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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 20:51
Le Figaro publie un entretien (le 16 octobre 2008) avec Valérie Pécresse qui nous dit vouloir « mettre fin à la fuite des cerveaux ». La ministre de la recherche se fait ainsi l'écho des propositions que Jacques Lesourne, coauteur d'un livre sur la recherche, a livrées au même Figaro le 2 octobre dernier. Il pense "qu'il y a environ 10 % de chercheurs en trop dans le public. Par ailleurs, l'idée que l'on est chercheur à vie est néfaste" (voir l'article "chercheur à vie" sur ce blog). Il prône donc "une plus grande différenciation des rémunérations en fonction de la qualité des travaux réalisés pour que les meilleurs puissent rester en France. Ceci permettrait d'augmenter les salaires afin que la France offre des rémunérations équivalentes à celles pratiquées à l'international".
La traduction politique des idées de monsieur Lesourne est de faire un effort budgétaire important pour les jeunes. Elle appelle quelques questions. Le plan est de distinguer "les 130 jeunes enseignants-chercheurs les plus prometteurs". Sur les quelques 62000 enseignants-chercheurs de nos universités françaises, on en choisira deux pour mille : pourquoi 130, et pas 75 ou 321 ? Pourquoi la ministre ne s'intéresse-t-elle qu'aux enseignants-chercheurs, et  pas aux chercheurs des organismes tels que le CNRS ? Pourquoi, pourquoi ??

Je ne sais pas exactement combien de jeunes enseignants-chercheurs sont recrutés chaque année en France, mais j'imagine bien qu'ils sont plus de 130. Ainsi, on admet recruter à l'université nombre de jeunes qui ne méritent pas de prime ni de capital pour leur recherches, et qui donc ne répondent pas aux critères d'excellence sur lesquels on prétend refonder la recherche publique dans notre pays.
Ces 130 "meilleurs" seront, d'ailleurs, plus ou moins meilleurs puisqu'on prévoit de leur offrir une prime annuelle variant de 6 à 15 000 €. Pour les presque meilleurs des meilleurs, cette prime représentera environ 1000 € par mois. Elle permettra donc au jeune maître de conférence débutant d'obtenir un salaire du même niveau, voire supérieur, à celui du moins jeune professeur qui aura eu la malchance d'avoir été recruté trop tôt (*). On est ainsi certain de démotiver ceux qui assument d'autres responsabilités que celle de leur petite personne.
Une telle situation est connue à l'Inserm qui pratique ces suppléments de salaire qu'il nomme pompeusement "contrats d'interface".

Une fois de plus, on s'attaque à un vrai problème en escamotant la complexité des questions qu'il pose. En revalorisant les débuts de carrières des maîtres de conférence, on risque de créer beaucoup de frustration, et pas forcément chez les plus mauvais chercheurs, au risque de les inciter à aller chercher l'argent là où il est, par exemple dans le business.
Mais c'est peut-être le but recherché. On évitera ainsi les chercheurs à vie qui font tant peur à monsieur Lesourne. Evidemment, ce n'est pas avec un chercheur, bon ou mauvais, qu'on fera, à coup sûr, un bon homme d'affaire. Et ce n'est pas en se privant des chercheurs seniors qu'on améliorera le niveau de la recherche en France.

Alors, pour éviter la fuite des cerveaux, il faut peut-être appeler à la rescousse "Joe le plombier" qui s'est invité dans la campagne présidentielle américaine. D'autant qu'il semble que lui, gagne $ 250 000 annuellement. Il pourrait donner des idées à nos chercheurs pour revaloriser leur standing.



(*) Je ne connais pas la grille de salaire des enseignants-chercheurs, mais si l'on s'en réfère à celle des chercheurs du CNRS, un chercheur débutant CR2 1er échelon touche un salaire annuel brut d'environ 26 500 €. Un directeur de recherche 3ème échelon, approximativement 42 500 €, soit à peine plus que le CR2 qui toucherait une prime annuelle de 15 000 €.

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