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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 14:56

D’après le Parisien du 14 octobre (2014), Facebook et Apple encouragent leurs salariées à congeler leurs ovocytes [i], et, notamment,  rembourseront les frais médicaux y afférent.

Bonne idée, me direz vous, pleine d’humanité alors que près de la moitié des françaises considèreraient a posteriori que la maternité a été un frein dans leur vie professionnelle.

 

Mais considérons APPLE et FACEBOOK. Mettons-les dans un shaker, et observons ce qui en sort : à part FA qui peut évoquer quelques merveilles musicales comme le concerto pour piano du même nom écrit par George Gerschwin en 1926, il nous reste POKE et PLACEBO.

Poke : au-delà de la connotation sexuelle que tout le monde veut ignorer, c'est la marque d’une volonté d’attirer l’attention. Serait-ce à dire que les deux géants de l’informatique ne veulent, dans leur annonce, que se faire un coup de pub, de « marketing ». Il est vrai, et je le déplore, que les femmes sont souvent utilisées à cette fin…

Placebo : il s’agit là d’un traitement d'efficacité objective nulle, un « cautère sur une jambe de bois » disait-on autrefois dans ma campagne, mais pouvant faire illusion, voire même atténuer des symptômes sans s’attaquer à la maladie. C’est l’effet placebo.

 

Certes, certaines promotrices de l’autoconservation ovocytaire, telles Brigitte Adams (drôle de nom pour une féministe), considèrent qu’il s’agit là d’un bienfait destiné à permettre aux femmes de se réaliser, et  donc de concilier leur carrière (de haute responsabilité, bien évidemment) avec leur désir de maternité, si tardif soit-il. C’est un argument que l’on entend de plus en plus souvent, aussi bien du côté des hommes qui pensent ainsi maintenir leur suprématie sur le monde du travail que des féministes dont l’objectif est plus de contester ce « pouvoir » aux hommes que de lutter pour donner aux femmes une société où elles auraient leur place (leur place à elles).

 

Il y a quelques jours, ce sujet était abordé à Tours lors d’un café juridique, et j’ai lancé, en forme de provocation certes, mais surtout par conviction profonde : mais pourquoi les femmes veulent-elles ressembler à des hommes ? Pourquoi ne poussent-elles pas leur réflexion au-delà des limites qu’on leur impose, au-delà du carcan d’une société conçue par les hommes et pour les hommes ? Réaction de grande surprise dans une assistance pourtant très féminine !

 

Glenn Cohen, professeur de droit à Harvard, ne pose-t-il pas la bonne question, dans un blog [ii], lorsqu’il s’interroge : « Would potential female associates welcome this option knowing that they can work hard early on and still reproduce, if they so desire, later on? Or would they take this as a signal that the firm thinks that working there as an associate and pregnancy are incompatible? » [iii]

 

Revenons sur une citation de François Jacob (dans Le jeu des possibles, 1981), que j’adore : « Par une singulière équivoque, on cherche à confondre deux notions pourtant bien distinctes : l'identité et l'égalité (…). L'égalité n'est pas un concept biologique. (…) Comme si l'égalité n'avait pas été inventée précisément parce que les êtres humains ne sont pas identiques ». Tiens donc, la femme et l’homme sont physiologiquement différents… Quelle surprise ! Est-ce donc que nos deux géants de l’informatique œuvrent contre une  inégalité homme - femme, ou bien entretiennent-ils cette singulière équivoque ?

Et l’éthique dans tout cela ?...

 


[i] Il existe, chez la femme, une « horloge biologique », qui fait que la capacité procréatrice de ses ovules (sa fertilité) diminue avec l’âge : la probabilité d’une grossesse chez la femme de 25 ans est de 25 % à chaque cycle ; elle est de 12 % à 35 ans et 6 % à 42 ans. D’où l’idée de  congeler les ovocytes à un jeune âge pour les utiliser plus tard, … Lorsque la vie professionnelle le permettra.

[ii] Bill of Health par le Petrie-Flom Center de la Harvard Law School.

[iii] «Est ce que les dirigeantes potentielles accueilleront favorablement cette possibilité, sachant qu’elle pourront travailler dur à un jeune âge et conserver la possibilité de se reproduire plus tard, si elles le désirent ? Ou bien la prendront-elles comme le témoignage que leur entreprise pense que travailler là comme dirigeante et mener à bien une grossesse sont incompatibles ?»

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commentaires

cheap essays writing 25/03/2015 08:00

Thanks for sharing this wonderful article here, really you did a great work..

Nico 17/10/2014 20:20

Excellent article, j'ai vu la news sur Apple et Facebook hier soir à la télé, et effectivement, j'ai pas vu aborder le problème du point de vue éthique, mais seulement du point de vue business...
Enfin, voilà un apport intéressant pour le prochain cours d'éthique que je donnerai, ça devrait lancer un débat fort intéressant...

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