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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 09:36

 

DVDnano.jpgOn entend aujourd’hui beaucoup parler NANO, nanosciences, nanotechnologies, nano-objets. Des débats publics récents ont déchainé des passions, et, il faut l‘avouer, beaucoup de confusion.

Nous avons naturellement beaucoup de mal à nous situer dans les échelles extrêmes, qu’il s’agissent de l’infiniment grand (les « années lumières » !) ou l’infiniment petit, même lorsqu’il se limite au nanomètre. Du point de vue de la taille, le nanomètre est au ballon de football ce que le ballon de football est au globe terrestre. Difficile à imaginer, non ?

Les nano-objets sont définis comme possédante des tailles comprises entre 1 et 100 nanomètres. Les nanosciences étudient les propriétés de ces objets qu’elles contribuent à créer. Les nanotechnologies imaginent les manières de les utiliser dans notre vie de tous les jours et d’en faire un objet de puissance économique dont les enjeux financiers sont considérables.

Les nano-objet ont déjà commencé d’envahir notre environnement : cosmétiques, peintures, enduits, vernis, carburants, films, électronique, informatique, … Si les nanotubes de carbone et les matériaux composites sont d’invention et d’application récente, il ne faut pas oublier que des assemblages moléculaires de taille nanométrique ont toujours été présents, et qu’ils constituent même les briques biochimiques de base à tout édifice vivant (protéines, acides nucléiques, lipides, …). D’ailleurs, c’est peut-être une des clefs de potentiels risques particuliers des nanoparticules d’être de taille comparable aux macromolécules dont les propriétés sont caractéristiques du fonctionnement des êtres vivants, et donc de pouvoir interférer avec ce fonctionnement (capacité à passer les barrières biologiques, par exemple). De là à penser à une transformation du vivant par les nanotechnologies, il n’y a qu’un pas très vite franchi par les « transhumanistes » (technologies NBIC :Neuro/Bio/Info/Computing). Pour autant, la miniaturisation de dispositifs de repérage, fichage et identification (notamment les dispositifs RFID : Radio Frequency Identification), permise par l’accès à l’échelle nanométrique nous interpelle sur la question du respect de la liberté individuelle, de NOTRE liberté et de notre PERSONNE.

Face à ces enjeux majeurs, il faut reconnaître que les initiatives déontologiques qui visent à donner aux scientifiques et autres technologistes des codes de conduite manquent cruellement d’envergure. La déontologie ne saurait, en effet, être la réponse ultime aux questionnement éthiques, contrairement à ce que prônent technocrates et politiciens qui apprécient le confort de ne pas avoir à (se) remettre en question et se cachant derrière un paravent réglementaire. Observons, par exemple, que le mot éthique n'existe pas dans le rapport de conjoncture 2004 du Comité national de la recherche scientifique sur nanosciences et nanotechnologies. Pas plus que dans le rapport 2010 !


Du 20 au 22 octobre 2011 se tiendra à Varsovie un colloque Européen intitulé « Nanoethics ». Espérons que sous son titre « accrocheur », ce colloque saura dépasser les limites du code Européen sur les nanotechnologies (code of conduct for responsible nanosciences and nanotechnologies research, 7 février 2008) pour poser les termes d’un vrai questionnement éthique sur cet important sujet de société.


Voici traduit le résumé de la communication que je ferai à ce colloque :

Les nanotechnologies constituent un champ multidisciplinaire, en grande partie orienté vers une finalité technologique, qui constitue aujourd’hui un enjeu réel pour la société. Le code de conduite de la Communauté européenne pour des nanosciences et la recherche dite responsable en matière de nanotechnologies est une tentative pour dépasser le manque de connaissance des impacts environnementaux et de santé des nano-objets. Il fait appel au « principe de précaution » afin de protéger les chercheurs, les professionnels, les consommateurs, et les citoyens aussi bien que l'environnement. Il devrait être une tentative pour identifier les questionnements éthiques liés aux changements induits par le passage à une échelle « nanoscopique ». Ses priorités principales rejoignent nombre d’inquiétudes manifestées par plusieurs corps législatifs et éthiques français.

La loi du 3 août 2009 relative à la mise en place du « Grenelle de l'environnement » indique que l'Etat s’est donné pour objectif que tout ce qui a trait à la fabrication, l’importation et la vente de composés nanométriques des substances ou des moyens prévus pour les éliminer devrait être matière à l'information du public et des consommateurs. La communication d'information scientifique et médicale est une question récurrente dès qu’on aborde le questionnement éthique, et a constitué le thème d'un avis (N°109) du CCNE.

Le manque d'information claire et honnête a été pointé du doigt comme soucis principal lors du débat public qui a en partie échoué en France sur la thématique des nanotechnologies. Ce manque pourrait être lié au fait que peu de recherche scientifique a été consacrée à l'étude du risque pour la santé des êtres humains ou pour l'environnement. Le principe de précaution qui est désormais présent dans la Constitution Française affirme que l'incertitude ne doit pas être un motif pour différer des décisions susceptibles d’éviter des dangers possibles. En fait, le Comité français pour la précaution et a prévention (CPP) a défini ce principe comme étant la prise de décision publique en situation d'incertitude scientifique. Les diverses incertitudes liées au champ des nanotechnologies ont conduit l’Afsset, agence pour la sûreté sanitaire dans le contexte professionnel, dans son rapport annuel 2008, à considérer les nanomatériaux comme des substances potentiellement dangereuses pour lesquelles le contrôle du risque rend nécessaire le contrôle de l'exposition. Le contrôle du risque repose sur la capacité d’estimer la probabilité de l'occurrence d'un danger, c’est-à-dire l'évaluation d’un risque en tant que représentation la plus simple d'une situation d'incertitude.

Le Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) a émis un avis en 2007 (avis N° 96) sur les questions éthiques soulevées par les nanosciences, les nanotechnologies et la santé. Comme le code de conduite de la Commission Européenne, il a appelé à des efforts importants sur les questions de standardisation et d'étalonnage, sur les aspects de recherche et développement, sur la nanométrologie afin de concevoir plus d'instruments pour la détection et l'identification des nanoparticles, ainsi que pour permettre l’élaboration d’une loi Européenne similaire aux directives « REACH » pour des nanoproduits. Cet avis a également soulevé la question centrale du manque de recherche fondamentale devant ses contreparties technologiques. Il concluait que nous ne devrions pas permettre aux nanotechnologies de supplanter les nanosciences.

En fait, mettre en priorité de calendrier un équilibre entre la performance technologique, la rentabilité commerciale et la perception de risques potentiels ne devraient pas masquer la dimension éthique de la relation entre l’homme et la machine soulevée par les nanosystèmes (l’homme « augmenté », le transhumain, …). Celle-ci, en fin de compte, pointe une menace pour le respect des êtres humains.

 

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