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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 18:00

DNA_Brevets.jpgJ’ai souvent eu, dans ce blog, l’occasion de manifester un certain septicisme à l’encontre de la technoscience et, je l’avoue, une certaine peur face à la fuite en avant technologique qui fait aujourd’hui plus que nous guetter.

Du coup, je me suis fait abondamment critiquer par les pourfendeurs patentés de l’obscurantisme, par ceux qui s’autoproclament gardiens d’une vision positive de l’avenir et qui n’acceptent pas qu’il puisse y avoir de progrès qui ne soit pas fondé sur la technologie. En un mot, je me suis fait traiter de « bioconservateur ».


A défaut de débat, il y a donc une confrontation entre bioprogressistes et bioconservateurs (les pros et… les autres).

S’il est vrai qu’on est bioconservateur si l'on n'accepte pas le principe de l’amélioration systématique de la condition biologique de l’être humain, et l'autre si l'on se met sous la dépendance d'une avancée régulière et inexorable de la "révolution" biotechnologique, je me sens, il est vrai, très bioconservateur car je n'accepte pas le caractère inexorable de ce que les bioprogressistes qualifient de progrès technologique.

Inexorable ? Ainsi que le disait Benjamin Franklin au XVIIIème siècle, «In this world nothing can be said to be certain, except death and taxes !» (on ne saurait rien tenir pour certain dans ce monde, hormis la mort et les impôts !). La philosophe Bernadette Bensaude-Vincent, quant à elle, se demande pourquoi le progrès devrait être considéré comme un destin, sur lequel le politique n’aurait donc pas de prise.

Dans quel clan - bioprogressiste ou conservateur- sommes-nous ? Interrogeons-nous tout d'abord pour savoir si c'est exclusivement au niveau de l'amélioration biologique de l'être humain que doit se situer le progrès dont on voudrait qu'il soit question. Certains prétendent, et j'en suis, que les priorités sont plus à placer dans l'accès de tous à la nourriture et l'eau potable, deux biens indispensables dont plus d'un milliard d'humains sont privés sur terre. Même dans nos pays privilégiés, le "meilleur de l'humanité" me semble relever plus de la justice sociale et économique que du transhumanisme, ou même de la médecine. C'est le sens du message tiré de l'étude de Michael Marmot, intitulée "Fair society, healthy lives", sur les inégalités de santé et l'évaluation des déterminants sociaux de la santé en Angleterre, étude que j’ai déjà eu l’occasion de citer dans ces pages.

Sommes nous contraints à accepter cette dichotomie entre conservateurs et progressistes, qu’il soient bio ou pas ? Je ne le pense pas, non qu’un qualificatif ou un autre me gène, personnellement. Non, ce qui me gène, c’est qu’on catalogue ainsi les personnes, que l’on réduise leur pensée à un cadre, une étiquette, qu’on nous formate pour entrer dans une « petite boite »[1]. Certes, ne pas accepter de se faire mettre une étiquette, c’est risquer de se faire classer dans les "divers" et les "bizarres"[2].

J’assume…



[1] Chanson de Graeme Allwright après Malvina Reynolds dans les années 60.

[2] Chanson d’Yves Duteil : « Les P'tites Casquettes »

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