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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 18:29

Les-Temps-modernes.jpg

On dit souvent que nous vivons dans une société de la connaissance.

Je pense que c’est faux !

La connaissance pure s’efface devant l’utilitarisme. La question du « à quoi cela sert-t-il » prévaut aujourd’hui, y compris sur la Science, ses principes, sa rigueur et sa démarche.


Nous cultivons une société de la technologie où seules comptent les applications de la science. Dans cette ligne, une phrase de Louis Pasteur qui m’a toujours dérangé : « Non, mille fois non, il n’existe pas une catégorie de sciences auxquelles on puisse donner le nom de sciences appliquées. Il y a la science et les applications de la science, liées entre elles comme le fruit à l’arbre qui l’a porté ». Non pas que cette phrase soit fausse ou déraisonnable lorsqu’elle est comprise pour elle-même, mais pour ce qu’elle offre comme possibilités de perversion et d’utilisations pour justifier la grande confusion dans laquelle on nous a entrainés, une confusion entre sciences et applications de la science, et même entre science et technologie.

En moins de cinquante ans, nous avons assisté au mélange intime de la science et de la technique, autrefois liées mais distinctes, pour créer l’empire de la technoscience. La Technoscience peut être définie, de manière ultime, comme la mainmise technique sur le monde. Elle correspond à une emprise toujours plus grande de la raison instrumentale. La réussite de ce processus de confusion a eu et a encore une influence considérable sur tous les pouvoirs, économique et politique, aussi bien que militaire.

Pierre-Henri Gouyon dénonce souvent, avec d’autres, la « fuite en avant » des technosciences, en évoquant le mythe de Dédale, qui tente de résoudre par toujours davantage de technique les problèmes à la fois techniques et éthiques posés par la technique.

Tout se résume à cette règle d’or : tout ce qui est réalisable doit être fait. Au point où l’être humain devient lui-même une « chose » manipulable.

Hannah Arendt a défini ce processus en termes d’aliénation du monde à un pur rapport utilitaire, fonctionnel, soustrait au questionnement de sens, aux raisons de vivre, au souci du monde et d’autrui. (La condition de l’homme moderne)

Rappelons-nous ce qu’écrivait Michel Freitag dans L’oubli de la société :

« En face de la guerre des étoiles, il y a la faim, le manque d’eau, l’errance.

Face à la "révolution informatique", il y a l’éducation gâchée, l’analphabétisme.

Face à la "création" de nouvelles espèces biologiques, il y a la menace qui pèse sur celles qui existent déjà dans leur propre "savoir-vivre", leur propre genre.

Face à l’affirmation du "tout est possible", il y a l’évidence sensible, morale, esthétique que tout ce qui compte existe déjà, sauf la justice entre les hommes ».

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