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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 21:02
À y bien regarder, il semble que nombre de principes qu'on peut envisager pour expliquer la politique actuelle en France sont tirés d'un feuilleton télévisé populaire il y a  des années, les Shadoks.

Les exemples que je choisirai pour illustrer mon propos seront issus de l'univers de mon activité professionnelle, la recherche scientifique, mais je crois que chacun pourra, pour ce qui le concerne, imaginer la maxime qui s'adapte le mieux à son cas personnel.



On reproche souvent aux jeunes, à certains jeunes, d'oublier la réalité au profit d'un monde virtuel créé et alimenté par nombre de jeux vidéo ou de feuilletons TV pseudo réalistes. Il est vrai que leur évolution technologique, ainsi que la sophistication croissante des animations et des alibis scientifiques utilisés a vocation à semer le trouble dans les esprits.
Alors, on s'interroge : comment se fait-il que les grands qui nous gouvernent puissent réaliser le même type de transfert avec le monde virtuel des Shadoks dont le graphisme est, en apparence, rudimentaire et la connexion avec la dure réalité d'un mode supposément réel prétendument absente.

Ressemblons-nous à ces créatures étranges qui pondaient des œufs en fer et qui pompaient, pompaient, redoutant sans doute ce qui pourrait se passer si elles arrêtaient de pomper (Il vaut mieux pomper même s'il ne se passe rien que risquer qu'il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas) ? Certes, non ! Encore que …

Quelle maxime Shadok peut-elle conduire un Président de la République (le nôtre, dans son discours lors des premières assises européennes de l’innovation à la Cité des Sciences et de l’Industrie le 9 décembre dernier) à qualifier d'EXCELLENT le rapport d’évaluation de l’Inserm, le grand organisme français de la santé et de la recherche médiale qui lui a été remis récemment, lorsque ce rapport propose la disparition de ce même Institut Inserm ? Peut-être celle-ci : Si ça fait mal c'est que ça fait du bien.
Le Président poursuit, à l'adresse de sa ministre de la recherche (qui, d'ailleurs, n'est pas seule en charge de l'Inserm qui dépend également du ministère de la santé) : "J’en appliquerai l’intégralité, Valérie, des recommandations (…) Et aucun des organismes de recherche française n’échappera à ces réformes. Si on veut être fâché avec moi, voilà une bonne raison. Il n’y aura pas la réforme pour les autres et pas pour certains. Il y aura la réforme pour tout le monde".  Là, on a le choix des principes : soit  Quand on sait pas où l'on va, il faut y aller !! ...et le plus vite possible, soit En essayant continuellement, on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on a de chance que ça marche.

Enfin, toujours dans le même discours, le même n'a pas su s'empêcher de mettre en cause, une fois encore, un autre grand organisme de recherche français, le CNRS. Vous savez, le seul organisme publique qui a su nous donner des prix Nobel de médecine et physiologie encore cette année …  Je le cite : " Le CNRS avait un privilège rare au niveau mondial, celui de l’autoévaluation. Remarquez si c’est une nouvelle méthode de gouvernement, je vois quelques avantages à me l’appliquer. Mais non, étrangement, on constate que cette autoévaluation aboutit rarement à dynamiser les structures et à réorienter les efforts vers les meilleures équipes. C’est un système, je le dis très tranquillement, qui ne peut pas durer." Une telle ironie dans le propos et une telle mauvaise foi dans l'affirmation sont plus encore qu'incompréhensibles, insupportables. C'est vrai que l'Inserm vient de subir sa première évaluation par l'organisme public AERES, j'allais dire l'usine à gaz, qui vient d'être mise en place par le gouvernement. C'est vrai aussi que le CNRS n'a pas encore eu le temps de "passer à la moulinette".
Mais il convient de rappeler que l'activité du CNRS était évaluée par une structure indépendante, le Comité National de la recherche scientifique. Bien sûr, la qualité de ses travaux était, de façon récurrente, sujette à débats, et vivement attaquée sur deux points principaux : le Comité National est hébergé par le CNRS, et ses sections d'évaluation comptent des (trop de ???) membres élus.
Alors, par pur plaisir de dénigrer le plus grand organisme français, et même européen, de recherche scientifique, on parle d'autoévaluation, en un seul mot : la honte absolue. Ainsi, le pouvoir finira bien par avoir la peau du navire amiral de la recherche nationale, avant ou après son soixante-dixième anniversaire en octobre prochain (acte de naissance du CNRS) : le harcèlement finit toujours par payer. Ici, pas de problème pour trouver la maxime Shadok qui inspire les propos du Président : Pour qu'il ait le moins de mécontents possible, il faut toujours taper sur les mêmes.

Et là, le CNRS a l'habitude !!!

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commentaires

photography dissertation 21/01/2010 15:18


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Gilles Gaudray 17/12/2008 14:02

C'est avec délectation que je savoure les articles de ton blog... mais alors celui-ci, je lui trouve une saveur particulière. Notre président en Shadok... je ne l'avais pas vu venir, mais c'est tellement vrai.... malheureusement. Quand je pense que certains de mes collègues, ici à Liège, nous l'envient :-S

Patrick Gaudray 17/12/2008 20:25


Merci de ce commentaire. Je sais qu'il vient d'un amateur. Je te rappelle que le "chef" Shadok était le devin plombier !!! C'est encore plus savoureux, non ?
En fait, au départ, je pensais, à propos de Sarkozy et du CNRS : pourquoi tant de haine ? C'est là que j'ai pensé à la maxime du Shadok marin : Pour qu’il y ait le moins de mécontents possible,
il faut toujours taper sur les mêmes.


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