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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 17:54
Dans son édition en ligne du 28 avril 2009, le journal "les Echos" nous informe sur les manœuvres actuelles qui traduisent, selon le quotidien, la volonté des établissements publics scientifiques et technologiques (EPST) "de prendre le contrôle de la programmation de l'agence et des financements qui vont avec".

Au passage, le journal, s'inquiétant de l'avenir de cette agence de création  récente, craint pour son autonomie dont il fait un rempart contre un retour "au système antérieur basé sur la reconduction quasi automatique des dotations annuelles, après examen dans des comités de sélection endogamiques". Et d'ériger ladite ANR en "empêcheur de saupoudrer en rond".
Ainsi que j'ai eu l'occasion de l'écrire en commentaire de l'article en question, voici encore un article totalement partisan et caricatural en ce qui concerne les organismes de recherche (EPST). Les Echos cherchent à nous faire oublier que l'ANR a été créée aux dépends des EPST, que même ceux qui, pardon, les vrais scientifiques qui souhaitaient la mise en place d'une agence de moyens indépendante des organismes, n'envisageaient pas que sa dotation serait autant disproportionnée par rapport aux budgets hors salaires de ces EPST, et que son mode de fonctionnement conduirait ces mêmes partisans initiaux à réviser leur opinion sur le fait que l'ANR puisse être vue comme un progrès pour la Science française. A titre d'exemple, on pourra lire avec intérêt le débat interne à "Sauvons la Recherche" sur l'ANR, ainsi que l'appel à un moratoire des expertises pour l'ANR et l'AERES signé par plus de 4000 scientifiques.
L'automatisme qui fait assimiler i) le financement par un EPST à une dotation récurrente et aveugle, ii) son utilisation exclusive à des fions de saupoudrage, devient insupportable, tant il est criant de contre-vérité. Les laboratoires et équipes des EPST ne sont créés qu'après une sélection très dure et qui, avant même la création d'une agence nationale d'évaluation (AERES), n'avait pas grand chose de "comités de sélection endogamiques". Alors, est-ce si inconvenant de leur donner les moyens d'exister ? Qui plus est, qui sont ces censeurs qui se permettent de juger sans connaître lesdits comités de sélection et les scientifiques parfaitement respectables qui les composent ?
Alors, on reste sur l'interrogation du pourquoi tant de fiel déversé sur les EPST et les scientifiques qui les composent. Pourquoi le quotidien "les Echos" est-il toujours en première ligne de ces attaques récurrentes contre les organismes français de recherche, alors qu'il publiait lui-même, dans un passé très récent, une "évaluation" ("le casse-tete de l'évaluation") qui plaçait le plus grand de ces organismes (le CNRS) parmi les premières institutions de recherche mondiales en termes de qualité de production scientifique.
Une partie de la réponse tenait peut-être dans mon commentaire à l'article incriminé :
Parce qu'il ne faut pas donner les moyens de vivre aux laboratoires à qui une sélection très dure donne le droit d'exister.
Parce que les thématiques et les contours des projets type ANR favorisent la recherche à rentabilité économique à court terme, certains champs disciplinaires plutôt que d’autres, …
Parce que, ce faisant, on entretient une confusion souhaitée entre progrès de la connaissance et avancées technologiques, Science et innovation, Science et applications de la Science.
Parce que la liberté des scientifiques, pourtant sévèrement évaluée et contrôlée, dérange.

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commentaires

Bastien G 28/04/2010 13:37



"des fions de saupoudrage"... le lapsus était volontaire ou pas ?



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