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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 12:00

Labo.jpgDans son avis n° 109, “Communication d’informations scientifiques et médicales, et société : enjeux éthiques”, le CCNE  aborde la crise des vocations scientifiques, qui se manifeste par  une baisse importante nombre des jeunes qui se lancent dans des études universitaires scientifiques  dans notre pays.

En effet, Les étudiants français étaient presque 63500 à s’inscrire en première année de sciences à l'université en 1995,  et n’étaient plus qu’environ 38000 en 2005 (soit - 40 % en 10 ans).

Le comité souligne que “l’interprétation des chiffres de cette désaffection n’est pas simple et univoque, mais il semble que si les français affirment toujours faire confiance à la science, beaucoup de jeunes éprouvent une indéniable difficulté - proche du rejet - pour l’étude des sciences fondamentales, en partie au profit de disciplines plus appliquées et/ou via des filières professionnalisées”. C’est d’ailleurs à ces dernières que pensait le plan gouvernemental 2004 pour la diffusion de la culture scientifique et technique lorsqu’il soulignait que « l'ambition économique de la France nécessite de plus en plus l'orientation des jeunes vers les filières scientifiques et techniques ».

Dans son rapport sur les jeunes et les études scientifiques, Maurice PORCHET mettait en avant en 2002 que « c’est aux scientifiques et aux enseignants-chercheurs de porter eux-mêmes le témoignage de la réalité de leurs métiers et de l’organisation de l’université. » On peut ajouter à cela le constat fait par beaucoup et résumé dans Le Monde du 27 novembre 2008 (L’Occident face à la crise des vocations scientifiques, Brigitte Perucca) : « le diagnostic s’affine. Les pays développés, qui souffrent, sans exception, d’une désaffection des jeunes pour les filières scientifiques, pointent du doigt la façon dont les sciences sont aujourd’hui enseignées. Trop de théorie, pas assez de pratique ; des enseignements qui n’invitent pas au questionnement ; une approche trop disciplinaire et cloisonnée, sans perspective historique ; une hyper-sélection. »

Le rapport Rocard auprès de la Commission Européenne (2007) impute la désaffection des élèves pour les filières scientifiques au manque d'attractivité des cours de sciences à l'école. Certains, comme Bernard Convert, soulignent que, contrairement aux idées reçues, l'intérêt des jeunes pour les sciences n'a pas faibli, et que la chute des inscriptions universitaires (qui ne se limitent pas aux matières scientifiques, même si celles-ci sont les plus touchées) correspondent essentiellement à une préférence des jeunes pour les filières professionnalisées.

L’université, voulant répondre au soi-disant demandes sociétales, demandes perçues par le filtre exclusif de l’économie, semble avoir perdu son âme. Elle a perdu sa capacité de faire rêver, son aura de « temple de la culture ». Elle cherche à imiter les écoles qui délivrent de vraies formations professionnalisées, sans jamais arriver à rivaliser avec elles (il suffit de comparer le nombre d’heures de formation entre les deux pour comprendre que l’université a du chemin à faire !).

Cette préférence actuelle pour les filières technologiques et professionnalisées doit certainement son intensité à la crise de l’emploi qui, depuis plusieurs dizaines d’années, touche essentiellement les jeunes, et plus encore ceux des milieux défavorisés, et qui ont pris conscience que les pousser vers les études supérieures devait plus à la volonté de biaiser les chiffres du chômage qu’à celle de promouvoir la culture et l’ « ascenseur social ».

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