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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 18:00

Les Temps modernesJe viens de participer à un débat sur la question : "faut-il condamner le transhumanisme ?" sur le site Newsring.fr. En lisant les différentes contributions à ce débat, j'ai retiré deux impressions majeures.


La première est que, comme je l'ai écrit, nous sommes dans le monde des Bisounours. On nous dit que tout va bien, tout est fait et pensé pour le meilleur de l'humanité, et pour le bien de tous les hommes : le transhumanisme ne vise pas au dépassement mais à "l'approfondissement de la dimension humaine" accessible à tous, et "pas seulement à ceux qui ont la chance de vivre dans une société opulente"[1]. L'accès à tous me semble relever de la perspective à très, très long terme, dans un monde où plus d'un milliard de personnes sont confrontés au manque de nourriture et d'eau, un monde dans lequel des enfants meurent encore de la rougeole. Le "meilleur de l'humanité" me semble relever plus de la justice sociale et économique que du transhumanisme, ou même de la médecine[2].

 

La seconde est que toute cette révolution technoscientifique qu'on nous promet est inéluctable, et qu'il est donc vain de s'y opposer (c'est notamment ce que j'ai compris de la position de Laurent Alexandre dans son libre "la mort de la mort"). Les mêmes qui défendent ceci prônent le débat démocratique : mais quel débat si cette évolution est inexorable ? Jean-Michel Besnier, philosophe qui participait également au débat sur Newsring, souligne la peur, légitime semble-t-il, que cette technoscience transforme fondamentalement ce que nous sommes, sans nous avoir donné la possibilité et les moyens d'exprimer si "nous aimons ou pas l'humanité telle que nous la connaissons". Personnellement, je perçois le transhumanisme comme un mouvement qui conceptualise ce mouvement de transformation pour nous faire croire et peut-être admettre qu'il est inéluctable.


Parallèlement, on enferme les sceptiques du transhumanisme dans le clan des "bioconservateurs", une forme de querelle des anciens et des modernes généralisée dans laquelle ceux, auxquels j'appartient, qui ne sont pas séduits par le transhumanisme sont catalogués de freins à la science !? Une fois de plus, on nous enferme dans un amalgame entre science et technique, et, ainsi que le dit Henri Atlan, "la technique va plus vite que la science".

Günther Anders, qui a envisagé, et dénoncé la transformation radicale de l'homme à partir de normes imposées par la technique, disait, certes sur un autre sujet que le transhumanisme : "Par le biais de notre technologie, nous nous sommes nous-mêmes placés dans une situation dans laquelle nous ne pouvons plus concevoir (vorstellen)ce que nous pouvons produire (herstellen) et faire (anstellen). Que signifie donc ce décalage entre conception et production ? Cela signifie que, dans une acception nouvelle et terrible, nous ne savons plus ce que nous faisons, que nous avons atteint la limite de toute responsabilité."


Doit-on placer la performance maximale de l’individu au rang de valeur suprême, de norme de fonctionnement sociétal ? Et ces normes de "qualité" sur lesquelles les transhumanistes et autres technologues se vantent de pouvoir se fonder pour "améliorer" l'espèce humaine, qui les fixe ?

 



[2] Lire, à ce sujet, le rapport de Michael Marmot, intitulé "Fair society, healthy lives", sur : Social Determinants of Health (CSDH), the Strategic Review of Health Inequalities in England post 2010 (Marmot Review)

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