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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 10:09
Pour bien démarrer l'année universitaire, il ne fallait pas moins qu'un prix Nobel pour s'exprimer sur le "classement de Shanghai". C'est fait, aujourd'hui, grâce à la contribution d'Albert Fert dans le Monde. Il semble, en effet, que les responsables de ce classement des universités aient indiqué à "notre" physicien que l'existence en France d'organismes de recherche qui opèrent en mixité avec les universités (beaucoup des laboratoires de recherche universitaires sont mixtes avec soit le CNRS, soit l'Inserm, soit ...) se traduise par la volatilisation d'environ 50 % des points sur lesquels est établi le célèbre classement.
Nous ne pouvons donc plus l'ignorer, les universités françaises, la France, Nous sommes défavorisés par un classement inique.
Certes, l'effort de défense des universités françaises est louable, et c'est sans doute un bien que nos élites s'en préoccupent. Mais, attention, danger... La conclusion ministérielle logique d'une telle analyse sera certainement de faire disparaître les organismes au profit des universités. Ainsi, le problème aura trouvé sa solution. On pourrait même aller plus loin en disant que si les universités française sont mauvaises en recherche, c'est la faute du CNRS. Réfléchissons bien sur cette idée, elle est peut-être porteuse d'avenir !!!!!

Nota bene : Tiens, au fait, personne, pas même notre prix Nobel, ne tire comme enseignement de cette analyse pertinente que le classement de Shanghai ne nous concerne pas et qu'à défaut de l'ignorer, on pourrait au moins le traiter par le mépris ! Mais non, suis-je stupide, ce serait oublier que Pierre Desproges nous enseignait, dans l'une de ses nombreuses définitions du c.., quelque chose comme : Pour reconnaitre un con c'est facile : prenez dix personnes au hasard et le Con, c'est celui qui est habillé comme les neuf autres.
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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 13:03
Tous les médias reprennent en cœur la grande nouvelle de l'été : le classement des universités mondiales effectué par l'université Jia Tong de Shanghai montre que les universités françaises reculent en 2008 par rapport à l'an dernier. Même les plus critiques de ces médias ne peuvent s'empêcher de lui rendre hommage en répétant à l'envi qu'il dresse la liste des cinq cents "meilleures" universités du monde. Il semble pourtant que nous ne puissions pas nous accorder sur le contenu de ce critère de qualité : "meilleures" à quel point de vue ?
Les fraises les plus grosses de mon jardin sont rarement les meilleures, mais elles sont les plus grosses. La pomme la plus rouge de mon verger est peut-être véreuse, mais elle est la plus rouge !

Ceux qui critiquent la légitimité du "classement de Shanghai" ont probablement tort car il définit des critères qui servent de base à une analyse factuelle. Mieux encore que les rapports "Even" sur le biomédical en France ou la qualité des CHU (cf article "l'Even nouveau est arrivé" sur ce blog), le "classement de Shanghai" possède une logique interne et une apparente rigueur méthodologique. On lira avec intérêt l'analyse publiée sur le site d'Agoravox sur les "entrailles de ce classement", où l'on apprendra, d'ailleurs, que les auteurs dudit classement soulèvent eux-mêmes les limites des critères choisis, notamment en termes d'objectivité.

Les vraies questions sont de savoir ce qu'il nous apprend en vérité, s'il répond aux questions que nous nous posons pour améliorer notre système universitaire, et ce que nous pouvons en faire. Quels sont donc les enseignements qu'en tirent celles et ceux qui s'expriment sur le sujet ? Pour Valérie Pécresse, il "a beaucoup de défauts, mais il existe", et il implique, sans surprise, la nécessité d'un classement européen mais aussi l'urgence de la réforme des universités. Pour autant, lorsque la Ministre poursuit : "les chercheurs du monde entier s'y réfèrent", elle me semble aller un  peu vite et un peu loin. Ce n'est, d'ailleurs, pas aux chercheurs de s'y référer, puisqu'il s'agit d'un classement d'établissements universitaires, et, en principe, pas des établissements de recherche. Elle remarque elle-même  "les particularités" du système français où les universités "ne sont pas les principaux opérateurs de recherche", et que les organismes de recherche et les grandes écoles "n'apparaissent pas dans un classement de type Shanghai". Pour d'autres "il ne faut surtout pas écouter le classement de Shanghai".

En fait, une question qu'il ne faudrait peut-être pas continuer d'éluder est celle de l'intérêt, de l'utilité et du sens de la compétition, au sein de laquelle le "classement de Shanghai" a sans doute une place à tenir.
Si nous pouvons tous admettre qu'une certaine émulation est certainement salutaire pour des établissements d'enseignement, fussent-ils supérieurs", devons-nous les soumettre au diktat d'une compétition ? Si nous admettons ceci, il faut alors en admettre les corollaires. Ainsi que cela se pratique pour l'entrée dans les classes préparatoires aux grandes écoles, il faut accepter une sélection impitoyable des étudiants (et des professeurs), même si cela implique une sélection par l'argent. Les "meilleures" universités américaines sont riches (ceci explique peut-être cela), mais riches de quoi si ce n'est de l'argent que les élèves, et les anciens élèves (alumni) leur apportent. C'est ainsi qu'elles n'ont pas besoins d'être très grosses pour être visibles. Nous n'avons pas d'argent, alors nous forçons des regroupements qui, certes, permettront à certains pôles universitaires français d'être plus visibles, mais en seront-ils meilleurs pour autant ?
Quant à l'activité de recherche (des universités comme des organismes de recherche), elle est soumise à l'implacable filtre des journaux scientifiques qui tous, à de très rares exceptions près, sont aux mains des anglo-saxons, américains en particulier. Pas étonnant, donc, que les anglo-saxons aient de scores bibliométriques supérieurs aux nôtres.
En fait, la compétition scientifique est un des champs de bataille d'une guerre économique à laquelle les politiques sont inféodés. Comme sur tout champ de bataille, ou tout terrain de sport, l'efficacité et, qui sait, le succès  ne se mesurent pas à la vitesse à laquelle on court derrière son adversaire, mais bien plutôt à l'intelligence avec laquelle on gère sa propre course.
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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 19:25
Un nouveau rapport signé Philippe EVEN, ex-doyen du CHU Necker et directeur de l'Institut Necker, intitulé "faillite et carences de la recherche médicale universitaire" , fait de Necker le MEILLEUR, l'exemple à suivre.
(voir : http://www.lesechos.fr/info/metiers/4751673-ces-chu-qui-ont-abandonne-la-recherche.htm).

Il semble qu'il s'agisse d'une série annuelle puisque le précédent rapport du même Even, publié le 23 juillet 2007 dans les mêmes Echos, visait l'ensemble de la recherche biomédicale, déversait autant de fiel et d'affirmations non fondées, ni étayées sur des bases scientifiques, et arrivait bien évidemment à la même conclusion que l'Institut Necker était le MEILLEUR, et … l'exemple à suivre. Dans une excellente analyse, datée du 4 septembre 2007 dans les Echos, Frédéric Dardel, alors directeur des sciences de la vie au CNRS, avait démonté les failles de l'analyse, et démontré que "la réalité ne correspond (…) pas (au) tableau" dressé par P. Even.

Qu'en est-il aujourd'hui dans la production Even 2008 ?

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les critiques de F. Dardel pourraient s'appliquer ici une fois encore. Que d'affirmations dans ce rapport ! Dès l'introduction, on apprend que "les centres hospitalo-universitaires français (CHU) sont à bout de souffle", que leurs deux tutelles sont, sans discernement, en "conflit permanent", que "qualité des soins, enseignement et recherche sont étroitement liés". Le parti pris est que "la recherche s'évalue par le nombre et la qualité des publications scientifiques et par les brevets et leurs applications commerciales".
Jamais d'interrogations dans ce rapport, jamais de réflexion sur ce qu'évaluation veut dire. La contradiction ne saurait exister puisque, par définition, le "rapporteur" a raison.

P. Even pose une question intéressante qui est "pourquoi un tel succès de Paris et de quelques grandes villes?", avec en corollaire, celle qui concerne les raisons de l'insuccès des autres. L'analyse de ces questions laisse un peu pantois, tant elle peut sembler contradictoire : on a, paraît-il, trop favorisé la province et "fertilisé le désert avec un verre d'eau", alors qu'hors Paris, Strasbourg, Marseille et Lyon, point de salut. Il faut donc, si je comprends bien, ne favoriser que ces derniers. Eux seuls devraient avoir droit au label CHU et être autorisés à faire de la recherche.
Mais, puisque la qualité des soins est liée à la recherche, il faudra donc que tous les français, qui ont un droit égal à une médecine de qualité, puissent se faire soigner à Paris, Strasbourg, Marseille ou Lyon.
Cherchez l'erreur !!! Pour moi, la conclusion pourrait être qu'un verre d'eau ne suffisait pas, et qu'il est sans doute encore temps d'y remédier.
La décentralisation et les tentatives pour rééquilibrer, au moins en petite partie, la Province et Paris, ont donc été une erreur, au moins pour l'auteur du rapport. Sans défendre la manière dont ces tentatives ont été menées, n'est-il pas évident pour tout non parisianiste (je ne veux pas jeter la pierre aux parisiens) qu'on ne pouvait pas laisser poursuivre une désertification de la France au profit d'une capitale unique ? Eh bien non, pas pour P. Even qui poursuit :"de petits centres n'ont plus aucun sens aujourd'hui. Nous devons être lucides et constater que nous n'avons ni les moyens financiers, ni surtout les ressources humaines qualifiées, pour développer de grands centres de recherche dans plus de 10 grandes villes".  Tiens, comme c'est bizarre, 10 grandes villes hospitalo-universitaires, cela me rappelle les 10 campus scientifiques à vocation mondiale, internationale, … intersidérale. Il s'agit-là d'un discours que nous avons entendu ailleurs, mais tout aussi récemment.
Même discours également sur " le domaine de la recherche, qui par nature est une dure compétition, où seuls comptent l'excellence". A quand les contrôles anti-dopage à la sortie des laboratoires ?
Je me suis parfois opposé à certains collègues universitaires, mais je crois que je n'aurais jamais osé les juger avec une violence telle que celle qu'emploie P. Even : "l'état d'esprit de trop d'universitaires, passif, conformiste, formaté, gélifié, ossifié, désenchanté et paresseux est à l'opposé de l'esprit de la recherche, qui est désir de savoir et de progrès …"
Des réformes sont nécessaires, le Conseil National des Université (CNU) n'est peut-être pas une instance d'évaluation idéale, un cursus dit MD-PhD serait probablement un progrès important (il a, d'ailleurs, existé quelques années sous la forme d'un internat de recherche). Mais, pour reprendre l'expression de Frédéric Dardel il y a presque un an, "ne jetons donc pas le bébé avec l'eau du bain" !

Signé : un chercheur en génétique et biologie qui, ainsi que l'auteur du rapport cité, n'a pas publié dans "Nature", "Science", ou "Cell", et qui n'a donc sans doute aucun droit de parler d'évaluation !
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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 11:51
L'article des Echos que je citais dans un précédent article s'est transformé en pétition (http://www.petitionspot.com/petitions/INSV) qui, le 15 juillet à 10h15, avait reçu 187 signatures, et non des moindres.
Si on ne peut qu'être d'accord avec le constat de départ : "alors que la plupart des pays développés et même émergents engagent des sommes considérables dans la biologie, nous constatons depuis plusieurs années que la France peine à suivre le mouvement", le reste du texte de la pétition reste sujet à discussion.
En effet, dès l'énoncé des trois raisons qui "militent pour l’investissement dans la Biologie", on reste un peu sur sa faim. Sur le plan fondamental, n'y-a-t-il que la reconnaissance des évolutions rapides de ce domaine de recherche qui justifie qu'on s'y intéresse ? Ensuite, que met-on sous le vocable de "progrès sociétal", et ne restreint-on pas trop la recherche sur le vivant "au développement de thérapies nouvelles" ? Enfin, dans quel cadre économique se place-on  pour affirmer que "la valorisation des connaissances en biologie revêt un potentiel économique considérable" ? Est-ce la possibilité offerte à l'industrie pharmaceutique de réaliser des profits croissants sans que le principe de bienfaisance soit toujours respecté ?

Mais le problème fondamental, à mon avis, de cette pétition et que ce qu'elle propose est lié à l'affirmation : "dans un premier temps, on pourrait se contenter d’une structure rassemblant la biologie du CNRS et l’INSERM". Quelle vision réductrice de la SCIENCE !!!
Je crains que ce document corresponde à un soutien objectif de ce que nos tutelles souhaitent mener à bien, sans toujours oser le dire clairement. Il apporte de l'eau au moulin de ceux qui veulent détruire l'existant pour ce qu'il est, sans même imaginer ce qu'on pourrait en faire de mieux.
Peut-être, et je me suis déjà exprimé sur le sujet, le but ultime d'un institut interdisciplinaire du vivant est-il souhaitable, mais pas dans ces conditions, de grâce ! C'est précisément parce que le biomédical est le domaine du vivant où il y a le plus de recouvrement entre les différents acteurs institutionnels qu'il ne faut pas commencer par celui-là pour réorganiser la recherche en sciences de la vie.
Quant à réaliser une première étape de mixité ("double labellisation" à la demande) entre CNRS et Inserm, on reconnaît bien là une demande ancienne de certains des premiers signataires de cette pétition, au mépris de certains principes écologiques, qu'ils soient d'écologie humaine ou pas. À l'époque de la moisson, que penserions-nous d'un cultivateur qui aurait mélangé blé et seigle dans le même champ sous le prétexte qu'il existe des pains qui utilisent les deux farines ?

Enfin, je reste surpris qu'un document d'une grande élévation, tel que celui qui sert de support à cette pétition, n'envisage pas deux acteurs majeurs de la recherche, notamment en sciences de la vie  : l'Université et l'ANR. Est-ce parce que ses auteurs sont convaincus par la LRU et la politique des grands campus va sauver l'Université et qu'elle accèdera ainsi au statut de "partenaire" qu'ils refusent au CNRS et à l'Inserm, par exemple ? Est-ce également parce qu'ils ont définitivement admis la politique de financement sur projets telle qu'elle est conçue par l'ANR ?

Je ne crois pas qu'on puisse morceler la réflexion sur la réorganisation de la recherche en sciences de la vie, ni surtout laisser dans l'ombre des pans entiers de cette recherche (sur les plans thématique et institutionnel). Des solutions partielles sont sans doute nécessaires, pratiquement, pour permettre de progresser vers un objectif qui devrait être celui, réfléchi, de l'ensemble de la communauté scientifique. Mais, de ce point de vue, la création d'un institut du vivant au CNRS sur la base du constat, excellent, qu'en a établi Frédéric Dardel, n'est certainement pas une plus mauvaise première étape que ce que cette pétition lancée sur le Web propose sans forcément en mesurer les dangers.
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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 10:27
Alors que la recherche sur le vivant au CNRS est au centre de bien des luttes et des attaques,  et que nous restons sur la fameuse interview de la présidente du CNRS dans les Echos il y a quelques mois, dans laquelle elle attaquait frontalement la qualité de la recherche en biologie, et particulièrement en génétique, une grande et bonne nouvelle nous vient du CNRS : pour la première fois depuis l'an 2000, une médaille d'or vient récompenser un chercheur des Sciences de la Vie, et, qui plus est, un Généticien !

Avant tout, il est important d'adresser un message de félicitation et un grand bravo à un chercheur exceptionnel, mais également à un homme admirable. Jean, c'est l'intégrité et la rigueur scientifiques, c'est le succès dans nombre d'entreprises scientifiques, et c'est l'alliance subtile entre Science fondamentale et technologie.

Chapeau bas, Monsieur !

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8 juillet 2008 2 08 /07 /juillet /2008 23:19
En 2004 déjà, les réflexions sur le devenir du CNRS, et particulièrement des sciences de la vie au sein du CNRS avaient amené la direction du vivant au CNRS à rappeler qu'il est le seul organisme en France, et sans doute dans le monde, qui ne se confine pas dans un sous-ensemble du Vivant, mais qui le prenne en charge dans toute sa dimension, y compris sa dimension interdisciplinaire. C’est sans doute là sa vraie singularité, plus encore que sa spécificité « fondamentale ». Sur ce principe de singularité, un organisme « unique » de recherche sur le Vivant aurait sans doute sa justification, et possèderait peut-être un dynamisme que son appartenance actuelle au CNRS entrave quelque peu. À cette époque, en tant que généticien qui croit à l’avantage sélectif des hétérozygotes et de biologiste qui pense que la richesse vient de la biodiversité, je me méfiais de la réduction des sciences du vivant en France à un organisme unique. En effet, il y a probablement plus de richesse dans la mise en avant de vrais partenariats qui, dans le domaine biomédical par exemple, constituent un véritable objectif scientifique plus encore qu’un objectif d’organisation.
Devant la situation catastrophique dans laquelle on semble entraîner inexorablement le champ du vivant, au sein du CNRS en particulier, d'anciens directeurs des sciences de la vie du CNRS ont manifesté, le 26 mai 2008 sur le blog de Sylvestre Huet de Libération, en faveur de la création d'un institut indépendant du vivant et de la santé. Le 20 juin 2008, ce fut au tour Jean-Marc Egly de lancer, dans le Figaro, un plaidoyer pour un unique Institut des sciences du vivant. Puis, comme un écho, un appel analogue de trois chercheurs de grand prestige, Jean-Pierre Changeux, Jean-Laurent Casanova et Patrick Mehlen (les Echos du 4 juillet 2008).
Si beaucoup considèrent qu'il y a urgence à simplifier le paysage de la recherche française dans le domaine des sciences de la vie et éviter son morcellement actuel entre de trop nombreuses institutions (CNRS, Inserm, INRA, IRD, CEMAGREF, …), on peut légitimement se demander si la mise en place d'un organisme « unique » de recherche sur le Vivant pourrait devenir l'objet d'un consensus et rassembler la grande communauté des chercheurs en sciences de la vie. Je ne crois pas que la réflexion ait suffisamment maturé pour déboucher aujourd'hui, hélas peut-être, sur une proposition ou un appel dans ce sens.
En effet, les appels qui ont été publiés en faveur d'un tel "Institut du Vivant", si on les lisait correctement, se réduisent à vouloir gérer les relations, difficiles au plan institutionnel, entre le CNRS sciences de la vie et l'Inserm. Il s'agit donc de ce que je combats avec vigueur depuis toujours, c'est-à-dire la confusion entre sciences du vivant et biomédical. Jean-Louis Nahon et moi nous sommes exprimés le 17 juin sur ce sujet (sur ce blog). Je crois, ainsi que je l'ai écrit sur ce site, que la justification d'un Institut du Vivant serait de coordonner l'ensemble de la Science biologique, et piloter l'aval, c'est-à-dire les applications médicales, agronomiques ou biotechnologiques de cette Science, plutôt que de se laisser conduire par elles. Pour en arriver là, il faudrait n'avoir que la SCIENCE comme étendard, et renoncer aux chapelles et aux divisions. Si j'aime cette idée, j'en mesure toute la naïveté …
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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 17:26
Nous devrions être rassurés : le plan stratégique « Horizon 2020 » de réforme du CNRS sera "allégé". 
Est-ce la gouvernance du CNRS qui l'annonce ? Non, mais Madame Pécresse, qui n'en est pas à sa première intervention dans l'organisation du CNRS qui n'est probablement pas de sa compétence.

Toutes les disciplines du CNRS auront donc leur institut, tous les instituts auront des statuts égaux, et leurs directeurs ne seront pas nommés par le gouvernement.
Comment a-t-on pu en arriver là aussi rapidement ?
Si la stratégie qui devait prévaloir le 19 juin et sans laquelle, selon la présidente du CNRS, l'organisme n'aurait aucune visibilité internationale, peut être aussi rapidement (et facilement) remise en cause, je m'interroge sérieusement sur le bien fondé des questions posées, la rigueur de leur analyse, le courage de leur résolution, et surtout sur la confiance que l'on peut accorder à celles et ceux qui, dans un même enthousiasme disent et imposent tout et son contraire.
" Ma foi, sur l'avenir bien fou qui se fiera : Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera", écrivait Jean Racine.

De deux choses l'une : soit ce qui compte, c'est de mener à terme une réforme, quelle qu'elle soit, et peu importe son contenu ; soit la cible est verrouillée et l'objectif à atteindre sera atteint. Dans un cas, on pense à Montaigne : "les hommes ne s'enflent que de vent : et se manient à bonds, comme les balons". Dans l'autre, peu importe que ce soient des chercheurs ou des chiens qui aboient, la caravane passera.

Commençons par définir, aussi rigoureusement que possible, à la fois l'objectif réel qu'il y a derrière cette frénésie de réformes et, par exemple ce qu'est, pourrait être et devrait être un de ces fameux "instituts" qu'on nous impose, quels qu'en soient les contours et le contenu.
Sinon, j'aurai, pour ma part, toujours l'impression de me faire "promener" sur des sentiers  que je ne veux pas suivre, au gré d'un vent dont je ne sais pas d'où il souffle et donc où il m'entraîne.
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Patrick Gaudray - dans CNRS
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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 16:41
On a pu apprendre, dans le Figaro, que la réforme du CNRS prônée par Mme Pécresse, "consiste à réorganiser les disciplines scientifiques en leur donnant une vraie cohérence, une meilleure visibilité et une plus grande ouverture vers l'extérieur notamment les universités."
Interrogeons nous donc un instant sur ce qu'est une DISCIPLINE. Si je ne me trompe il s'agit, dans le cas qui nous occupe, d'une école de pensée, d'une matière pouvant faire l'objet d'un enseignement spécifique.
La définition même de discipline se réfère à un enseignement. Il ne peut donc y avoir de problème dans l'ouverture des disciplines à l'université. La question n'est-elle pas la fermeture des universités sur les disciplines ? Que ceux qui n'ont jamais été confrontés à l'absurdité du découpage disciplinaire des commissions de spécialistes des universités me jettent la première pierre.
J'ai, personnellement, un peu plus de mal à concevoir comment la réorganisation ministérielle des disciplines pourrait lui assurer une meilleure visibilité. A moins que faire piloter les sciences de la vie par l'opérateur français du domaine biomédical soit une opération publicitaire !
Enfin où place-t-on les limites d'une discipline, et qui a autorité pour les placer ? La génétique est-elle une discipline, ou une partie de la biologie ? Idem pour la biodiversité ou l'écologie, ou l'astrophysique, ou, ou ,ou …
Le CNRS étant censé couvrir tous les champs disciplinaires de la Science, la Ministre a décidé qu'il existait huit disciplines scientifiques. La définition des disciplines est donc politique.
Nous sommes ainsi rassurés sur la Cohérence …

Puisqu' "il faut en finir avec les rivalités stériles entre organismes", que ne commençons-nous par définir clairement les missions desdits organismes, afin de leur donner une meilleure visibilité, et surtout de leur offrir la possibilité d'un véritable partenariat. Aucun découpage disciplinaire ne pourra réussir cet exploit. Peut-être que la création de l'Inserm reposait, en 1982, sur un découpage disciplinaire entre le vivant tout-venant et le biomédical et la santé. Elle a établi les bases des rivalités stériles que la Ministre n'est pas la seule à regretter, et dont le CNRS fait aujourd'hui les frais.
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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 18:50
"Les Echos" du 18 juin rapportent les propos de Valérie Pécresse, Ministre de la Recherche : « Bloquer la tenue du conseil d'administration, qui est un lieu de dialogue démocratique, c'est aller contre l'intérêt des chercheurs »

Si le CA du CNRS est un lieu de dialogue démocratique, plaignons la démocratie !
N'est-ce pas ce même CA qui avait avalisé le projet de réforme de B. Larrouturou pour ensuite voter contre et créer une crise dont l'organisme n'est pas encore remis ?

Ils continuent avec Catherine Bréchignac, présidente du CNRS, qui prétend que la majorité silencieuse des chercheurs est désormais prête à accepter le plan stratégique. « Il n'y a que 200 directeurs de laboratoire sur 1.200 qui sont opposés aux changements. »
Est-ce de l'auto persuasion ? Il ne s'agit certainement pas, en tout cas, d'une analyse scientifique des faits, étant donné le nombre de directeurs de laboratoire qui signent pétitions et appels dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils ne soutiennent pas la politique de Mme Bréchignac.

« C'est moi qui ai lancé l'idée des instituts pour améliorer la visibilité du centre et utiliser au mieux l'argent public ... », déclare-t-elle aux "Echos".
Il n'y a sans doute que la présidente pour ne pas se rendre compte que le CNRS est visible internationalement. Le réformer, certes, c'est sans doute nécessaire, mais pas dans cette confusion des motivations qui pollue aujourd'hui un débat fort peu démocratique.
Après l'achat d'un supercalculateur qui s'est fait sans concertation avec les autres organismes, et au détriment du budget du CNRS consacré à l'innovation, on peut légitimement douter de la volonté réelle de la présidente "d'utiliser au mieux l'argent public".
Enfin, je suis "heureux" de savoir enfin de qui vient la brillante idée de créer au CNRS de nouveaux Instituts disciplinaires au nom de l'interdisciplinarité, et surtout de laisser sur le côté Sciences de la Vie et Sciences et  Techniques de l'Information et de la Communication.
Le CNRS n'a pas besoin d'un quelconque ministre ou groupe de pression politique malveillant pour être menacé d'extinction. On s'en occupe de l'intérieur. cela me rappelle quelque chose, comme "mon Dieu, protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je n'en charge" !!!!
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Patrick Gaudray - dans CNRS
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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 17:00
Les grands débateurs actuels sur l'organisation de la recherche se targuent tous d'être stratèges : le Président, la Ministre, la Présidente du CNRS, les comités et assemblées de chercheurs, … (je n'en oublie aucun, mais je tiens à garder un peu de place pour mes commentaires). N'y tenant plus, j'ai consulté le dictionnaire, et, en bon soldat du CNRS, le "Trésor de la Langue Française". J'ai été rassuré en lisant que la stratégie était un "ensemble d'actions coordonnées, d'opérations habiles, de manœuvres en vue d'atteindre un but précis". Donc, ils savent toutes et tous ce qu'ils veulent.
Mais, danger !!! Quel est ce but précis ?
Cette question est certainement "politiquement incorrecte", voire incongrue. Alors, on me dit de ne pas trop réfléchir et de signer, signer une pétition, un appel, … Que l'essentiel est de sauvegarder le CNRS, c'est ce que toutes et tous veulent. Donc, il se pourrait qu'en fait, on oublie un peu la stratégie pour la tactique, si elle est bien un "art d'utiliser les meilleurs moyens pour atteindre un certain objectif" (TLF, encore).

Tout ceci a bien des chances d'être vrai si tant est que la présidence du CNRS est en train de retravailler un schéma stratégique nouveau qui puisse être soumis dans moins de 20 jours à un conseil d'administration qui ne serait pas "empêché". Quinze jours environs pour engager la vie des 12 prochaines années du plus grand organisme français de recherche scientifique, et cela dans la plus large concertation. Quel défi !!!
Car Catherine Bréchignac nous parle d'un "horizon 2020", alors que nous ne savions pas, et peut-être elle non plus, il y a deux mois que le CNRS serait saucissonné en soi-disant instituts, dont personne ne s'accorde à attribuer un contenu.

Mais je n'ai sans doute rien compris, puisque tout ceci est le résultat d'une étude prospective, "qui se propose de concevoir et de représenter les mutations et les formes possibles d'organisation socio-économiques d'une société ou d'un secteur d'activité dans un avenir éloigné, et de définir des choix et des objectifs à long terme pour les prévisions à court ou moyen terme" (TLF toujours). Je demande à tous mes collègues de faire un effort de mémoire et de se rappeler quel était l'état de leur Science en 1996 (eh oui, il y a douze ans déjà) et ce qu'il prévoyaient pour 2008. Vive la prospective !!!  Un brillant exemple de réflexion prospective, ne l'oublions pas, est cette affirmation de Thomas Watson, chairman d'IBM, en 1943 : "je pense qu'il y a un marché mondial pour, peut-être, cinq ordinateurs".
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Patrick Gaudray - dans CNRS
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