que se confirme un risque accru de cancers liés aux fumées du moteur Diesel. On peut juste se demander pourquoi ne pas réaliser ces études en priorité, pourquoi celles-ci n’ont pas déjà été réalisées. Etonnant, non ?

Pourtant, même le journal « Les Echos » (17 mars 2014), s’interroge : Pic de pollution: le Diesel est-il vraiment le seul à blâmer ? La question traine, lancinante, comme si tout le monde ne savait pas déjà que les microparticules qui ont effacé la tour Eiffel du paysage parisien ne présentent pas la signature physicochimique des fumées de moteurs Diesel. Des « mauvaises langues » bien informées vont même jusqu’à dire qu’elles portent la signature de centrales thermiques fonctionnant au charbon, dont la réactivation a suivi l’arrêt de l’exploitation de l’énergie nucléaire outre-Rhin.

Tiens donc, le coup des microparticules de diesel ne serait-il qu’un écran de fumée ?

Il ne serait sans doute pas raisonnable de le penser alors même que la circulation alternée des véhicules automobiles (diesel en majorité) en cas de « pic de pollution » est un point fort des accords entre certains partis politiques à l’aube du second tour des élections municipales, à Paris notamment.

L’admettre serait alors penser que l’on se moque de nous, ou, dit autrement, qu’on nous soumet à un pic de pollution intellectuelle…

Pollution
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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 16:16


Loulou-01 Le récent débat parlementaire sur la recherche et l’embryon humain m’incitait à pousser un grand « coup de gueule » devant la somme considérable d’âneries qui l’ont émaillé. Je me suis même demandé si l’église catholique n’envisageait pas de canoniser Shinya Yamanaka, prix Nobel de médecine 2012… Mais de tout cela, j’ai déjà discuté dans ce blog sous le titre : « iPs …Oups !?! ». Et puis, tenter de convaincre de réalités scientifiques des personnes qui souhaitent camper sur leurs pseudo certitudes, ou de la nécessaire profondeur de la réflexion éthique ceux qui se réfugient sur des principes indestructibles comme la ligne Maginot, ne serait-ce pas peine perdue ?

Alors, je préfère aujourd’hui proposer simplement à mes lecteurs (indulgents, j’espère) de confronter le déchainement médiatique des opposants à la proposition de modification de la loi concernant la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines, résumée par ce cri de satisfaction du journal La Croix : « La stratégie d’obstruction déployée jeudi 28 mars à l’Assemblée nationale par le groupe UMP a été payante », avec l’article de fond proposé par Jacques-Yves Rossignol, sous le titre « Mystique ou adulation cytologique ».

Je retiens, en particulier, de cette contribution, le passage suivant : « Cette réduction de la religion au « respect de la vie » à l’embryolâtrie, à la cytolâtrie (je rappelle que la cytologie est la science qui étudie le vivant au niveau de la cellule), son origine historique et ses fonctions ne sont que trop évidentes. La cellule vivante que nous devrions adorer et respecter, elle est effectivement vivante mais comme l’individu du capitalisme pourrissant : elle se nourrit, elle excrète, et basta ! Cette vie de type embryonnaire ou cellulaire, évidemment inconsciente et apathique, promue jusqu’à l’obsession, c’est bien celle qui est imposée aux hommes adultes par l’industrie culturelle du capitalisme pourrissant. »

Et je ne résiste pas au plaisir de citer, dans cette perspective, la conclusion de l’avis N° 112 du CCNE sur ce sujet de la recherche sur les cellules souches embryonnaires et l’embryon humain in vitro : « Les problèmes éthiques essentiels qui se posent aujourd’hui au niveau mondial ne concernent pas les stades les plus précoces de développement de futurs êtres humains, mais la mort prématurée et la souffrance d’enfants et d’adultes, dues à la famine, aux maladies infectieuses, aux massacres, aux traitements inhumains, au déni de santé, de liberté et de dignité.

Le souci pour les tout premiers stades de développement d’un embryon en devenir doit nous rendre encore plus attentif et sensible à la souffrance des enfants déjà nés. Les enfants atteints de handicap mental, si souvent privés dans notre pays d’un accès à l’éducation et d’un véritable accompagnement dans des lieux proches de leur famille. Les deux millions d’enfants qui vivent dans notre pays sous le seuil de la pauvreté. Les près de dix millions d’enfants qui meurent chaque année de maladie et de faim dans le monde avant l’âge de cinq ans, et dont l’Organisation Mondiale de la Santé nous dit que nous avons collectivement depuis plusieurs années les moyens d’en sauver six millions chaque année. Les 200 millions d’enfants de moins de cinq ans dont le développement mental sera altéré et interrompu par la pauvreté, la sous-alimentation et les maladies dans les pays pauvres de notre planète.

Le CCNE considère que notre respect pour le tout début de la vie humaine doit être le témoignage d’un engagement entier de tous pour le respect de chaque personne, enfant et adulte, avec le souci de prévenir et de réparer au mieux les tragédies de la vie dans lesquelles sont plongées tant d’enfants à leur naissance.

C’est dans cette perspective que la réflexion éthique sur le tout début de la vie prend son véritable sens. »

C’est probablement à ce niveau que se situe la différence entre l’éthique et la frénésie lobbyiste de la polémique, entre l’humanité vraie et … le reste.

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 12:04
CCNE-logo.gif Le 18 décembre 2012, Michel Philips a publié sur le site de Médiapart un article intitulé : « Fin de vie : un espoir nommé Jean-Claude Ameisen ». Cela fait plaisir de voir un ami encensé  comme c’est ici le cas. Les nombreuses qualités du nouveau président du CCNE y sont exposées au cours d’une bio plutôt flatteuse… Bien !

Mais le cadre de cet éloge laisse un peu penseur : il s’agit de démolir, sans même avoir pris le temps de les lire avec réflexion, les conclusions de la mission Sicard sur la fin de vie. Et le journaliste de parler « d’espoir »… Espoir de quoi ? On se le demande, ou plutôt on ne se le demande pas. Donc, l’espoir est que le CCNE, saisi par le Président de la République d’une réflexion sur le sujet, sur la base du travail de Didier Sicard et de son équipe dont Jean-Claude Ameisen faisait partie, que le CCNE donc aille dans le sens de ce que veut M. Michel Philips.

Etonnant, non ? Aurait dit Pierre Desproges.

Comme si les opinions du Comité Consultatif National d’Ethique pour les sciences de la vie et de la santé se résumaient à celles de son président ! Nul ne sait, et surtout pas moi, quel sera le contenu d’un avis du comité sur cette difficile et complexe question. Ce que je sais, c’est que cette noble instance mènera son étude sans complaisance et de manière approfondie, ainsi qu’elle l’avait déjà fait en janvier 2000 dans son avis N° 63. Elle délivrera sans doute des pistes de réflexion qui permettront à tout un chacun d’enrichir sa réflexion propre et de se faire une opinion. Elle aidera ainsi sans doute le législateur à proposer un cadre législatif de qualité, respectueux de l’ensemble de nos concitoyens, malgré leurs grandes divergences sur un tel sujet de société.

Mais en aucun cas le CCNE ne s’est fait « balancer le rapport de la Commission Sicard, histoire d'y réfléchir et d'en tirer un projet de loi » par M. François Hollande, comme le dit faussement le journaliste de Médiapart. Les choses ne sont pas aussi simplistes et caricaturales que M. Michel Philips le laisse entendre.

Il reste l’éloge d’un homme bien et d’un scientifique de valeur qui sait donner le goût de la science à toutes et tous, et particulièrement dans son émission hebdomadaire sur France Inter.

 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 21:09

Nef des fousMais que font les scientifiques ?!?! Pourquoi sont-il aussi incapable de répondre à des questions simple, telles que : les OGM sont-ils dangereux ? Et quid des téléphones portables ? Les scientifiques sont-ils responsables de la crise de la vache folle ? Les vaccinations sont-elles bienfaisantes ou dangereuses ? ...

Pourquoi ces question, et pourquoi aujourd’hui ?

 

Actualité :

Un jugement est tombé en Italie : des scientifiques utilisés comme experts en sismologie et n’ayant pas su/pu prédire l’advenue d’un tremblement de terre dans les Abruzzes en mars 2009, ont été condamnés à de lourdes peines de prison pour homicide par imprudence. Leur apparent souci de ne pas créer une panique sans avoir de certitude quant à l’imminence d’un séisme dévastateur est assimilé par la « justice » à une responsabilité directe dans la mort de plus de trois cent personnes.

Une évaluation est tombée en France : après les six Académies, le Haut Conseil des Biotechnologies a jugé que l’alerte lancée par l’équipe de G.E. Séralini était dénuée de fondement scientifique, impliquant que l’appel à la panique alimentaire qui s’en est suivie, s’étalant en couverture du Nouvel Observateur n’était pas rationnel ni raisonnable.


« Fiction » (enfin, peut-être…) :

Un scénario catastrophe quelque part dans le monde : des experts prétendument scientifiques ont sur interprété des microséismes et provoqué l’évacuation en urgence d’une ville, d’une région. Bilan de la panique : trois cents morts. Bilan de l’alerte : aucun séisme. La justice, saisie par les familles des victimes, décide de juger les experts pour homicide par imprudence, et pourquoi pas bientôt de dénonciation calomnieuse de phénomène tellurique.

 

La place de scientifiques entre experts et lanceurs d’alerte.

Au cours d’un débat sur la place de la recherche et de l’expertise scientifique dans le processus décisionnel,  Jean-Pierre Beaudoin distinguait :

-  Le scientifique qui, parce qu’il a la compétence, ne peut dire que  « voici ce que l’on sait aujourd’hui » ;

-  Le militant qui se sert d’un discours d’expert pour conforter sa cause et soutenir une idéologie ;

-  L’oracle qui, lui, adopte et adapte ce discours d’expert pour prétendre annoncer ce qui va advenir.

Ce que l’actualité nous a appris, c’est que le scientifique est en prison. Le militant continue de se répandre dans la presse et pourrait être convié à participer à la définition de critères d’évaluation de protocoles d’étude à long terme des effets de certaine PGM sur la santé humaine, … ou murine. Quant à l’oracle, qui n’est sans doute pas aussi fictif que l’histoire ci-dessus pourrait le faire croire, il a, dans l’actualité Italienne, pris la forme d’un détecteur de radon qui, lui, l’avait bien prédit qu’il y aurait un séisme violent dans les Abruzzes. Et lui aussi continue de se répandre dans la presse pour dénoncer le mépris de la science pour son génie méconnu.

Il faut bien reconnaitre que la confusion entre ces trois types d’acteurs de la communication ne peut qu’entretenir la difficulté du citoyen à appréhender les faits scientifiques. La science est convoquée par la société afin d’établir un socle de certitude normative, une référence utilisée par le juridique et le politique pour gérer le « vivre ensemble ». La loi ne peut que difficilement s’ancrer dans l’incertitude. Cette même incertitude scientifique qui constitue le socle du principe dit de précaution, ce principe d’action qui donne des clefs pour gérer la prise de décision publique, politique et non l’ouverture de parapluie ! Mais, lorsqu’il pleut des difficultés, c'est toujours à la science que l'on demande des certitudes…


La science repose sur une remise en cause permanente des acquis. Le doute est un élément fondamental de la démarche scientifique. Il n’existe sans doute pas de vérité scientifique absolue, mais il existe une vérité de l’état de la science dans un temps de l’histoire. Cet état de la science peut et doit faire débat dans la société tant il est vrai que la science doit se maintenir sous le regard critique de la démocratie et doit lui rendre des comptes.

Le débat existe déjà entre scientifiques, et, par expérience, je peux témoigner qu’il n’est pas tendre. Il est contradictoire comme devrait l’être l’expertise scientifique en charge d’éclairer les décideurs. Mais est-il légitime qu’il soit arbitré par un juge ? Qui voudra encore donner un avis scientifique si cet avis peut le conduire en prison pour six ans ? Alors qu’il est essentiel de mettre la science au cœur de la société, des « jugements » tels que celui des Abruzzes risque fort de la replacer dans sa tour d’ivoire.

Pour cela, les juges (Italiens) mériteraient d’être jugés !

 

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 18:00

Neanderthal-DNA.jpg

 

Ni spécialiste ni spécialement passionné par les vieux os et les vieilles dents, j’ai été interpelé par deux articles récents qui convoquent tous deux ce qu’il est aujourd’hui admis de qualifier de paléogénétique afin de mesurer l’étendue et peut-être d’expliquer la diversité génétique de « l’espèce humaine ».


Le premier vient de la grande revue internationale « Trends in Genetics » daté d’octobre 2012, sur l’histoire génétique des Européens[1]. Il est introduit par un édito de Rhiannon Macrae intitulé « La génétique d’être humain (The genetics of being human) ». Il nous parle de faits scientifiques, d’analyse critique des approches dévolues à la connaissance de notre histoire, des migrations de nos ancêtres au cours des vagues de glaciation et de réchauffement climatique en Europe. Il situe dans cet ensemble ce que l’étude des ADN anciens, prélevés sur des os ou des dents retrouvés lors de fouilles archéologiques, peut nous apprendre, surtout lorsqu’elle accède aux dernières techniques de séquençage à haut débit de l’ADN. Pas facile à lire, mais scientifique, factuel, sérieux…

 

Le second est un éditorial du journal Le Monde « science et techno » du 13 septembre 2012, signé de Laurent Alexandre, et intitulé « La paléogénétique révèle une humanité éclatée ». Dépassant le cadre Européen ainsi que la rigueur scientifique, cet article exprime, dès son titre, la peur que peut engendrer et la crainte qu’il convient d’avoir devant la science. Le choix des mots est éloquent : « une humanité éclatée » ! Eclatée par quoi, par qui, pour quoi ?


Lisons un peu plus avant : « depuis cent mille ans, plusieurs espèces d'hommes ont disparu… ». Traduire « Homo » en homme est tout sauf innocent. Mais c’est faux ! Là où le scientifique traduit « Homo sapiens » par humain anatomiquement moderne, l’éditorialiste du Monde mélange peu subtilement Neandertal, Denisovan et Flores avec Sapiens. Rappelons-nous que la proximité génétique qui existe entre nous et le chimpanzé a conduit certains scientifiques à proposer d’inclure ce dernier dans le genre « Homo ». Il faut donc savoir de quoi on parle, savoir être précis dans les termes.


Poursuivons encore : « certains groupes d'hommes vivant aujourd'hui sur Terre sont issus du métissage…, d'hommes modernes et d'hommes archaïques. » Pourquoi « certains » groupes ? Nous sommes tous issus de métissages divers. La première leçon que nous apprend la génétique est que la lignée pure n’existe qu’en laboratoire, et que, sortie du laboratoire, elle n’est qu’idéologie. Et si l’on distingue un homme moderne d’un homme archaïque, plus on est proche temporellement du croisement de ses ancêtres avec un « homme archaïque », plus, bien évidemment, on doit être un peu « archaïque » soi-même ! Et si nous n’avions pas compris, l’auteur insiste sur le fait que ce métissage archaïque concerne « des gènes gouvernant l'organisation cérébrale et impliqués dans le fonctionnement des synapses neuronales », donc des fonctions cognitives élevées, donc « archaïque » équivaut à un peu limité (intellectuellement).


Il est certain que « le séquençage des restes humains génère déjà des conflits politiques », mais, comme le remarque Laurent Alexandre lui-même, ce sont des conflits de consentement. Ces conflits nous interpellent sur la notion même de patrimoine génétique qui, de fait, doit limiter la liberté que nous avons d’en faire ce que nous voulons, et peut même laisser accroire que certaines caractéristiques génétiques appartiennent en propre à des groupes humains en faisant des entités particulières.

C’est bien là que se situe le risque « d’éclatement ».


En voulant nous mettre en garde devant les dérives habituelles « des idéologues racistes », Laurent Alexandre leur donne du grain à moudre... DANGER !



[1] The genetic history of Europeans. Ron Pinhasi, Mark G. Thomas, Michael Hofreiter, Mathias Currat and Joachim Burger. 2012. Trends in Genetics; 28: 496-505.

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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 13:08

Trouvé sur le site de "Saturday Morning Breakfast Cereals", un petit cartoon qui illustre une partie de ce que j'exposais dans mon post du 19 juillet dernier :


20120716

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 18:00

 

Higgs-Iris.jpg

 

J’ai beau m’en défendre, le biologiste que je suis est jaloux des physiciens.


Etonnant, non ? Aurait dit Pierre Desproges…


Et bien non, et l’actualité récente le prouve.

 

Je viens de tomber sur un article du blog Science2 de Sylvestre Huet sur le télescope géant que les Européens vont construire au Chili, dans le désert de l'Atacama.

 

Un milliard d’euros pour voir, en 2022, un peu plus loin dans l’univers ! Ceci vient après la probable découverte du « boson de Higgs » grâce au LHC du CERN à Genève, dont je préfère ignorer le coût.


Et personne de se demander publiquement : « et tout cela pour çà ? ».

 

Etonnant, non ?

 

L’univers, sa finitude (ou non), son âge et son étendue donne le vertige. C’est au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. Hors de portée de mon cerveau humain (fini lui aussi, plus très jeune et peut-être un peu limité). Pourtant, regarder le ciel fait rêver. Les euros disparaissent devant les étoiles. Nous acceptons de ne rien comprendre parce que le rêve est au-delà de la compréhension.

La théorie de de Brout, Englert et Higgs qui propose un mécanisme qui confère la masse aux particules élémentaires est parfaitement incompréhensible pour le commun des mortels que je suis. Sa démonstration semble établie par la mise en évidence d’un boson[1] sur un joujou circulaire de 27 km de circonférence où se passent des rencontres d’un type que je n’arrive pas à imaginer. Mais cet infiniment petit dans lequel je me rends compte que je n’avais jamais rien compris à ce qu’est « la masse » fait rêver. J’en connais même qui nous expliquent ce dont il s’agit au travers du Mojito !

 

Etonnant, non ?

 

Alors, me direz-vous, pourquoi « jalousie » ? Parce que je suis biologiste et que la biologie fait plus peur qu’elle ne fait rêver. On ne va quand même pas donner des milliards d’euros à des scientifiques qui vont nous fabriquer des monstres, des OGM, nous modifier le cerveau ou que sais-je encore ?!

Bon, laissons de côté les euros, il ne faut pas se montrer vénal ! Mais il reste le rêve…

Dans le fond, tout le monde se fiche du Boson dit de Higgs, personne ne se soucie des exoplanètes ou même du Big Bang. Cela ne sert à rien ! Alors, pourquoi ne juger les biologistes que sur l’utilité immédiate de leurs recherches. Pourquoi ne pas admettre que leur Science ne sert à rien, comme toutes les autres, sauf à assouvir notre besoin de connaissance, de découvertes et même de rêve ?

 

Chromosomes.jpgJalousie, peut-être, mais je ne regrette rien. Car, moi, je rêve en observant des cellules, en apprenant à découvrir leurs mécanismes intimes, leurs régulations sophistiquées, en contemplant la complexité de nos chromosomes,…

 

Comment nous, biologistes, sommes-nous aussi peu capables de faire rêver les hommes comme savent si bien le faire nos amis, nos frères physiciens ?



[1] Alors qu’avant Z0 et W, le seul que je connaissais était Louis qui présentait le « jeu des mille francs » sur France-Inter

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