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14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 19:23
Combien de fois, ces temps derniers, n'a-t-on pas lu, dans les journaux, les commentaires des lecteurs, et pis encore dans les discours et annonces gouvernementaux, que LE problème de la recherche publique en France, est d'avoir un corps de chercheurs (et plus généralement de personnels de la recherche) que la loi d’orientation de 1982 a "fonctionnarisés". Il ne s’agit en fait que du personnel des EPST (établissements publics à caractère scientifique et technologique).

On les désigne "chercheurs à vie". Mais, est-ce bien la réalité ?

Avant 1984, les chercheurs des EPST étaient contractuels, comme le sont aujourd'hui les chercheurs des EPIC (établissements publics d'intérêt commercial) tels que le CEA, le CNES, etc … A côté des personnels contractuels statutaires, les organismes de recherche entretenaient une masse salariale précaire dont la disparition a certainement constitué une motivation à la "fonctionnarisation" des personnels de la recherche. Jean-François Théry nous a rappelé, dans la revue française d'administration publique, en 2004, que le souci "de sortir les chercheurs de la précarité (…) était exprimé dès 1876 par le chimiste Frémy : « ce n’est pas l’opulence que je viens solliciter pour les savants, c’est une carrière modeste, progressive et comparable à celle qui est offerte au soldat ou à l’ingénieur de l’État ». C’est ce souci qui avait présidé, en 1939, à la création du CNRS et de son corps de chercheurs permanents".

Il y a quelques jours, on pouvait lire, dans un commentaire sur l'attribution du prix Nobel de médecine et de physiologie 2008 :" Le statut à vie de fonctionnaire nuit à l'émulation nécessaire à la recherche". Alors, finalement, ce qui "plombe" (soit-disant) la recherche publique en France, serait-ce le statut de fonctionnaire, ou celui de "chercheur à vie" ?
S'il est bien évident qu'à part quelques rares exceptions, on ne peut prétendre conserver, sa vie durant, le même niveau de créativité et que le "concept de chercheur à vie" n'est pas raisonnable, est-ce bien ce qu'on attend de tous les chercheurs que l'on recerute dans un EPST ?
Il n'y a certainement pas une seule manière de "faire de la recherche". Il n'y a pas non plus un seul métier dans la recherche. C'est, d'ailleurs, ce que dit la Loi de 1982 en reconnaissant l'existence de plusieurs métiers de la recherche :
➢    L'acquisition et le développement des connaissances (recherche dite fondamentale)
➢    La valorisation sociétale et économique de la recherche (recherche dite translationnelle, mot horrible, ou appliquée)
➢    La diffusion de l’information et de la culture scientifique
➢    La participation à la formation initiale et continue
➢    L’administration et la gestion de la recherche.
Toutes ces activités participent également aux progrès des sciences, et les hiérarchiser a quelque chose d'artificiel.

Un problème est peut-être que la non-reconnaissance - de fait – des métiers de la recherche autres que celui d'acquérir des connaissances condamne bien des chercheurs à tenter désespérément de faire croire qu'ils sont toujours productifs dans ce domaine. Parallèlement, que fait le système ? Il demande à un chercheur trop jeune et encore très créatif de prendre en charge en particulier l'administration et la gestion de la recherche. On l'oblige ainsi à faire autre chose que ce à quoi il a été formé et en quoi il est bon. Après quelques temps, on lui explique qu'il n'est plus "un chercheur crédible" !!!

Ce qui me paraît en cause, c'est plus la qualité de l'évaluation des chercheurs que la qualité des chercheurs eux-mêmes. Et il est sans doute plus facile de faire une évaluation quantitative sur le nombre de publications scientifiques, le facteur d'impact ou autre nombre H, que d'analyser objectivement la participation qualitative d'un chercheur à l'effort global de recherche, dans tous ses aspects.

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