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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 15:15

 

Nef des fous

Le Monde et l’AFP nous apprennent que le Sénat a adopté une proposition de loi faisant passer la recherche sur l'embryon et les cellules souches embryonnaires humaines du régime actuel d'interdiction avec dérogation à celui d’autorisation encadrée. La proposition de loi a été adoptée à une large majorité (203 pour / 74 contre). Le texte doit maintenant être adopté à l'Assemblée Nationale.

Bien que relancé par la gauche, ce débat dépasse largement les clivages politiques traditionnels. Le questionnement éthique sur le sujet des cellules souches embryonnaires humaine, et plus généralement de l’embryon humain est aigu depuis la création du CCNE il y a presque trente ans dont les avis (plus de vingt abordent ce sujet) ont certainement alimenté le débat, politique en particulier.

Le débat sur les cellules souches embryonnaires humaines convoque non seulement des acteurs divers et variés dont les préoccupations peuvent être très différentes, mais également des valeurs morales à la fois très fondamentales et très différentes, voire antagonistes dans une société multiculturelle. Cette confrontation de valeurs conduit certains à fermer le débat avant même qu’il soit ouvert. Ainsi, les scientifiques, qui restent souvent dans l’idée que ces cellules sont un objet scientifique de recherche, se sentent dépossédés.

La loi qui fixe le cadre de la recherche sur les cellules souches est la loi dite de bioéthique. L’éthique et le droit ne sont pas sur le même plan, ce qui fait de l’expression « loi de bioéthique » une sorte d’oxymore. En effet, la loi fait partie d’un système normatif obligatoire mis en place par l’Etat pour répondre au principe démocratique de l’opinion majoritaire. Il possède ses propres codes et anime son propre débat. S’il existe des lois morales plus ou moins librement consenties dans un cadre culturel ou religieux donné, l’éthique en revanche, ne correspond pas en elle-même à une obligation, elle n’a pas force de loi. Le débat qu’elle anime doit être source d’inspiration pour le législateur. Source d’inspiration, mais également source de réflexion et de questionnement, remettant sans cesse chacun, et particulièrement les acteurs sociaux, devant leur conscience et leur discernement personnel dans l’application de la Loi même. La légalité d’une pratique n’est pas une garantie de sa conformité à la morale. Pour autant, les comités d’éthiques ne sont pas là pour dire aux politiques comment voter. Ils sont là pour donner de l’épaisseur à leur réflexion, une réflexion qui leur est propre. Chaque avis bien déterminé et tranché ferme le débat. Les différents comités, en particulier le CCNE, sont en charge de l’ouvrir, et donc d’aider à poser les questions.

Ayant eu l’occasion, dans les pages de ce blog, d’alimenter le débat sur le sujet des cellules souches et de la médecine régénératrice (« iPS … Oups !?! », « Galimatias amphigourique !!! », entre autres), je ne peux que me réjouir que nos sénateurs rouvrent ce débat et rappellent par leur vote que de nombreuses instance de réflexion ainsi que des panels de citoyens lors de états généraux de la bioéthique, s’étaient prononcés en faveur de l’autorisation (sous conditions) de la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines.

 

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