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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 09:18

CNRS-avant-apres.gifDans le Monde.fr du 16 avril 2010, une ancienne chercheuse du CNRS coutumière des attaques contre l’institution qui l’a « nourrie » se pose la question : « Dans quelle direction va le CNRS ? ». Elle doit être une des rares à se poser la question. Non que cette question soit dénuée d’intérêt, mais que sa réponse est à peu près évidente pour tout observateur un peu attentif de l’évolution de cette vénérable institution (70 ans au compteur) ces dernières années.

Madame Elayi profite de cette tribune complaisamment offerte par le Monde à son discours coutumier pour asséner, une fois de plus, que, « concrètement, le CNRS paie cher ses erreurs passées, ses dysfonctionnements et son immobilisme, mais tous s'accordent à reconnaître que sa réorganisation était indispensable. Il est clair que le CNRS de demain ne ressemblera en rien à celui d'hier ». Pourtant, c’est une photo ancienne du siège du CNRS qui illustre l’article et le logo qui y figure n’a plus cours depuis plusieurs années !

Mais, trêve de plaisanterie, le CNRS de demain ne ressemblera plus à rien du tout, à part sans doute à une agence nationale de placement au service des universités libres (ou presque !), autonomes et concurrentes à défaut d’être compétitives. L’évolution, pour en arriver là a été longue, mais déterminée. Nous avons eu l’époque des attaques frontales, très politiciennes. Puis des tentatives qui paraissaient isolées et semblent aujourd’hui presque anodines telles que la création des unités mixtes de recherche dont on essayait de nous faire croire qu’elles étaient la concrétisation d’un partenariat entre le CNRS et l’Université alors qu’il s’agissait de la partie visible d’un jeu de dupes dont les chercheurs étaient les victimes parfois consentantes. Est venue ensuite l’acutisation avec la réforme technocratique du CNRS sollicitée puis torpillée par le pouvoir avant d’avoir pu voir le jour, puis le retour d’une ancienne directrice générale dont la mission était de faire exploser l’organisme en instituts dont beaucoup se demandent encore ce qu’ils apportent par rapport aux anciens départements scientifiques, à part l’explosion et la mise à mal de l’interdisciplinarité dont tout beauf politiquement correct se gargarise en empêchant les chercheurs de base de la mettre en œuvre. Dans cet historique, je n’ai pas, à dessein, mentionné la création de l’ANR et de ses tentations monopolistiques sur le financement de la recherche, la culture du financement exclusif sur projets qui substitue la recherche de fonds à la recherche de fond. J’ai également volontairement oublié la création de l’AERES dont je n’ai toujours pas compris ce qu’elle apporte à la qualité de l’évaluation des laboratoires par rapport au comité national de la recherche scientifique, par exemple. Maintenant qu’on estime l’institution CNRS suffisamment vidée de sa substance, on va l’asservir à une autre institution, l’université dont le dysfonctionnement et l’immobilisme n’ont rien à envier au CNRS.

Je sais, on va encore me dire que je suis négatif, outrancièrement pessimiste, grossièrement passéiste, et pourquoi pas « immobiliste ». Si j’assume totalement le fait d’être négatif, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de raisons d’être positif lorsqu’on assiste à l’élimination résolue d’une institution magnifique où tant de découvertes et surtout de recherches de très grande qualité et reconnues internationalement se sont faites et se font toujours aujourd’hui malgré le contexte difficile que j’ai résumé ci-dessus en quelques lignes. J’assume également le pessimisme car, ainsi que me le disais un ami il y a longtemps déjà, « le vrai optimiste, c’est celui qui pense que cela ne pourrait pas être pire », et je continue de penser que cela pourrait être pire ; d’ailleurs, cela le devient …

Mais, je ne peux pas assumer le qualificatif d’immobiliste car il est totalement opposé à la dynamique intellectuel du chercheur que j’ai la faiblesse de croire être toujours, pas plus que celui de passéiste. Je peux, et j’estime avoir le droit de n’être pas d’accord avec l’avenir que certains nous tracent et lui préférer un avenir choisi par ceux qui font la recherche et donc le progrès des connaissances.

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Patrick Gaudray - dans CNRS
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Bastien G 28/04/2010 13:32



mais non, tu vois bien que tu es encore jeune : la somme de tes espérances bat toujours à plate couture la somme de tes expériences...



Bastien G 18/04/2010 23:15


- Dis papa, c'est quoi la Science ?
- Ben tu vois fiston, c'est un truc génial qui existait quand j'étais jeune...


Patrick Gaudray 19/04/2010 23:09



Ce qui m'ennuie le plus dans ce commentaire, c'est sans doute qu'il est vrai !


Ainsi, je suis définitvement dan sla catégorie des vieux cons ?


Je souhaite simplement que des plus jeunes que moi puissent un jour éprouver les mêmes sensations. Et je n'arrive pas à croire que ce soit totalement impossible ...



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