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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 14:38
  Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a présenté le « plan en faveur de l'attractivité des métiers et des carrières dans l'enseignement supérieur et de la recherche ».

N'étant pas spécialiste des jongleries budgétaires, je ne m'exprimerai pas sur la manière de financer ces mesures. Mais la question demeure, surtout lorsqu'on évoque le fait que l'université pourra engager des fonds propres, provenant notamment des contrats de recherche. Une fois encore, les plus actifs pour "faire rentrer" de l'argent pour la recherche seront taxés pour payer "une gestion des ressources humaines plus personnalisée qui reconnaisse l'engagement pédagogique".

Le seul point vraiment positif du dispositif qui se met en place est sans doute le fait que les enseignants-chercheurs seront désormais évalués tous les quatre ans, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent, contrairement aux chercheurs des organismes publics de recherche. En effet, ceux-ci remplissent annuellement une fiche d'activité, et remettent un rapport d'activité complet tous les quatre ans.
A part cela, organiser une compétition interne entre les enseignants-chercheurs dont l'arbitre ultime, pour l'attribution d'une prime et de son montant, sera le président de l'université, ne peut être perçu comme un réel progrès que si l'on pense vivre dans le monde des Bisounours. Qui déterminera les critères d'évaluation, et sur quelle base ?

Maintenant, quid des chercheurs des organismes de recherche, qui, n'en déplaise à nos gouvernants, existent encore… Dans quel état me direz-vous ? Certes, le sort des veaux qu'on mène à l'abattoir n'est pas enviable, mais consolons nous en nous disant, comme dans la sagesse populaire, que tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.
Il est reconnu, dans les fiches officielles du ministère, qu'il n'existe pas de prime ou d'indemnité qui reconnaisse "la qualité des travaux de recherche menés par les chercheurs". Alors, pour remédier à cela, on crée une prime d'excellence qui ne peut être attribuée à un chercheur que s'il effectue au moins un tiers de service plein d'enseignement.
Etonnant, non ?
Ceci témoigne de la vraie reconnaissance que notre ministre manifeste à la profession de chercheur. Nous ne pouvons être excellents, nous n'avons le droit d'être reconnus comme excellents, que si nous acceptons de faire un métier qui n'est pas primitivement le nôtre. En effet, la diffusion du savoir, qui fait partie du métier de chercheur, n'est pas synonyme de charge de cours à l'université. Les chercheurs participent à la formation universitaire, notamment en encadrant des doctorants. Mais seuls les enseignants-chercheurs ont droit à une prime d'encadrement doctoral. Que cette prime se transforme en prime d'excellence scientifique pour les enseignants chercheurs, personne ne saurait s'en plaindre, mais que les critères appliqués aux chercheurs soient les mêmes, en particulier pour ce qui est de la charge d'enseignement, NON !
Non, sauf à reconnaître honnêtement, pour une fois, qu'on s'achemine sans échappatoire possible vers un statut unique, et donc vers une disparition des chercheurs temps-plein sans lesquels la recherche scientifique française n'occuperait pas la place qu'elle occupe dans la communauté internationale. Et, contrairement à ce que prétendent les Cassandres, cette place est tout à fait honorable, et même qualitativement en progrès, ainsi que l'indique l'analyse du "Department for Innovation, Universities and Skills" du Royaume-Uni (International comparative performance of the UK research base, July 2008). Une telle étude de nos collègues britanniques ne saurait être taxée de favoriser notre pays, n'est-il pas ?

Je crains que les mesures que vient d'annoncer la ministre, mesures qui, en première analyse, semblent bonnes puisqu'elles permettent de revaloriser la carrière d'enseignants-chercheurs méritants (il y en a beaucoup), soient l'arbre qui cache la forêt. Et les collègues qui s'en réjouissent vont sans doute se réveiller avec la "gueule de bois". L'abandon par les organismes de recherche de la plupart de leurs laboratoires au profit des universités, et maintenant la quasi obligation d'enseigner qui est faite aux chercheurs autrefois temps-plein, ne doivent pas être considérés comme distincts de la volonté affichée, et écrite à maintes reprises, de faire disparaître 80 % des universités françaises au moins dans leur dimension d'acteurs de la recherche scientifique.

Alors, il n'est pas loin le temps où pour chercher des trouveurs, il faudra aller loin, loin de nos frontières.

(Article publié sur le site d'Agoravox.fr)

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