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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 16:00
Confusion

Après avoir éprouvé une certaine colère, confusion est le mot qui me reste à l’esprit à la lecture des nombreux commentaires, divers, variés et contradictoires de la presse sur le dernier avis en date du CCNE (N° 121, intitulé « Fin de vie, autonomie de la personne, volonté de mourir »).

La lecture que Patrick Verspieren a fait de cet avis dans un blog de la Croix du 9 juillet dernier, et qui appelle « à une grande vigilance à l’égard des présentations fallacieuses des faits », n’apporte, par son parti pris et ses interprétations très orientées, qu’un peu plus de confusion dans un débat déjà lourd et difficile. Pourquoi, en effet, ne pas respecter la présentation de cet avis qu’en a faite le président du comité : « la réflexion sur le sujet de la fin de la vie (dont il précise que qu’elle n’est pas unanime dans le comité) n’est pas close mais (…)elle doit se poursuivre ». Il ne s’agit pas d’une excuse, M. Verspieren, ni surtout d’une prétendue allégeance aux soi-disant souhaits du Président de la République. Il s’agit d’un fait que vos comptes d’apothicaires sur ce que pourraient représenter la majorité et la minorité du CCNE ne sauraient éclairer. Le CCNE n’a, d’ailleurs, jamais « cultivé le mythe du consensus ». Si une minorité de ses 121 avis a donné lieu à des « notes », « réserves », et autres « contributions », cela veut simplement dire que la grande majorité de ses avis a su faire écho à la diversité de sa réflexion et mettre en avant ce qui constituait le cœur commun de sa démarche réflexive. Même ses avis récents sur la fin de vie et les soins palliatifs (N° 63 de 2000 et N° 108 de 2009) n’ont pas suscité de « réflexion autre ».

 

Finalement, c’est le Quotidien du médecin, reconnaissant même que la médecine est au service de la société (et pas l’inverse), qui donne une image plus vraie, parce que contrastée et diverse, de cet avis complexe. Et c’est rendre justice au CCNE que de dire qu’il s’interroge en permanence, et n’impose pas une réflexion monolithique, mais propose de poursuivre le débat de société sur ce sujet.

 

A part celles et ceux qui, raides dans leurs bottes, et certains de leurs convictions en acier trempé, soutiennent avec véhémence des positions opposées et irréconciliables, a part celles et ceux, donc, qui entretiennent la confusion, n’est-il pas logique que le plus grand nombre d’entre nous se posent des questions, ne sachent pas, et, finalement, craignent de devoir un jour souhaiter leur propre mort ?

 

OUI / NON ? Il s’agit là d’une réduction coupable de questions diverses et difficiles. Lorsque le CCNE analyse de nombreuses situations de fin de vie, il nous place devant des interrogations plus qu’il ne nous donne du prêt à penser.

 

Pour clore cette « revue de presse » critique et non exhaustive, je pense qu’il convient de s’arrêter un instant sur un article du Huffington Post du 8 juillet dernier, et signé de Jacqueline Herremans, avocate au barreau de Bruxelles, membre du Comité consultatif de bioéthique en Belgique. Cet article interpelle le CCNE sous un titre assez dur : « Membres du CCNE, ne caricaturez pas vos voisins ! ». Elle appelle à une certaine modération lorsqu’il s’agit de porter un regard critique sur la situation de pays voisins et frères, et de ne pas s’arrêter aux bilans sauvages dressés par des associations partisanes.

 

Le 16 mars 2011, lors d’un débat organisé par l’IHEST sur les « regards croisés franco-belges sur la bioéthique », j’avais eu la chance de pouvoir dialoguer avec Geneviève Schamps, juriste Belge de droit médical et biomédical (UCL), Présidente de la Commission fédérale Droits du patient, et membre, elle aussi du Comité consultatif de bioéthique belge. Sa présentation très équilibrée de la situation de la fin de vie en Belgique était très éloignée du jugement de valeur repris par le politicien Jean Léonetti dans le Nouvel Observateur du 1er juillet qui dit que la « légalisation, dans les pays où elle a eu lieu, a entraîné un sentiment de dérive. Nous avons un bel exemple avec la Belgique. La loi belge propose maintenant d'étendre l'euthanasie aux mineurs et aux personnes âgées démentes ».

Non, nous ne sommes pas entourés de barbares. Et le meilleur moyen de le prouver serait d’organiser une rencontre des comités consultatifs nationaux d’éthique belges, néerlandais, suisses et français pour partager les réflexions qui ont conduit à des pratiques aussi différentes sur l’assistance au suicide ou l’euthanasie.

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Patrick Gaudray - dans éthique
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Paul et Dnièle Pierra 22/08/2013 15:12

Bonjour Monsieur Gaudray,
Nous venons de prendre connaissance d'un terrible témoignage sur la fin de vie d'une femme de 42 ans.
Nous avons eu des échanges sur la fin de vie avec de nombreux médecins et, malheureusement, ce témoignage (parmi tant d'autres) confirme nos craintes sur les effets de la sédation !
Nous avons mis ce témoignage sur notre blog ainsi que notre lettre ouverte aux médecins belges. Pouvez-vous, s'il vous plait, en cliquant sur les liens ci-dessous, en prendre connaissance.

http://parents-herve-pierra-fin-de-vie-loi-leonetti-euthanasie.over-blog.com/article-crime-contre-l-humanite-la-sedation-en-question-119635049.html

http://parents-herve-pierra-fin-de-vie-loi-leonetti-euthanasie.over-blog.com/article-lettre-ouverte-aux-medecins-belges-119372553.html

Très cordialement.

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