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26 octobre 2008 7 26 /10 /octobre /2008 18:10
Le Président de la République a, dans une lettre de mission qu'il a adressée le 15 octobre au professeur Jean-Pierre Grünfeld, lancé un deuxième plan cancer.

Le constat que le président fait de la progression de la maladie est légitimement alarmiste et pointe sur "le défi que cette maladie adresse à notre société". Son analyse des résultats du premier plan cancer (lancé par Jacques Chirac il y a cinq ans) le conduit à un bilan globalement positif.

Pourtant, à la suite du rapport de la Cour des comptes en juin dernier, le bilan 2003-2007 de ce premier plan cancer semblait très contrasté. La Cour ne soulignait-elle pas qu'un tiers seulement des 70 mesures prévues dans le plan avaient été intégralement ou largement réalisées. Si un autre tiers l’a été partiellement, la Cour stigmatisait la non-application du dernier tiers, d'autant que ces carences concernent particulièrement la prévention des cancers professionnels et ceux qui sont liés à l’alcool. Enfin, les sages de cette haute Cour s'inquiétaient de "l’absence totale d’évaluation" qui, selon eux, conduisait à ne rien savoir de l’impact du plan en termes d’incidence, de taux de survie ou de mortalité.

Ainsi, le président Sarkozy demande aujourd'hui que la surveillance des risques soit renforcée et que "des données plus fines et plus rapidement accessibles sur les évolutions de l’épidémiologie" soient désormais disponibles. Il affiche ainsi une priorité de fait sur les actions de prévention. On ne peut, bien sûr que s'en réjouir. De même doit-on se réjouir de l'attention qu'il dit porter à la qualité des soins, à l'égalité de tous devant cette qualité, ainsi qu'à la dimension socio psychologique de ce mal qui est loin de reculer, en France comme ailleurs.

On se réjouira enfin du constat qui est fait par le président Sarkozy, et qui le conduit à placer en première priorité pour ce nouveau plan, la RECHERCHE : "la qualité de la recherche menée sur notre territoire, depuis la recherche la plus fondamentale jusqu’à la recherche clinique conduite dans les établissements de santé, est une condition de la qualité des soins qui y seront prodigués dans les prochaines années".

Que ne s'est-il arrêté à ce point ? Pourquoi a-t-il éprouvé le besoin, avant même que le travail du professeur Grünfeld ait commencé, de lui souffler à l'oreille ses leitmotivs habituels sur la recherche ? À part les rapports tendancieux de Philippe Even et de Futuris avec l'ANRT, quelle est l'analyse objective et sérieuse qui permet de conclure comme il le fait que "la position de la France dans la recherche d’excellence au plan mondial s’est fragilisée au cours des dernières années" ? Et si tel est le cas, ne sont-ce pas les amis politiques de Monsieur Sarkozy qui ont créé cette fragilité ?
Cette fragilité a-t-elle des chances d'être éliminée alors que le Président, une fois de plus, tient pour quotité négligeable l'ensemble de la recherche en biologie, notamment fondamentale, qui est menée en dehors de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ? Il réaffirme, en effet : "". C'est vrai que l'Inserm s'est doté d'un institut national thématique intitulé "cancer", qui, on peut le supposer (à défaut de le comprendre), doit améliorer "l’articulation entre l’Inserm et l’Institut du cancer (INCa)" qui est, soi-disant, décisive pour améliorer la performance de la recherche française.

C'est donc au détour d'une lettre de mission au but tout à fait louable qu'on apprend que le pouvoir politique, sourd aux émois de la communauté scientifique, s'obstine dans son erreur, sa faute, de réduire l'ensemble de la biologie au seul domaine biomédical. Pis encore, il laisse cette même communauté, au sein du CNRS, croire à l'existence d'un Institut national des sciences du vivant en son sein, alors l'organisation de cet immense domaine de la Science est verrouillée depuis la rédaction du programme de campagne électoral du candidat Sarkozy.
C'est entre les lignes de cette lettre de mission qu'on perçoit le mépris total dans lequel le pouvoir tient le CNRS, qui est pourtant fortement engagé dans toutes les thématiques de l’oncologie, depuis les recherches les plus fondamentales comme celles qui portent sur  différents aspects de la génomique ou sur le cycle cellulaire, que sur des applications au service direct des malades, comme la mise au point d'anti-cancéreux majeurs tels que le Taxotère et le développement de nouvelles technologies en imagerie applicables au diagnostic des tumeurs.

(Article publié sur le site d'Agoravox.fr)
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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 14:38
  Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a présenté le « plan en faveur de l'attractivité des métiers et des carrières dans l'enseignement supérieur et de la recherche ».

N'étant pas spécialiste des jongleries budgétaires, je ne m'exprimerai pas sur la manière de financer ces mesures. Mais la question demeure, surtout lorsqu'on évoque le fait que l'université pourra engager des fonds propres, provenant notamment des contrats de recherche. Une fois encore, les plus actifs pour "faire rentrer" de l'argent pour la recherche seront taxés pour payer "une gestion des ressources humaines plus personnalisée qui reconnaisse l'engagement pédagogique".

Le seul point vraiment positif du dispositif qui se met en place est sans doute le fait que les enseignants-chercheurs seront désormais évalués tous les quatre ans, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent, contrairement aux chercheurs des organismes publics de recherche. En effet, ceux-ci remplissent annuellement une fiche d'activité, et remettent un rapport d'activité complet tous les quatre ans.
A part cela, organiser une compétition interne entre les enseignants-chercheurs dont l'arbitre ultime, pour l'attribution d'une prime et de son montant, sera le président de l'université, ne peut être perçu comme un réel progrès que si l'on pense vivre dans le monde des Bisounours. Qui déterminera les critères d'évaluation, et sur quelle base ?

Maintenant, quid des chercheurs des organismes de recherche, qui, n'en déplaise à nos gouvernants, existent encore… Dans quel état me direz-vous ? Certes, le sort des veaux qu'on mène à l'abattoir n'est pas enviable, mais consolons nous en nous disant, comme dans la sagesse populaire, que tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.
Il est reconnu, dans les fiches officielles du ministère, qu'il n'existe pas de prime ou d'indemnité qui reconnaisse "la qualité des travaux de recherche menés par les chercheurs". Alors, pour remédier à cela, on crée une prime d'excellence qui ne peut être attribuée à un chercheur que s'il effectue au moins un tiers de service plein d'enseignement.
Etonnant, non ?
Ceci témoigne de la vraie reconnaissance que notre ministre manifeste à la profession de chercheur. Nous ne pouvons être excellents, nous n'avons le droit d'être reconnus comme excellents, que si nous acceptons de faire un métier qui n'est pas primitivement le nôtre. En effet, la diffusion du savoir, qui fait partie du métier de chercheur, n'est pas synonyme de charge de cours à l'université. Les chercheurs participent à la formation universitaire, notamment en encadrant des doctorants. Mais seuls les enseignants-chercheurs ont droit à une prime d'encadrement doctoral. Que cette prime se transforme en prime d'excellence scientifique pour les enseignants chercheurs, personne ne saurait s'en plaindre, mais que les critères appliqués aux chercheurs soient les mêmes, en particulier pour ce qui est de la charge d'enseignement, NON !
Non, sauf à reconnaître honnêtement, pour une fois, qu'on s'achemine sans échappatoire possible vers un statut unique, et donc vers une disparition des chercheurs temps-plein sans lesquels la recherche scientifique française n'occuperait pas la place qu'elle occupe dans la communauté internationale. Et, contrairement à ce que prétendent les Cassandres, cette place est tout à fait honorable, et même qualitativement en progrès, ainsi que l'indique l'analyse du "Department for Innovation, Universities and Skills" du Royaume-Uni (International comparative performance of the UK research base, July 2008). Une telle étude de nos collègues britanniques ne saurait être taxée de favoriser notre pays, n'est-il pas ?

Je crains que les mesures que vient d'annoncer la ministre, mesures qui, en première analyse, semblent bonnes puisqu'elles permettent de revaloriser la carrière d'enseignants-chercheurs méritants (il y en a beaucoup), soient l'arbre qui cache la forêt. Et les collègues qui s'en réjouissent vont sans doute se réveiller avec la "gueule de bois". L'abandon par les organismes de recherche de la plupart de leurs laboratoires au profit des universités, et maintenant la quasi obligation d'enseigner qui est faite aux chercheurs autrefois temps-plein, ne doivent pas être considérés comme distincts de la volonté affichée, et écrite à maintes reprises, de faire disparaître 80 % des universités françaises au moins dans leur dimension d'acteurs de la recherche scientifique.

Alors, il n'est pas loin le temps où pour chercher des trouveurs, il faudra aller loin, loin de nos frontières.

(Article publié sur le site d'Agoravox.fr)
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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 20:51
Le Figaro publie un entretien (le 16 octobre 2008) avec Valérie Pécresse qui nous dit vouloir « mettre fin à la fuite des cerveaux ». La ministre de la recherche se fait ainsi l'écho des propositions que Jacques Lesourne, coauteur d'un livre sur la recherche, a livrées au même Figaro le 2 octobre dernier. Il pense "qu'il y a environ 10 % de chercheurs en trop dans le public. Par ailleurs, l'idée que l'on est chercheur à vie est néfaste" (voir l'article "chercheur à vie" sur ce blog). Il prône donc "une plus grande différenciation des rémunérations en fonction de la qualité des travaux réalisés pour que les meilleurs puissent rester en France. Ceci permettrait d'augmenter les salaires afin que la France offre des rémunérations équivalentes à celles pratiquées à l'international".
La traduction politique des idées de monsieur Lesourne est de faire un effort budgétaire important pour les jeunes. Elle appelle quelques questions. Le plan est de distinguer "les 130 jeunes enseignants-chercheurs les plus prometteurs". Sur les quelques 62000 enseignants-chercheurs de nos universités françaises, on en choisira deux pour mille : pourquoi 130, et pas 75 ou 321 ? Pourquoi la ministre ne s'intéresse-t-elle qu'aux enseignants-chercheurs, et  pas aux chercheurs des organismes tels que le CNRS ? Pourquoi, pourquoi ??

Je ne sais pas exactement combien de jeunes enseignants-chercheurs sont recrutés chaque année en France, mais j'imagine bien qu'ils sont plus de 130. Ainsi, on admet recruter à l'université nombre de jeunes qui ne méritent pas de prime ni de capital pour leur recherches, et qui donc ne répondent pas aux critères d'excellence sur lesquels on prétend refonder la recherche publique dans notre pays.
Ces 130 "meilleurs" seront, d'ailleurs, plus ou moins meilleurs puisqu'on prévoit de leur offrir une prime annuelle variant de 6 à 15 000 €. Pour les presque meilleurs des meilleurs, cette prime représentera environ 1000 € par mois. Elle permettra donc au jeune maître de conférence débutant d'obtenir un salaire du même niveau, voire supérieur, à celui du moins jeune professeur qui aura eu la malchance d'avoir été recruté trop tôt (*). On est ainsi certain de démotiver ceux qui assument d'autres responsabilités que celle de leur petite personne.
Une telle situation est connue à l'Inserm qui pratique ces suppléments de salaire qu'il nomme pompeusement "contrats d'interface".

Une fois de plus, on s'attaque à un vrai problème en escamotant la complexité des questions qu'il pose. En revalorisant les débuts de carrières des maîtres de conférence, on risque de créer beaucoup de frustration, et pas forcément chez les plus mauvais chercheurs, au risque de les inciter à aller chercher l'argent là où il est, par exemple dans le business.
Mais c'est peut-être le but recherché. On évitera ainsi les chercheurs à vie qui font tant peur à monsieur Lesourne. Evidemment, ce n'est pas avec un chercheur, bon ou mauvais, qu'on fera, à coup sûr, un bon homme d'affaire. Et ce n'est pas en se privant des chercheurs seniors qu'on améliorera le niveau de la recherche en France.

Alors, pour éviter la fuite des cerveaux, il faut peut-être appeler à la rescousse "Joe le plombier" qui s'est invité dans la campagne présidentielle américaine. D'autant qu'il semble que lui, gagne $ 250 000 annuellement. Il pourrait donner des idées à nos chercheurs pour revaloriser leur standing.



(*) Je ne connais pas la grille de salaire des enseignants-chercheurs, mais si l'on s'en réfère à celle des chercheurs du CNRS, un chercheur débutant CR2 1er échelon touche un salaire annuel brut d'environ 26 500 €. Un directeur de recherche 3ème échelon, approximativement 42 500 €, soit à peine plus que le CR2 qui toucherait une prime annuelle de 15 000 €.
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14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 19:23
Combien de fois, ces temps derniers, n'a-t-on pas lu, dans les journaux, les commentaires des lecteurs, et pis encore dans les discours et annonces gouvernementaux, que LE problème de la recherche publique en France, est d'avoir un corps de chercheurs (et plus généralement de personnels de la recherche) que la loi d’orientation de 1982 a "fonctionnarisés". Il ne s’agit en fait que du personnel des EPST (établissements publics à caractère scientifique et technologique).

On les désigne "chercheurs à vie". Mais, est-ce bien la réalité ?

Avant 1984, les chercheurs des EPST étaient contractuels, comme le sont aujourd'hui les chercheurs des EPIC (établissements publics d'intérêt commercial) tels que le CEA, le CNES, etc … A côté des personnels contractuels statutaires, les organismes de recherche entretenaient une masse salariale précaire dont la disparition a certainement constitué une motivation à la "fonctionnarisation" des personnels de la recherche. Jean-François Théry nous a rappelé, dans la revue française d'administration publique, en 2004, que le souci "de sortir les chercheurs de la précarité (…) était exprimé dès 1876 par le chimiste Frémy : « ce n’est pas l’opulence que je viens solliciter pour les savants, c’est une carrière modeste, progressive et comparable à celle qui est offerte au soldat ou à l’ingénieur de l’État ». C’est ce souci qui avait présidé, en 1939, à la création du CNRS et de son corps de chercheurs permanents".

Il y a quelques jours, on pouvait lire, dans un commentaire sur l'attribution du prix Nobel de médecine et de physiologie 2008 :" Le statut à vie de fonctionnaire nuit à l'émulation nécessaire à la recherche". Alors, finalement, ce qui "plombe" (soit-disant) la recherche publique en France, serait-ce le statut de fonctionnaire, ou celui de "chercheur à vie" ?
S'il est bien évident qu'à part quelques rares exceptions, on ne peut prétendre conserver, sa vie durant, le même niveau de créativité et que le "concept de chercheur à vie" n'est pas raisonnable, est-ce bien ce qu'on attend de tous les chercheurs que l'on recerute dans un EPST ?
Il n'y a certainement pas une seule manière de "faire de la recherche". Il n'y a pas non plus un seul métier dans la recherche. C'est, d'ailleurs, ce que dit la Loi de 1982 en reconnaissant l'existence de plusieurs métiers de la recherche :
➢    L'acquisition et le développement des connaissances (recherche dite fondamentale)
➢    La valorisation sociétale et économique de la recherche (recherche dite translationnelle, mot horrible, ou appliquée)
➢    La diffusion de l’information et de la culture scientifique
➢    La participation à la formation initiale et continue
➢    L’administration et la gestion de la recherche.
Toutes ces activités participent également aux progrès des sciences, et les hiérarchiser a quelque chose d'artificiel.

Un problème est peut-être que la non-reconnaissance - de fait – des métiers de la recherche autres que celui d'acquérir des connaissances condamne bien des chercheurs à tenter désespérément de faire croire qu'ils sont toujours productifs dans ce domaine. Parallèlement, que fait le système ? Il demande à un chercheur trop jeune et encore très créatif de prendre en charge en particulier l'administration et la gestion de la recherche. On l'oblige ainsi à faire autre chose que ce à quoi il a été formé et en quoi il est bon. Après quelques temps, on lui explique qu'il n'est plus "un chercheur crédible" !!!

Ce qui me paraît en cause, c'est plus la qualité de l'évaluation des chercheurs que la qualité des chercheurs eux-mêmes. Et il est sans doute plus facile de faire une évaluation quantitative sur le nombre de publications scientifiques, le facteur d'impact ou autre nombre H, que d'analyser objectivement la participation qualitative d'un chercheur à l'effort global de recherche, dans tous ses aspects.
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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 08:51
 THEGAP [07/10/2008 17:13] dit :

Patrick Gaudray "Directeur de recherche au CNRS Membre du Comité Consultatif National d'Ethique"
on ne peut pas plaire à tout le monde!
"Les priorités de la recherche ne regardent pas le gouvernement. Même mon âne le sait." Voilà ce que l'on peut lire sur son blog, mais il refuse le fund raising et vit donc d'argent public! Donc PG veut pour le cnrs un chèque en blanc de l'état id est de nous contribuables; nous ne sommes pas du même avis. Si on veut faire ce que l'on veut il faut assumer son financement. Sinon il faut admettre que celui qui finance ait son mot à dire. D'ailleurs dans les deux cas. Pour le reste je renvois PG à ce qui a été écrit sur la recherche française par J Lesourne et en Médecine par le doyen Even. Il est naturel et légitime que le corps social s'interroge sur la qualité et l'efficience de la recherche publique et qu'une concurrence libre et non faussée existe pour pousser les chercheurs à produire des résultats source de richesse pour la nation.
 (…)
Alors bien sur PG est un farouche détracteur du doyen Even
"Même discours également sur le domaine de la recherche, qui par nature est une dure compétition, où seuls comptent l'excellence". A quand les contrôles anti-dopage à la sortie des laboratoires ?"
D'accord il est soft mais il ne répond pas aux questions cruciales posées par le rapport du doyen Even que j'ai discuté ici même.
Pour ma part je considère que ce rapport est très exactement ce dont on peut se rendre compte dans le système hospitalo-universitaire français dont les petits centres n'ont été créés que pour nommer ceux qui ne pouvaient l'être ailleurs ou bien que l'on ne voulait pas ailleurs. Et les nommer à vie. Comme au cnrs! Société de rentes de connivence et de privilèges, dixit J Attali, c'est assez bien dit, et PG défend ce système où il se sent bien, pendant ce temps on se plaint que de jeunes chercheurs quittent le pays... Chutt c'est tabou.


THEGAP : eh oui, je ne me cache pas derrière un pseudo, et je ne cherche pas à plaire à tout le monde!
Pour votre gouverne, je ne refuse pas le "fund raising", mais je pense que la recherche fondamentale se nourrit principalement d'argent public, sans "chèque en blanc de l'état", mais avec la liberté nécessaire à la créativité scientifique. Je suis bien d'accord pour que celui qui finance ait son mot à dire, et c'est même pour cela que, bien souvent, les financements privés, et donc ayant un objectif de rentabilité économique et/ou financière, ne sont pas toujours compatibles avec cette liberté que je revendique pour la recherche fondamentale.
En tout état de cause, et quelles que soit les opinions qu'ont ait des choix qui sont faits, force est de constater (surtout en ce moment) que la recherche n'est certainement pas ce qui pèse le plus sur le budget de l'Etat. Et si la finance, au chevet de laquelle nombre d'états abondent des milliards sortis de la même poche du contribuable, était évaluée avec les mêmes critères de rigueurs que la recherche publique, je serais plus confiant pour notre avenir.
La richesse de la nation ne dépend pas uniquement de ce qui est immédiatement rentable, comme semble le croire certains, mais de ce qui pourrait le devenir demain. La recherche fondamentale, c'est accepter que demain se prépare aujourd'hui, c'est considérer que l'avenir ne s'arrête pas au prochain terme électoral.
L'évaluation de la recherche est une chose trop importante et difficile pour accepter qu'elle se limite à des rapports tels que ceux de P. Even dont, je l'avoue, je suis un farouche détracteur. Mais l'analyse de son premier rapport a été faite avec beaucoup de rigueur par F. Dardel dans les colonnes des Echos (L'art difficile de l'évaluation scientifique : l'exemple de la recherche biomédicale, 4 septembre 2007), et je n'ai rien à y ajouter.
Et si nous revenons à notre point de départ, le prix Nobel de médecine et physiologie décerné cette année, entre autres à deux français, je faisais juste remarquer que les chercheurs en question avaient été "nommés à vie". L'un des deux avait, d'ailleurs, revendiqué d'être maintenu en activité au-delà du terme légal. Des vieux chercheurs quittent aussi le pays … Mais c'est une autre histoire.

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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 10:12

Le Centre National de la Recherche Scientifique n'a pas changé de logo, ... Il se dote "d'une nouvelle identité visuelle"
(!?)









Des mauvais esprits pourraient dire que cela ne tourne pas rond, au CNRS.
D'autres, tout aussi mauvais, ajouteraient que, quand même, coincer "dépasser les frontières" sous le "N" de National, c'est un comble ! C'est un peu comme si la Nation était un préservatif des frontières à dépasser.
Je préfère, pour ma part (?) une autre exégèse de ce logo : c'est repousser les frontières qui fera décoller la Nation. Sous réserve, bien sûr, que la Nation n'empêche pas les scientifique de repousser les frontières de la connaissance.

Il reste que, perdant ses majuscules et peut-être ainsi un peu de sa superbe, le cnrs semble maintenant se décliner en mode mineur.
Affaire à suivre ...

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Patrick Gaudray - dans CNRS
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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 16:25
Le choix de l'académie Nobel cette année s'est porté sur l'association entre virus et pathologie humaine, 50 % pour les papillomavirus cause de cancers du col de l'utérus (Harald Zur Hausen), et 50 % pour le virus de l'immunodéficience acquise humaine, le VIH cause du SIDA (Françoise Barré-Sinousi et Luc Montagnier)

On peut se demander pourquoi ces deux virus, et pas d'autres ?
Certes, célébrer ainsi le vingt-cinquième anniversaire de la découverte du VIH à l'Institut Pasteur, et le cent vingtième anniversaire dudit Institut est médiatiquement payant. Certes, le Gardasil occupe nos écrans de télévision, et ce vaccin est directement la conséquence des travaux de pionniers de l'équipe allemande de Heidelberg.
Mais, pourquoi les deux ensemble ??

En fait, il faut prendre en compte toute la finesse de l'académie Nobel :
La vaccination contre certains des papilloma virus responsables du cancer du col de l'utérus est un plus dans la lutte contre ce cancer trop fréquent, et, incidemment, son succès est une nécessité économique pour certains laboratoires. Lorsque l'économique rejoint la santé, tout semble devenir permis en matière de promotion, de publicité dirons-nous, quand bien même cela signifierait un danger certain pour la mobilisation, des jeunes en particulier, sur un moyen plus généraliste de prévention des infections sexuellement transmissibles, tout particulièrement le SIDA : le préservatif, pour ne pas le nommer ! Mettre, au même moment, le projecteur sur le VIH n'est-il pas symptomatique du sens inné de l'équilibre de l'académie de Stockholm ?
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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 16:18
"Le Président de la République adresse, en son nom propre et en celui de la Nation toute entière, ses plus vives félicitations aux lauréats de ce prix prestigieux, à l'Institut Pasteur et à l'Inserm" (Institut national de la santé et de la recherche médicale), dit un communiqué de l'Elysée.

Ainsi que je l'écrivais dans un commentaire au Figaro.fr qui était le premier à se faire l'écho des louanges présidentielles :
Tiens, tiens ... Pourquoi, Monsieur le Président, féliciter l'Inserm ? Si ma mémoire est bonne (et elle l'est), le laboratoire que dirigeait Montagnier (directeur de recherche honoraire au CNRS) lorsque le VIH a été identifié était une unité de recherche du cnrs*, l'ER 147. Est-ce que féliciter le cnrs en même temps que l'Institut Pasteur (bien sûr) était politiquement incorrect ?

* Il semble que le CnRs ait perdu ses majuscules de majesté lors de la conception du nouveau logo, celui qui devient officiel à compter de ce jour (une exgèse de ce logo viendra peut-être dans une autre page de ce blog)
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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 21:28
On se casse souvent la tête non seulement pour définir,mais surtout pour défendre la recherche fondamentale. Vous savez, ce qui ne sert à rien mais qui est totalement indispensable.

Dans le domaine des Sciences de la Vie, on a abandonné depuis longtemps cette défense. On préfère se placer sous la bannière de l'utilitaire, on va sauver l'humanité, la biosphère.
Cette attitude ne lasse pas de me gêner car personne ne songe à mettre en doute l'intérêt des sciences fondamentales en physique, par exemple. Bien sûr, lorsqu'on voit nos collègues physiciens dépenser avec enthousiasme 3,8 milliard d'euros pour un magnifique instrument dont le principal, si ce n'est unique intérêt est la Connaissance, un léger parfum de jalousie semble se répandre ...
Mais, un autre intérêt concret de cet accélérateur géant de particules, le LHC, m'est apparu à la lecture d'un grand journal scientifique, j'ai nommé ... Télérama. On y trouve cette magnifique définition de cette drôle de machine de 27 km de circonférence :

"Concrètement, c'est une machine de guerre. Un engin extraordinaire, pensé, imaginé, façonné pour faire la nique à un ennemi tenace : l'ignorance".

Pouvait-on imaginer un plus beau plaidoyer pour la recherche fondamentale. Vous savez, celle qui ne sert à rien, ... d'autre qu'à nous apporter la CONNAISSANCE !!!
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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 21:02
Bonne nouvelle !!!

Même si des mauvaises langues – dont je ne suis pas -  disent que l'horizon est la ligne qui définit ce qui commence à ne plus exister, annoncer un horizon pour le CNRS en 2020 présage sans doute que notre Centre National de la Recherche Scientifique existera encore à cette époque.

Dans quel état, me direz-vous ? Mauvaises langues, encore !
On s'occupe de nous : le ministère de Madame Pécresse met en place une commission …

Et quelle commission !
Il s'agit de clarifier l'organisation interne du CNRS que le ministère a lui-même obscurci
De renforcer les coopérations avec les universités et les autres organismes de recherche nationaux, dont l'état et les perspectives d'avenir n'ont rien à envier au CNRS.
Et, pour couronner le tout, de définir le périmètre et les missions de chacun des instituts disciplinaires qui ont donc, on l'aura compris, été créés sans idée de quels pourraient être leurs périmètres et leurs missions.

Pour ce qui me concerne le plus directement (et, je crois, le quart du CNRS avec moi), un groupe de réflexion sera dédié aux sciences du vivant.
Sa composition est fournie sur le site dédié du ministère. On pourrait, certes, relever les nombreuses erreurs qui entachent la présentation de cette liste, mais c'est le fond de sa composition qui m'interpelle et qui, je le crois, devrait tous nous faire réagir.

Avant commencer une analyse critique de la composition de cet aréopage dont l'éminence est attestée par l'appartenance de douze de ses dix-neuf membre à l'Académie des Sciences, je tiens à préciser que j'ai beaucoup de respect pour beaucoup d'entre elles et eux, en particulier pour la Science qu'elles - et ils - incarnent.
Mais nous parlons d'un horizon que la plupart d'entre eux verront du fond de leur retraite, ainsi qu'en témoigne cette analyse factuelle de la répartition en âge de ce groupe de réflexion :


Est-ce bien raisonnable ?

Je pense qu'en fait, cela ne l'est pas, et ce pour deux raisons, au moins. La première est qu'il me semble qu'il conviendrait de permettre à celles et ceux qui vivront activement cet horizon 2020 de participer à l'élaboration de leur avenir. Ils n'ont pas assez de recul, me direz-vous. Mauvaise réflexion de la part de ceux qui leur maintiennent le nez dans le guidon pour qu'ils avancent plus vite en recherche.
Mauvaise réflexion également, et cela constitue la seconde raison, de la part de celles et ceux qui ont su créer, ou, du moins, participer à la mise en place du système que beaucoup veulent réformer aujourd'hui et qui a produit la situation que certains d'entre eux considèrent aujourd'hui comme mauvaise, voire catastrophique. J'entends déjà certains d'entre ces éminents personnages clamer qu'ils n'y sont pour rien … Mais alors, où étaient-ils alors que le système se grippait ? S'occupaient-ils d'autre chose que de leurs petites recherches, oh, pardon, grandes recherches ?

Et il faudrait croire qu'ils feront mieux aujourd'hui !

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Patrick Gaudray - dans CNRS
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