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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 13:03
Tous les médias reprennent en cœur la grande nouvelle de l'été : le classement des universités mondiales effectué par l'université Jia Tong de Shanghai montre que les universités françaises reculent en 2008 par rapport à l'an dernier. Même les plus critiques de ces médias ne peuvent s'empêcher de lui rendre hommage en répétant à l'envi qu'il dresse la liste des cinq cents "meilleures" universités du monde. Il semble pourtant que nous ne puissions pas nous accorder sur le contenu de ce critère de qualité : "meilleures" à quel point de vue ?
Les fraises les plus grosses de mon jardin sont rarement les meilleures, mais elles sont les plus grosses. La pomme la plus rouge de mon verger est peut-être véreuse, mais elle est la plus rouge !

Ceux qui critiquent la légitimité du "classement de Shanghai" ont probablement tort car il définit des critères qui servent de base à une analyse factuelle. Mieux encore que les rapports "Even" sur le biomédical en France ou la qualité des CHU (cf article "l'Even nouveau est arrivé" sur ce blog), le "classement de Shanghai" possède une logique interne et une apparente rigueur méthodologique. On lira avec intérêt l'analyse publiée sur le site d'Agoravox sur les "entrailles de ce classement", où l'on apprendra, d'ailleurs, que les auteurs dudit classement soulèvent eux-mêmes les limites des critères choisis, notamment en termes d'objectivité.

Les vraies questions sont de savoir ce qu'il nous apprend en vérité, s'il répond aux questions que nous nous posons pour améliorer notre système universitaire, et ce que nous pouvons en faire. Quels sont donc les enseignements qu'en tirent celles et ceux qui s'expriment sur le sujet ? Pour Valérie Pécresse, il "a beaucoup de défauts, mais il existe", et il implique, sans surprise, la nécessité d'un classement européen mais aussi l'urgence de la réforme des universités. Pour autant, lorsque la Ministre poursuit : "les chercheurs du monde entier s'y réfèrent", elle me semble aller un  peu vite et un peu loin. Ce n'est, d'ailleurs, pas aux chercheurs de s'y référer, puisqu'il s'agit d'un classement d'établissements universitaires, et, en principe, pas des établissements de recherche. Elle remarque elle-même  "les particularités" du système français où les universités "ne sont pas les principaux opérateurs de recherche", et que les organismes de recherche et les grandes écoles "n'apparaissent pas dans un classement de type Shanghai". Pour d'autres "il ne faut surtout pas écouter le classement de Shanghai".

En fait, une question qu'il ne faudrait peut-être pas continuer d'éluder est celle de l'intérêt, de l'utilité et du sens de la compétition, au sein de laquelle le "classement de Shanghai" a sans doute une place à tenir.
Si nous pouvons tous admettre qu'une certaine émulation est certainement salutaire pour des établissements d'enseignement, fussent-ils supérieurs", devons-nous les soumettre au diktat d'une compétition ? Si nous admettons ceci, il faut alors en admettre les corollaires. Ainsi que cela se pratique pour l'entrée dans les classes préparatoires aux grandes écoles, il faut accepter une sélection impitoyable des étudiants (et des professeurs), même si cela implique une sélection par l'argent. Les "meilleures" universités américaines sont riches (ceci explique peut-être cela), mais riches de quoi si ce n'est de l'argent que les élèves, et les anciens élèves (alumni) leur apportent. C'est ainsi qu'elles n'ont pas besoins d'être très grosses pour être visibles. Nous n'avons pas d'argent, alors nous forçons des regroupements qui, certes, permettront à certains pôles universitaires français d'être plus visibles, mais en seront-ils meilleurs pour autant ?
Quant à l'activité de recherche (des universités comme des organismes de recherche), elle est soumise à l'implacable filtre des journaux scientifiques qui tous, à de très rares exceptions près, sont aux mains des anglo-saxons, américains en particulier. Pas étonnant, donc, que les anglo-saxons aient de scores bibliométriques supérieurs aux nôtres.
En fait, la compétition scientifique est un des champs de bataille d'une guerre économique à laquelle les politiques sont inféodés. Comme sur tout champ de bataille, ou tout terrain de sport, l'efficacité et, qui sait, le succès  ne se mesurent pas à la vitesse à laquelle on court derrière son adversaire, mais bien plutôt à l'intelligence avec laquelle on gère sa propre course.

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