Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 16:00

Mains

 

En mai dernier, le site Newsring.fr lançait un débat sur le thème : "faut-il autoriser l'euthanasie ?", anticipant en quelque sorte ce que l'actualité du jour nous apprend. François Hollande a, en effet, relancé le débat sur la fin de vie, mardi 17 juillet, lors d'une rencontre avec le personnel et des patients d'un centre de soins palliatifs à Reuil-Malmaison (Hauts-de-Seine). Il a confié une mission de réflexion au Pr Didier Sicard, président d'honneur du Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE). Le CCNE sera saisi des conclusions de cette mission de réflexion.

 

 Dans un autre débat organisé sur le site newsring.fr qui concernait un questionnement éthique, j'écrivais que l'éthique, ce sont plus des questions complexes que des réponses simples … Ce titre s’appliquerait encore ici, tant on constate le nombre de positions volontairement simplistes sur un sujet délicat et difficile.

Et, face à cela, une question apparemment simple, et peut-être un peu mal posée : « faut-il autoriser… ? » Autoriser comment : moralement, éthiquement, légalement ?


Les grands mots (j’allais écrire « les gros mots ») sont de sortie, justifiant tous les antagonismes : EUTHANASIE, DIGNITE, SOINS PALLIATIFS, SOUFFRANCE INSUPPORTABLE, MEURTRE, COMPASSION, LIBERTE, DROIT, … Méfions nous de ces grands mots, parfois si grands qu’ils nous imposent l’humilité, si lourds de sens qu’on ne saurait les lancer comme des slogans.


On essaie de faire d’un débat de fond un débat politicien, même s’il n’en est rien. Il est certain que la campagne du candidat François Hollande a eu l’intérêt de poser certaines questions éthiques, comme cette proposition N°21 de son programme (janvier 2012) : « Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable,  et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ». Il est également vrai que le débat, même s’il est de qualité, oppose souvent droite-gauche, comme lire ICI entre Jean Léonetti et Marisol Touraine.

On a pu lire, dans un « appel à la gauche » : « Pour nous, les réactionnaires sont ceux qui pensent qu’il n’y a rien d’autre à faire que de supprimer celui qui souffre. Pour nous, les progressistes sont ceux qui espèrent une société où la solidarité permettrait aux malades de garder leur dignité et leur place sociale, y compris à la fin de leur vie. »


Nous avons certes le droit de nous opposer dans nos convictions : nous ne serons jamais tous d’accord sur de tels sujets. Mais nous n’avons pas le droit d’opposer artificiellement des choses qui ne le sont pas fondamentalement, comme suicide assisté et euthanasie, euthanasie et soins palliatifs, …

On n’a pas le droit non plus de dévoyer des arguments parfois légitimes avec des affirmations telles que la non application de la loi qui serait la preuve qu’elle n’est pas bonne (si personne n’applique les limitations de vitesse sur autoroute, alors, supprimons-les !). Rappelons que la loi n° 2005-370 du 22 avril 2005, dite loi Léonetti, relative aux droits des malades et à la fin de vie a été adoptée à l’unanimité par le Parlement. Cette loi introduit cinq dispositions essentielles : (i) l’interdiction de l’obstination déraisonnable (terme à la fois plus vaste et plus précis que celui d’« acharnement thérapeutique »), (ii) une procédure collégiale de limitation ou d’arrêt des traitements, (iii) le rôle éminent, dans la prise de décision, des directives anticipées et de la personne de confiance, (iv) un renforcement des activités de soins palliatifs dans le projet médical des services, (v) l’obligation faite aux médecins de motiver leur choix et d’en évaluer les conséquences. J’ai la faiblesse de croire que cette loi est bonne et qu’elle mérite qu’on lui donne vraiment les moyens d’être appliquée. Alors, et seulement alors, on pourra évaluer si elle fonctionne et jusqu’où elle soulage les femmes et les hommes qui souffrent en fin de vie.

Alors, et seulement alors, on pourra s’interroger sur la possibilité de se réapproprier le questionnement du Comité Consultatif de Bioéthique de Belgique, en 1999 : « Y a-t-il une place dans ce vécu pour une démarche rationnelle, pour une analyse objective ? Dans le jugement éthique qui va de pair avec ces décisions, la distinction persiste, sur le plan des intentions, entre « ne pas vouloir laisser perdurer une situation sans issue », « vouloir combattre jusqu’au bout la souffrance intolérable, par tous les moyens » et « vouloir un arrêt actif de la vie » ».

Au-delà de la simplification abusive du débat, le CCNE a abordé le refus de soin, les soins dits palliatifs, la fin de vie et l’euthanasie dans plusieurs avis, dont :

-   Avis N°26 concernant la proposition de résolution sur l'assistance aux mourants, adoptée le 25 avril 1991 au Parlement européen par la Commission de l'environnement, de la santé publique et de la protection des consommateurs. (24 août 1991)

-   Avis N°59 sur le vieillissement (25 mai 1998)

-   Avis N°63 sur la fin de vie, arrêt de vie, euthanasie (27 janvier 2000). C’est dans cet avis qu’a été introduite l’expression d’exception d’euthanasie qui a souvent été combattue, et qui pourtant revêt un grand intérêt sur le plan de la réflexion éthique :

« Il apparaît au CCNE qu'une position fondée sur l'engagement et sur la solidarité est en mesure de faire droit aux justes convictions des uns et de autres et de lever le voile d'hypocrisie et de clandestinité qui recouvre certaines pratiques actuelles (…) position d'engagement solidaire, mobilisée par les divers aspects de la réalité du consentement comme valeur (respect du consentement de la personne, refus de fuir l'inéluctable, nécessité du débat et d'une décision collective) (…). Elle pourrait trouver une traduction juridique dans l'instauration d'une exception d'euthanasie.

La mort donnée reste, quelles que soient les circonstances et les justifications, une transgression. (…) Si en situation concrète la décision d'arrêter une vie peut aux limites apparaître un acte acceptable, cet acte ne peut se prévaloir d'une évidence éthique claire. Une telle décision ne peut et ne pourra jamais devenir une pratique comme une autre. »

-   Avis N°70 sur le consentements en faveur d'un tiers (13 décembre 2001)

-   Avis N°87 sur le refus de traitement et autonomie de la personne (14 avril 2005)

-   Avis N°108 sur les questions éthiques liées au développement et au financement des soins palliatifs. (10 décembre 2009), dans lequel il est rappelé :

« Dans le cadre des soins palliatifs et à l’encontre de toute obstination déraisonnable, les éléments de l’accompagnement qui doivent être privilégiés sont le temps, l’écoute, la disponibilité, la sobriété thérapeutique, les compétences relationnelles, une fois les soins de confort assurés et les symptômes traités. »

« Les questionnements éthiques touchant à la vie et à la mort des êtres humains interrogent sur la pérennité du lien social.

(…)Les soins palliatifs ne sont pas un luxe que seule une société d’abondance pourrait se permettre, ils sont un « potentiel novateur »  de l’activité soignante. La réflexion et l’action qu’ils obligent à mener en font des « objectifs sanitaires raisonnables »… »


J’en reviens, pour finir, à ma question du début : comment faut-il autoriser ? Serait-il possible d’arriver un jour dans ce domaine, avec la même finesse que celle de la loi Weil de 1975, à une exceptionnelle dépénalisation de certains cas d’euthanasie active ?

Si cette autorisation devait passer par une loi qui figerait dans un DROIT la légitimité d’une transgression de l’interdit fondamental de tuer, je ne serais pas certain de pouvoir y adhérer.

 

Repost 0
6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 14:00

Manipulation cellulaire

  Dans un article récent de la très sérieuse revue « Trends in Molecular Medicine » (Volume 18, Issue 6, June 2012, pages 299–303), trois chercheurs de l’Institut Weizmann pour la Science de Rehovot, en Israel (Ido Goldstein, Shalom Madar et Varda Rotter) proposent une analyse critique intéressante des fondements théoriques actuels de la recherche en cancérologie. L’article est intitulé : « Cancer research, a field on the verge of a paradigm shift? » (la recherche sur le cancer, un champ sur le point de changer de paradigme ?).


Dans cet article, les auteurs analysent la naissance et la propagation du paradigme [1] de la recherche sur le cancer. Son cadre théorique est fondé sur deux grands principes.

Le premier est que le cancer évolue de manière progressive, chaque modification conduisant les cellules vers un état plus malin. Dans la mesure où les tumeurs cancéreuses se développent progressivement, souvent lentement, il était logique de chercher à définir des étapes dans leur progression vers toujours plus de malignité. Peter Nowell, en 1976, a proposé un modèle de progression par étapes définies sur les plans moléculaire et cellulaire, et une évolution des cancers par l’apparition de clones cellulaire présentant un avantage sélectif important par rapport à ceux existant à un instant donné. Bert Vogelstein a étendu cette proposition et a décrit précisément les étapes qui conduisent du polype au cancer colorectal métastatique.

Le second postule que, pour guérir le cancer, nous devons cibler uniquement des propriétés caractéristiques des cellules cancéreuses. Au début du XXe siècle, Paul Ehrlich a posé le concept qui était que des composés chimiques peuvent être synthétisés pour cibler spécifiquement les agents pathogènes sans affecter les tissus sains. Une idée simple, que certains ont longtemps résumé sous le titre accrocheur de « magic bullet », la balle magique tuant le pathologique sans dommage collatéral. C’est ce principe qui a été brillamment illustré par Alexander Fleming en 1928 avec la découverte de pénicilline. Il a été utilisé en cancérologie à partir des années 1940, la tumeur cancéreuse représentant le pathogène ciblé par d’éventuelles « balles magiques ». Une première propriété des cellules tumorales qui ait été ciblée était leur grande capacité de se diviser, au contraire de la majorité des cellules de l’organisme adulte qui sont en état d’arrêt de croissance. Le but était ainsi de tuer tout ce qui se multiplie, au risque avéré de tuer le porteur de la tumeur.


L’élégance intellectuelle et l’apparente simplicité de ce cadre théorique ont forcé son acceptation assez générale, sa mise en application. Mais si certains cancers, comme certaines leucémies, les lymphomes de Hodgkin, certains cancers du sein, etc…, ont constitué de très bons modèles de ce paradigme et ont plutôt bien répondu à son application thérapeutique, force est d’admettre la modestie des succès auxquels il a conduits. Les auteurs considèrent que ce paradigme actuel est en crise et que le domaine scientifique gagnerait à intégrer les théories extérieures aux modes de pensée actuelle, avec l'espoir de progrès plus rapide et d’une diminution significative des décès liés au cancer.


Certains ont pensé qu’il était possible de s’évader de ce paradigme par les thérapeutiques dites ciblées. Connaissant aujourd’hui mieux la biologie de la tumeur et de ses altérations génétiques, et pouvant désormais prévoir un accès généralisé au « fonds » génétique individuel du patient et de sa tumeur, la « balle magique » pourrait devenir plus petite, plus sélective et plus percutante en minimisant les effets indésirables, les dommages collatéraux. On a pu ainsi mettre au point une thérapeutique ciblée de la leucémie myéloïde chronique, par exemple. On a fait de ces thérapies ciblées un nouvel Eldorado de la cancérologie moderne, une révolution thérapeutique, alors que, d’après Ido Goldstein, Shalom Madar et Varda Rotter, il ne s’agit que d’une évolution qui entre tout à fait dans le cadre des deux principes énoncés plus haut.


Ce que l’on peut regretter un peu, chez ces auteurs, c’est qu’en face d’une analyse critique fine et sans complaisance de la situation actuelle, ils ne nous proposent pas beaucoup de pistes pour « changer de paradigme ». Ils évoquent une approche interdisciplinaire intégrant des théories complémentaires plus qu’alternatives, telles que la prise en compte du microenvironnement tumoral (Paget, 1889), de l’inflammation (Virchow, 1863), la prévention, ou la reconnaissance des cancers en tant que maladies chroniques qu’il vaudrait mieux tenter de contrôler que de vouloir éradiquer (surtout si le succès est mitigé).

Mais il est certain qu’à moins de découvertes (au moins une !) en rupture avec les connaissances actuelles sur la biologie et la physiologie des cancers, nous continuerons encore un moment d’ajouter des éléments nouveaux, ou, de manière moderne, des éléments anciens pour alimenter un paradigme, certes en crise, mais qui continue de sauver des vies.


Et c’est ce qu’on demande…

 


1 Paradigme : Conception théorique dominante ayant cours à une certaine époque dans une communauté scientifique donnée, qui fonde les types d'explication envisageables, et les types de faits à découvrir dans une science donnée.  (Trésor de la Langue Française)

 

Repost 0
30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 18:00

DNA_Brevets.jpgJ’ai souvent eu, dans ce blog, l’occasion de manifester un certain septicisme à l’encontre de la technoscience et, je l’avoue, une certaine peur face à la fuite en avant technologique qui fait aujourd’hui plus que nous guetter.

Du coup, je me suis fait abondamment critiquer par les pourfendeurs patentés de l’obscurantisme, par ceux qui s’autoproclament gardiens d’une vision positive de l’avenir et qui n’acceptent pas qu’il puisse y avoir de progrès qui ne soit pas fondé sur la technologie. En un mot, je me suis fait traiter de « bioconservateur ».


A défaut de débat, il y a donc une confrontation entre bioprogressistes et bioconservateurs (les pros et… les autres).

S’il est vrai qu’on est bioconservateur si l'on n'accepte pas le principe de l’amélioration systématique de la condition biologique de l’être humain, et l'autre si l'on se met sous la dépendance d'une avancée régulière et inexorable de la "révolution" biotechnologique, je me sens, il est vrai, très bioconservateur car je n'accepte pas le caractère inexorable de ce que les bioprogressistes qualifient de progrès technologique.

Inexorable ? Ainsi que le disait Benjamin Franklin au XVIIIème siècle, «In this world nothing can be said to be certain, except death and taxes !» (on ne saurait rien tenir pour certain dans ce monde, hormis la mort et les impôts !). La philosophe Bernadette Bensaude-Vincent, quant à elle, se demande pourquoi le progrès devrait être considéré comme un destin, sur lequel le politique n’aurait donc pas de prise.

Dans quel clan - bioprogressiste ou conservateur- sommes-nous ? Interrogeons-nous tout d'abord pour savoir si c'est exclusivement au niveau de l'amélioration biologique de l'être humain que doit se situer le progrès dont on voudrait qu'il soit question. Certains prétendent, et j'en suis, que les priorités sont plus à placer dans l'accès de tous à la nourriture et l'eau potable, deux biens indispensables dont plus d'un milliard d'humains sont privés sur terre. Même dans nos pays privilégiés, le "meilleur de l'humanité" me semble relever plus de la justice sociale et économique que du transhumanisme, ou même de la médecine. C'est le sens du message tiré de l'étude de Michael Marmot, intitulée "Fair society, healthy lives", sur les inégalités de santé et l'évaluation des déterminants sociaux de la santé en Angleterre, étude que j’ai déjà eu l’occasion de citer dans ces pages.

Sommes nous contraints à accepter cette dichotomie entre conservateurs et progressistes, qu’il soient bio ou pas ? Je ne le pense pas, non qu’un qualificatif ou un autre me gène, personnellement. Non, ce qui me gène, c’est qu’on catalogue ainsi les personnes, que l’on réduise leur pensée à un cadre, une étiquette, qu’on nous formate pour entrer dans une « petite boite »[1]. Certes, ne pas accepter de se faire mettre une étiquette, c’est risquer de se faire classer dans les "divers" et les "bizarres"[2].

J’assume…



[1] Chanson de Graeme Allwright après Malvina Reynolds dans les années 60.

[2] Chanson d’Yves Duteil : « Les P'tites Casquettes »

Repost 0
22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 14:06

CTC2.jpg

Claude Turc-Carel expliquant les "translocations" chromosomiques

Bien que je ne l’aie pas revue depuis plusieurs années, en fait depuis mon départ de Nice pour la Touraine, j’ai toujours gardé une grande amitié et une admiration profonde pour Claude TURC-CAREL, Claudie pour certains de ses proches.

Comment parler d’une amie qui vient de nous quitter, comment définir une personne ? Dire qu’elle était professeure, dire qu’elle avait dirigé le service de génétique du CHU de Nice, … ?

Dire qu’elle était une merveilleuse cytogénéticienne[1] ?...

 

    Elle s’était fait connaître dès 1983 en étant la première à avoir découvert une anomalie caractéristique d’un type tumoral particulier, et particulièrement délicat à diagnostiquer : le sarcome d’Ewing. Cette anomalie était un échange de matériel chromosomique entre les chromosomes 11 et 22, on parle de « translocation », dont on a montré dans les années suivantes qu’elle conduisait à la création d’une protéine chimère aux propriétés nouvelles (et désastreuses).

    Toujours prête à utiliser les dernières innovations technologiques (sondes fluorescentes, peinture chromosomique, hybridation génomique comparative, …) pour affiner ses patientes observations d’aberrations chromosomiques dans les tumeurs solides, elle a su en montrer la spécificité à l’instar de ce que la cytogénétique des leucémies et lymphomes avait pu faire dans les modèles un peu plus simples.


    Lorsque nous nous sommes rencontrés, elle déchiffrait les altérations génomiques des tumeurs du tissu graisseux, les lipomes et les liposarcomes. Elle ouvrait un champ immense de recherches qui se poursuivent encore aujourd’hui, grâce, notamment aux élèves qu’elle avait formés.


    Un jour, dans une conférence Européenne de cytogénétique (au Portugal en 1992), elle devait donner une conférence sur la cytogénétique des tumeurs solides. Le président de séance, Jonathan Fletcher je crois, un célèbre pathologiste américain la présenta comme la « la Reine de la cytogénétique des tumeurs solides ». Et Claude, en arrivant au pupitre, commença son intervention en disant : « non, Jonathan, je n’en suis pas la reine, mais j’en suis la servante ».


    Médecin, Claude avait, bien sûr, le souci des patients, du diagnostic et de possibles retombées de ses travaux en vue d’améliorations thérapeutiques. Mais elle était une vraie scientifique, une véritable chercheuse, avec toute la rigueur et la passion de la Science. Dans une des nombreuses conférences qu’elle a données sur les altérations chromosomiques dans les tumeurs solides, elle disait : « Les altérations chromosomiques dans les cancers humains ont fait l'objet, ces dernières années, d'une intensive et fructueuse recherche dont l'impact sur la compréhension des mécanismes de la transformation cellulaire maligne a été tout à fait considérable. Parallèlement, il est aussi apparu que certaines de ces altérations pouvaient être utilisées à des fins cliniques, diagnostiques et pronostiques en particulier », distinguant bien les deux temps de la recherche : le fondamental et l’application médicale.

CTC1

 

    Mais Claude était également et surtout une femme remarquable, passionnée notamment de peinture, une amie sincère et fidèle que seule la maladie avait éloignée de nous, ou de certains d’entre nous. Je veux garder le souvenir de ces repas, sur la terrasse de ma maison d’alors, à Tourrette-Levens, où nous avons passé de délicieux et passionnants moments.


… Madame, très chère Claude, je te salue. Tu restes dans nos mémoires.




[1] La cytogénétique est l’étude des chromosomes. On parle de cytogénétique « classique » lorsqu’on colore les chromosomes non spécifiquement, mais de manière à pouvoir les reconnaître, et de cytogénétique « moléculaire » lorsqu’on utilise des méthodes dérivées de la biologie moléculaire, avec des sondes ADN spécifiques de certaines régions de ces chromosomes.

Repost 0
20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 17:15

FH2012.jpg

Dans les soixante engagements pour la France du candidat François Hollande, le mot de recherche scientifique n’est présent que deux fois en 23 pages, une fois pour dire que le crédit impôt-recherche sera rendu plus simple et plus accessibles aux PME et PMI, et une seconde fois pour simplifier « l’organisation du financement de la recherche, notamment pour que les chercheurs et les enseignants chercheurs puissent se consacrer à leurs véritables tâches ».


C’EST BIEN ! Mais un peu court, non ?


Le nouveau président s’en est peut-être rendu compte en adressant ses « premiers mots de président » au monde de l’éducation et de la recherche, en lui lançant un « Merci à toute la recherche ! ». Il dit vouloir placer la science, l’intelligence, la recherche, la volonté d’apprendre et de transmettre au sommet d’une « nouvelle hiérarchie de valeurs ».


J’ai vu une photographie du moment émouvant où il a déposé une gerbe à l’institut Curie. Il y avait là les petits enfants de Marie et Pierre Curie, Hélène Langevin-Joliot et Pierre Joliot. J’ai un peu côtoyé Pierre Joliot il y a quelques années, et j’espère que c’est auprès de personnes telles que lui que notre nouveau président prendra son inspiration en faveur de la recherche. Un fou de recherche fondamentale et un défenseur passionné du CNRS, enfin de ce qu’il était avant qu’on le mette à mal, ce pauvre CNRS !


Après ce discours, le Président et son Premier Ministre ont choisi Geneviève Fioraso, députée de l’Isère, comme ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Elle était en charge de l'innovation dans l'équipe de campagne de François Hollande ; dans le cadre du "Pacte productif" visant à soutenir la compétitivité en France.


C’EST BIEN ! Mais,…

Si l’on s’en réfère au manuel d'Oslo de l'OCDE l’innovation est définie comme « la mise au point/commercialisation d’un produit plus performant dans le but de fournir au consommateur des services objectivement nouveaux ou améliorés ». Ça manque un peu de recherche fondamentale dans tout ceci, non ?


On va me dire, une fois encore (!!!), que je fais un procès d’intention. Il n’en n’est rien. Je garde confiance car je reste plutôt optimiste, mais je suis inquiet à cause d’un petit fond de réalisme qui subsiste. « Chat échaudé craint l’eau froide » dit la sagesse populaire… Et échaudé je suis, après un trop long temps de "sarkopécresseries".


C’est le sens du message que je me suis permis d’adresser à ma nouvelle Ministre de tutelle :

(…) Chercheur au CNRS depuis plus de trente cinq ans, je connais, assez bien je crois, la fragilité de notre édifice de recherche publique, et je sais combien il a souffert de la gouvernance de ces dernières années. Nous sommes, je pense, nombreux, à espérer que vous saurez et pourrez rétablir une dynamique et un équilibre dans le monde académique de la recherche scientifique.

Il est dans l'air du temps d'associer deux termes qui certes sont liés, mais sont distincts : recherche et innovation, et ainsi d'abonder la confusion entre science et applications de la science. Permettez-moi de formuler le vœux que votre  ministère ne tombe pas dans ces travers, et que, grâce à votre action future, la recherche de la connaissance, la science dite fondamentale, retrouve un soutien fort pour que les chercheurs retrouvent l'immense bonheur de pouvoir œuvrer pour elle et lui livrer toute leur passion.


 

NB : Je ne semble pas le seul à avoir quelques craintes sur l’avenir de la recherche scientifique, et à vouloir maintenir une grande vigilance sur ce qui sera effectivement fait pour sauver ce qui peut l’être encore. On peut utilement lire ICI un intéressant article sur le blog de Médiapart, accompagné de commentaires non moins intéressants.

Repost 0
30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 10:00

 

Erwin Chargaff, grand biochimiste, a dit "Si des oratorios pouvaient tuer, le Pentagone aurait depuis longtemps soutenu la recherche musicale". Il serait donc commun, dans les vrais cercles de pouvoir, de justifier les moyens par la fin.

Il est non moins commun d'éviter le questionnement éthique lorsque des enjeux plus importants (?!), tels qu'économiques et financiers, sont concernés. Il est enfin plus "facile" d'isoler des objectifs techniquement réalisables que de les mettre en perspective et de considérer en quoi et comment ils affectent globalement notre futur, immédiat ou à long terme.


Certes, on n'en est plus au "Manhattan project", ni même à la guerre des étoiles. On a, espérons nous (?), dépassé l'eugénisme triomphant des "démocraties" occidentales du début du vingtième siècle. Mais on est aujourd'hui dans "le monde selon Monsanto"[1], dans la séquence de l'ADN à la portée de tous (ou presque…), dans "la mort de la mort"[2].


Mais attention, comme les trains, une technologie peut en cacher une autre.


C'est un peu ce que la mythologie grecque a tenté de nous enseigner au travers de l'histoire du technologue absolu, j'ai nommé Dédale. Pas plus que ceux à qui il sert de modèle aujourd'hui, il ne semble s'être posé des questions de sens, il ne s'est interrogé sur la charge éthique de ses actions. Pour prendre la dimension du vertige technologique auquel il reste attaché, et qui a été souligné par beaucoup d'autres avant moi, que ce soit pour le louer ou pour le condamner, il suffit de résumer son histoire en quelques lignes.


Pardon d'avance aux scientifiques et technologues qui pourraient se reconnaître dans les lignes qui suivent. Il s'agit d'une fiction, et toute ressemblance avec …


Dédale Casa dei VettiiDédale, un excellent ingénieur, avait pris son neveu Talos comme apprenti. Hélas pour ce dernier, l'élève a su dépasser le maître, et ses inventions (on lui attribue la scie, le compas et le tour de potier) rendirent Dédale jaloux. Au point de se faire précipiter par Tonton du haut de l'Acro pole.

Après le meurtre de son neveu, Dédale trouva refuge en Crète à la cour du roi Minos. Pasiphaé la reine femme de Minos, à la suite d'une sombre histoire entre hommes et dieux, fut rendue amoureuse du taureau blanc avec lequel elle eut un désir d'enfant. Elle demanda donc à Dédale d'imaginer un stratagème pour qu'elle puisse s'accoupler avec le taureau...  L'AMP était née !


 Dédale, toujours à l'affût de solutions techniques pour résoudre n'importe quel type de problème, va donc créer un leurre, une ravissante génisse en bois recouverte de peau dans laquelle Pasiphaé s'installe pour s'accoupler avec le taureau. De cette liaison contre nature naîtra le Minotaure, hybride monstrueux. Son corps était celui d’un homme et sa tête celle d’un taureau. Mino s fut bien sûr furieux de voir sa femme accoucher de cette créature, mais il ne pouvait souhaiter sa mort (encore pour des histoires entre les hommes et les dieux). Il demanda donc à son technologue favori d'imaginer une solution au problème. Dédale construira ainsi le labyrinthe dans lequel on enfermera à jamais le Minotaure. Quiconque y pénétrait ne pouvait en sortir.

 

ILabyrinthel suffisait juste d'alimenter l'appétit du monstre en lui livrant quelques jeunes femmes et hommes à manger. C'est ainsi que, vainqueur d'Athènes, Minos exigea de la ville dont Thésée était le roi qu'elle envoie sept jeunes gens et sept jeunes filles pour nourrir le Minotaure. Thésée, voulant arrêter ce carnage se rendit en Crète afin de tuer le monstre. Mais comment ressortir vivant du labyrinthe ? C'est le défi auquel Minos soumit Thésée.


C'est encore Dédale, sollicité par la princesse Ariane, fille de Minos, tombée amoureuse de Thésée, qui va trouver la solution technique : dérouler un fil de laine pour lui permettre de retrouver la sortie. Le fil d'Ariane… Ainsi, Thésée se rendit dans le labyrinthe, tua le Minotaure, ressortit sauf du labyrinthe et se sauva en mer pour retourner chez lui, à Athènes, et sans Ariane.

Minos ayant perdu son pari avec Thésée et furieux de l'affront fait à sa fille, chercha un coupable et fit enfermer Dédale et son fils Icare dans le labyrinthe. Ne pouvant en sortir sans le fameux fil pour le guider, Dédale dut, une fois encore imaginer une solution, technique toujours. Il confectionna des ailes avec de la cire et des plumes afin de quitter le labyrinthe par la voie des airs. On connaît l'histoire d'Icare qui, désirant se rapprocher du soleil, oublia le conseil de son père de ne pas monter trop haut dans le ciel. La cire des ailes fondit, et Icare fut précipité dans la mer.

Dédale trouva refuge en Sicile auprès du roi Cocalos. Rendu furieux par cette fuite, Minos décida de retrouver Dédale. Pour y parvenir il utilisa la ruse. Il eut l'idée de lancer un défi que seul un homme comme Dédale pouvait réussir, et auquel il ne saurait résister (il suffit souvent de flatter l'ego des technoscientifiques pour en obtenir ce qu'on veut,… Encore aujourd'hui, non ?). Il promit une forte récompense à celui qui réussirait à faire parvenir un fil au bout de l'orifice d'une coquille d'escargot. Pour relever le défi, Dédale eut l'idée d'accrocher le fil à la patte d'une fourmi qui se faufila ensuite au fond de la coquille.

Sachant que quelqu'un avait réussi le défi en Sicile, Minos sut qu'il s'agissait de Dédale, et donc où le trouver.


Il y a plusieurs fins à cette histoire, ou plutôt, il n'y en a pas puisqu'elle se poursuit encore aujourd'hui…



[1] Robin, M.-M., (2008), Le monde selon Monsanto. De la dioxine aux OGM, une multinationale  qui  vous veut du bien, La Découverte - Arte Editions, Paris.

[2]  Alexandre L., (2011), La mort de la mort, Editions JC Lattès.

Repost 0
25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 12:00

 

Le président-candidat fait organiser un rassemblement le 1er mai pour célébrer le "vrai travail". Il déclenche ainsi plus une polémique qu'un débat sur ce qu'est le travail aujourd'hui. L'idée d'opposer le "vrai travail" à "l'assistanat" n'est pas nouvelle. Pour autant, aucun des deux termes n'est vraiment défini. Il est donc difficile d'en parler, et donc délicat de répondre au débat de Newsring.fr sur le thème "le "faux" travail existe-t-il?"


En 1988, la création du RMI avait confronté, au moins dans les cercles politico-médiatiques, assistanat et solidarité, semblant indiquer, contre toute logique, une opposition entre les deux mots. En fait, le soi-disant assistanat est une forme bien imparfaite d'aide aux personnes au nom de la solidarité nationale.

Si le travail est une valeur (au moins, je le crois), l'assistanat est un refuge. Opposer les deux revient à essayer de faire croire que le travail n'est ni un droit ni un devoir, mais un choix, ce qui, au vu du nombre de chômeurs dans notre pays, relève de la supercherie.


Mais alors, ce travail, que peut-on en dire ?...

Travail.jpg

 

 

L'étymologie du mot TRAVAIL nous renvoie à la notion d'immobilisation (qui reste dans le "travail" pour ferrer les chevaux difficiles), puis de douleur (travail en obstétrique). Le travail est donc à la fois une contrainte et une peine (ne parle-t-on pas d'un travail de forçat ?).

Se lever le matin pour pointer à Pôle Emploi est donc un travail dans ce sens.

 

En physique, le TRAVAIL est l'énergie fournie par une force lorsque son point d'application se déplace, qu'on peut donc estimer comme le produit de l'intensité de cette force par la distance parcourue.

Quelle que soit l'intensité de la force ou de la frénésie à tenter d'y faire croire, si elle ne mène nulle part, le travail est nul, et n'existe donc pas.


Il y a tellement de définitions du mot TRAVAIL !!! J'ai regardé sur Wikipedia, j'ai été terrorisé par le nombre d'entrées sur ce mot, et j'ai vite refermé la page quand j'ai pu constater que "FAUX TRAVAIL" n'y était pas.

Peut-être alors cela signifie-t-il que cela n'existe pas ?


Fonctionnaire de la République, j'ai souvent entendu dire que, chercheur, je ne faisais pas un "vrai" travail, que j'étais un fainéant, même lorsque je "travaillais" plus de soixante heures par semaine, que j'étais improductif puisque je ne produisais que de la connaissance. Si souvent que je préfère porter un regard amusé sur les élucubrations démagogiques que nous assènent les politiques en place.


Ce serait effectivement drôle si cela ne blessait pas autant de personnes. Et, pour moi, la PERSONNE est plus importante que son travail.


(Contribution personnelle au débat de Newsring.fr sous le titre La personne est plus importante que son travail)

 

Repost 0
1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 18:00

Les Temps modernesJe viens de participer à un débat sur la question : "faut-il condamner le transhumanisme ?" sur le site Newsring.fr. En lisant les différentes contributions à ce débat, j'ai retiré deux impressions majeures.


La première est que, comme je l'ai écrit, nous sommes dans le monde des Bisounours. On nous dit que tout va bien, tout est fait et pensé pour le meilleur de l'humanité, et pour le bien de tous les hommes : le transhumanisme ne vise pas au dépassement mais à "l'approfondissement de la dimension humaine" accessible à tous, et "pas seulement à ceux qui ont la chance de vivre dans une société opulente"[1]. L'accès à tous me semble relever de la perspective à très, très long terme, dans un monde où plus d'un milliard de personnes sont confrontés au manque de nourriture et d'eau, un monde dans lequel des enfants meurent encore de la rougeole. Le "meilleur de l'humanité" me semble relever plus de la justice sociale et économique que du transhumanisme, ou même de la médecine[2].

 

La seconde est que toute cette révolution technoscientifique qu'on nous promet est inéluctable, et qu'il est donc vain de s'y opposer (c'est notamment ce que j'ai compris de la position de Laurent Alexandre dans son libre "la mort de la mort"). Les mêmes qui défendent ceci prônent le débat démocratique : mais quel débat si cette évolution est inexorable ? Jean-Michel Besnier, philosophe qui participait également au débat sur Newsring, souligne la peur, légitime semble-t-il, que cette technoscience transforme fondamentalement ce que nous sommes, sans nous avoir donné la possibilité et les moyens d'exprimer si "nous aimons ou pas l'humanité telle que nous la connaissons". Personnellement, je perçois le transhumanisme comme un mouvement qui conceptualise ce mouvement de transformation pour nous faire croire et peut-être admettre qu'il est inéluctable.


Parallèlement, on enferme les sceptiques du transhumanisme dans le clan des "bioconservateurs", une forme de querelle des anciens et des modernes généralisée dans laquelle ceux, auxquels j'appartient, qui ne sont pas séduits par le transhumanisme sont catalogués de freins à la science !? Une fois de plus, on nous enferme dans un amalgame entre science et technique, et, ainsi que le dit Henri Atlan, "la technique va plus vite que la science".

Günther Anders, qui a envisagé, et dénoncé la transformation radicale de l'homme à partir de normes imposées par la technique, disait, certes sur un autre sujet que le transhumanisme : "Par le biais de notre technologie, nous nous sommes nous-mêmes placés dans une situation dans laquelle nous ne pouvons plus concevoir (vorstellen)ce que nous pouvons produire (herstellen) et faire (anstellen). Que signifie donc ce décalage entre conception et production ? Cela signifie que, dans une acception nouvelle et terrible, nous ne savons plus ce que nous faisons, que nous avons atteint la limite de toute responsabilité."


Doit-on placer la performance maximale de l’individu au rang de valeur suprême, de norme de fonctionnement sociétal ? Et ces normes de "qualité" sur lesquelles les transhumanistes et autres technologues se vantent de pouvoir se fonder pour "améliorer" l'espèce humaine, qui les fixe ?

 



[2] Lire, à ce sujet, le rapport de Michael Marmot, intitulé "Fair society, healthy lives", sur : Social Determinants of Health (CSDH), the Strategic Review of Health Inequalities in England post 2010 (Marmot Review)

Repost 0
10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 17:00
orage.36922.jpg

Pour ceux qui s'intéressent aux débats sur les organismes et plantes génétiquement modifiés (OGM et PGM), l'actualité récente a mis au premier plan la difficulté des humains à coexister avec ceux d'ente eux qui ne partagent pas leur avis. C'est bien de coexistence qu'il s'agit puisque le point de crispation est la recommandation et le rapport sur les conditions d'une "coexistence pérenne" entre plantes transgénique et non transgéniques, publiés par le Comité Economique, Ethique et Social (CEES) du Haut conseil des biotechnologies (HCB).

 

Le résultat provisoire de ce qui apparaît comme une absence ou un défaut de dialogue est la démission de cinq membres dudit CEES (CFDT, FNSEA, ANIA, GNIS, Jeunes Agriculteurs). En cause, ce que les démissionnaires qualifient de dysfonctionnement du CEES. Il s'agit en fait de l'existence, en son sein, de deux visions radicalement divergentes de la coexistence entre OGM et plantes non génétiquement modifiées. C'est-à-dire l'impossibilité d'en arriver à un consensus ou à un " compromis équilibré" entre ces deux "visions" inconciliables.


Mon propos n'est certainement pas de prendre parti dans ce débat, mais plutôt d'en constater l'absence (de débat). Cette actualité nous rappelle un certain nombre de faits saillants qui donnent sans doute raison à Winston Churchill lorsqu'il affirmait que la démocratie est le plus mauvais mode de gouvernement, à l'exception de tous les autres.

La recherche du "consensus", en tant qu'accord parfait, relève de l'idéal s'il ne glisse pas, comme c'est trop souvent le cas, vers l'opinion majoritaire.

Mais elle est une illusion lorsqu'elle prétend concilier l'inconciliable, gommer des divergences fondamentales.

Mais elle est coupable lorsque, pour arriver à son but, elle devient recherche du compromis (sans évoquer les compromissions).

Mais elle est insupportable lorsqu'il s'agit d'éthique (un des "E" de CEES). Et je voudrais m'attarder un peu sur ce point.

Il n'y a pas de vérité éthique, encore moins que de vérité scientifique immuable (concept hautement labile et instable). Les choix que nous faisons dans ce domaine sont très personnels ; on suppose qu'ils sont faits librement et illustrent ainsi notre légitime revendication à l'autonomie. Ces choix ont donc toutes les chances de s'affronter, et l'on est bien contraint de prendre en compte nos divergences. Il y a déjà une vraie dimension éthique dans la reconnaissance de nos divergences, dans leur constat et les tentatives de les comprendre. Il y a une dimension éthique non moins importante dans l'attention et l'écoute de l'autre qui nous permet d'y arriver.


Alors, foin du consensus…


Je n'ai peut-être rien compris à la démocratie, mais j'ai le sentiment (naïf sans aucun doute) que sa richesse vient de la pluralité des opinions qui peuvent s'y manifester. Alors si mon opinion (qui est, tiens donc, généralement minoritaire) est de façon permanente mise sous le boisseau des grands courants majoritaires, politiquement corrects et qui donc s'expriment plus fort que les autres, je ne peux pas participer à la démocratie. Plus grave encore, je ne peux pas participer au débat éthique !


L'éthique a pour moi cette qualité première qu'elle ne peut, en aucun cas, être une affaire de spécialistes. Elle appartient à tous et n'existe que dans le questionnement, jamais dans l'a priori. Si ce que je pense m'importe, ce n'est pas très important. Ce qui l'est, c'est ce que nous pensons, c'est à la fois la manière et jusqu'où nous pouvons faire converger nos positions personnelles apparemment inconciliables. L'éthique n'existe donc que dans la confrontation (pacifique, si possible) entre tous les "je" qui pensent, dans le dialogue, dans le débat.


J'ai eu la chance de participer récemment à deux débats éthiques qui montrent que cela est possible, plus encore, que cela est réalisable (si j'en crois, au moins, l'importante participation du public).

 

Il y eut tout d'abord les Journées annuelles d'éthique les 20 et 21 janvier à la Maison de la Chimie. Le Comité Consultatif National d'Ethique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) nous posait la question : Qui est "normal" ?

Norme, normativité, mais aussi normalité, des questionnements abordés par des philosophes, des sociologues, des juristes, des scientifiques,… au cours de trois demi-journées, en particulier devant la question du cerveau, déterminant de la normalité ? ou de nouvelles normalités, … Demain.

Une mention particulière pour une après-midi consacrée aux exposés de groupes de réflexion éthiques de lycéens qui nous ont prouvé, comme chaque année, que la sensibilité et la profondeur de la réflexion éthique est fort bien partagée, y compris par les plus jeunes.

JAE2012.jpg 

 

  FEB2012.jpg

 

Puis, le Forum Européen de bioéthique à Strasbourg du 31 janvier au 4 février, sur le thème de la famille en chantier, un thème décliné en une vingtaine de tables rondes où le public était l'acteur principal :

-    Rends-moi mère ou j'en mourrai

-    Trisomie 21

-    Dépistage anténatal

-    Embryon, fœtus : les sujets de la discorde

-    J'adopte un enfant

-    La famille en chantier

-    Gamètes, embryons congelés : un stock encombrant

-    La France est-elle un pays eugénique ?

-    Mort avant de naître

-    Trier les embryons avant de les réimplanter

-    Qu'est-ce que le désir d'enfant ?

-    De qui suis-je né ?

-    Contraception : modifie-t-elle la famille ?

-    Cellules souches embryonnaires : statu quo et polémiques

-    Aide médicale à la procréation : sans limites ?

-    Gestation pour autrui : dur, dur de décider…

-    Les nouvelles règles du nous

-    La génétique peut-elle piloter nos vies ?

-    Filiation : de chair et de sentiments

-    Droit à l'enfant, droits de l'enfant

-    Clonage reproductif : crime contre l'espèce humaine ?

 

 

Repost 0
9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 23:30

 

Mains.jpg 

 

La Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme, adoptée par la Conférence générale de l’UNESCO en octobre 2005, mentionne, après un article relatif au "respect de la diversité culturelle et du pluralisme", et avant celui traitant de "responsabilité sociale et santé", que "la solidarité entre les êtres humains ainsi que la coopération internationale à cette fin doivent être encouragées". Elle ajoute que "les États devraient respecter et promouvoir la solidarité entre eux ainsi qu’avec et entre les individus, les familles, les groupes et communautés".


Le Nuffield Council on Bioethics a commandité un rapport sur la solidarité intitulé :  Solidarity: reflections on an emerging concept in bioethics, qui a été rendu public le 1er décembre 2011. Ce rapport définit "la solidarité comme la volonté des gens à aider les autres même si cela entraîne des « coûts »pour eux, comme le temps, l'investissement émotionnel et, dans certains cas, de l'argent. La solidarité peut avoir lieu entre deux individus, mais elle peut aussi être une pratique plus largement partagée de la société".

Le fait de définir la solidarité comme une volonté supposément individuelle au titre de la valorisation de l'autonomie, conduit certains à refuser de l'appliquer aux maladies soi-disant liées au «style de vie», telles que l'obésité, le diabète de type II ou certains types de cancer. Le droit d'accès aux services de santé financés par la solidarité nationale devrait ainsi être réservé aux personnes qui œuvrent à vivre une vie saine, excluant celles supposées être en défaut de solidarité par rapport à elles. Si la solidarité ne peut être réduite à une volonté individuelle, elle ne peut pas totalement lui échapper, et donc se résumer à un devoir. Le devoir de solidarité est une démarche morale personnelle. Même lorsqu'il est organisé de façon un peu rigide par la société, il résulte d'une acceptation, d'un vote au sein des sociétés démocratiques.

Plus qu'une volonté, la solidarité peut être perçue comme résultant d'un lien social a priori. Solidarité a la même étymologie que "solide" et "seul". On y trouve donc à la fois la notion d'entièreté, de tout, de cohésion et de force résultante (l'entrait de la charpente, pour prendre une image concrète). Si elle résulte d'un lien créé/accepté au titre d'une obligation solidaire, elle recouvre la notion d'interdépendance, de dépendance mutuelle entre personnes ayant ou ressentant le besoin qu'ils ont les uns des autres. En cela, la solidarité se distingue de la générosité qui n'implique aucun lien a priori et qui participe d'une démarche individuelle.


La reconnaissance d'une dépendance, d'une interdépendance entre personnes n'oppose pas, ne doit pas opposer formellement solidarité et liberté, sauf à faire de cette dernière un absolu fondé strictement sur un choix individuel, ou à n'envisager la dépendance qu'en tant que condition pathologique…

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Patrick Gaudray
  • Le blog de Patrick Gaudray
  • : Recueil de billets d'humeurs ainsi que des opinions personnelles sur la vie de la recherche scientifique en général, et du CNRS ou des sciences de la vie en particulier.
  • Contact

Recherche